|
A - I n f o s
|
|
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists
**
News in all languages
Last 30 posts (Homepage)
Last two
weeks' posts
Our
archives of old posts
The last 100 posts, according
to language
Greek_
中文 Chinese_
Castellano_
Catalan_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Francais_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkurkish_
The.Supplement
The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Français_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours
Links to indexes of first few lines of all posts
of past 30 days |
of 2002 |
of 2003 |
of 2004 |
of 2005 |
of 2006 |
of 2007 |
of 2008 |
of 2009 |
of 2010 |
of 2011 |
of 2012 |
of 2013 |
of 2014 |
of 2015 |
of 2016 |
of 2017 |
of 2018 |
of 2019 |
of 2020 |
of 2021 |
of 2022 |
of 2023 |
of 2024 |
of 2025
Syndication Of A-Infos - including
RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
(fr) FdCA, IL CANTIERE #39 [ITA] - IRAN (it)[Traduction automatique]
Date
Thu, 27 Nov 2025 20:03:39 +0000
«Le voile n'est qu'un prétexte, nous voulons du pain et la chute du
régime.» - Nous avons rencontré Assareh Assa, une camarade iranienne
exilée en France, pour un entretien retraçant le soulèvement iranien de
2022, qui a suivi l'assassinat de Mahsa Jina Amini. Dans cette première
partie, nous explorons le succès du mouvement sous l'angle de la liberté
des femmes, ses limites sur les questions sociales, la répression et le
nationalisme en Iran. Dans la seconde partie, Assareh abordera la guerre
israélo-iranienne, la situation des classes ouvrières iraniennes et le
caractère «fasciste» du régime.
La seconde partie paraîtra dans un prochain numéro. (*) Pouvez-vous nous
aider à relire aujourd'hui, avec le recul du temps, la signification du
soulèvement «Femme, Vie, Liberté» qui a éclaté après l'assassinat de
Jina (Mahsa) Amini?
Le mouvement qui a éclaté après l'assassinat de Jina Amini en septembre
2022 a marqué un tournant historique. Pour la première fois, de manière
aussi massive et spontanée, des femmes et des hommes de tout le pays
sont descendus dans la rue pour défier ouvertement la République islamique.
La phrase gravée sur sa tombe - «Jina, tu ne mourras pas, ton nom est
notre mot d'ordre» - a uni des millions de personnes dans un cri de
liberté, mais a aussi révélé les profondes contradictions de la société
iranienne. Le nom de Jina, une jeune Kurde tuée par la police des
moeurs, est devenu un symbole universel de rébellion contre la misogynie
structurelle du régime, mais il a également mis en lumière le fossé
entre ceux qui aspirent à une révolution sociale et ceux qui se
contentent de réformes superficielles. Ce soulèvement n'était pas
seulement une révolte contre le voile obligatoire: c'était un acte
d'insubordination collective contre l'ensemble du système théocratique,
son oppression et ses injustices. Comment le nom de Jina - et le choix
de l'appeler ainsi ou par son nom «officiel», Mahsa - est-il devenu un
élément politique et symbolique de division?
La différence entre «Jina» et «Mahsa» n'est pas un détail linguistique:
c'est une fracture politique.
«Jina» était son véritable nom, kurde, mais en Iran, il n'était pas
reconnu par l'État, qui impose les noms persans dans les documents
officiels. L'appeler «Mahsa» revient donc à accepter l'effacement de
l'identité kurde, tandis que l'appeler «Jina» est un acte de résistance
et de reconnaissance de la pluralité ethnique du pays. Pendant le
soulèvement, les forces les plus réactionnaires et nationalistes
préféraient l'appeler le «soulèvement de Mahsa», tandis que les secteurs
les plus radicaux, ceux qui sympathisaient avec les minorités,
l'appelaient toujours le «soulèvement de Jina». Ce simple choix de mots
révélait deux visions du monde: d'une part, ceux qui voulaient réduire
le mouvement à une question de morale ou de coutumes; D'un autre côté,
il y voyait une lutte contre l'État patriarcal et nationaliste dans son
ensemble. La République islamique a exploité cette ambiguïté, attisant
le sentiment paniranien pour diviser les rebelles et isoler les Kurdes,
victimes de la répression depuis des décennies. C'est pourquoi j'affirme
que le nom «Jina» résume à la fois la force et la fragilité de ce
mouvement: le désir universel de liberté et, simultanément, la
difficulté d'unir les différentes composantes de la société iranienne
autour d'un projet commun.
Quels ont été les acquis et les limites concrets de ce soulèvement en
matière de liberté des femmes en Iran?
Le soulèvement de Jina a profondément transformé l'image et la présence
des femmes dans l'espace public iranien.
Aujourd'hui, notamment dans les grandes villes, nombreuses sont celles
qui s'habillent comme elles le souhaitent, sans voile ou avec une tenue
plus décontractée, impensable il y a encore quelques années. Non pas
parce que le régime le permet, mais parce que les femmes ont imposé
cette liberté par leur détermination quotidienne. En ce sens, il y a
véritablement un «avant» et un «après» Jina.
Mais il s'agit d'une liberté relative et inégale, marquée par de
profondes inégalités sociales. Les femmes des classes aisées peuvent
plus facilement défier la loi, tandis que les femmes des classes
populaires et celles des banlieues risquent l'arrestation, la violence,
voire la mort. Les personnes au pouvoir en sont bien conscientes et
tentent de réagir par de nouvelles lois restrictives: elles ont approuvé
un ensemble de mesures répressives comprenant des sanctions sévères,
mais elles sont encore incapables de l'appliquer pleinement, précisément
en raison de la résistance des femmes.
Cependant, derrière les images qui circulent sur les réseaux sociaux -
fêtes, danses, cheveux découverts - se cache une réalité plus amère: une
femme vaut toujours deux fois moins qu'un homme aux yeux de la loi,
l'avortement est interdit, la contraception est de plus en plus
difficile d'accès et les violences conjugales restent impunies.
L'émancipation acquise dans la rue ne s'est pas encore traduite par des
droits concrets, ni par une réelle amélioration des conditions de vie
matérielles. La liberté individuelle a progressé, mais elle n'a pas
renversé le système patriarcal et théocratique qui domine l'Iran.
Peut-on affirmer que la condition des femmes iraniennes a véritablement
changé depuis le soulèvement, ou seulement pour une partie de la société?
Le changement est réel, mais il n'est pas uniforme. Dans les grandes
villes, les jeunes femmes et les femmes de la classe moyenne jouissent
d'une plus grande liberté au quotidien: elles s'habillent comme elles le
souhaitent, organisent des fêtes et dénoncent le régime. Mais tout cela
se déroule dans des espaces sociaux bien définis, souvent protégés par
des privilèges économiques.
Les femmes issues des classes populaires et des classes défavorisées, en
revanche, vivent une tout autre réalité. Elles doivent continuer à
porter le voile et subissent une surveillance constante, des violences
et des discriminations salariales. Pour elles, la répression demeure une
menace quotidienne. C'est une liberté à deux vitesses, dont le régime
tire profit pour maintenir son emprise: il tolère certaines marges de
manoeuvre là où il ne craint pas de révolte, mais réprime violemment
toute contestation susceptible de se transformer en mobilisation politique.
En définitive, le soulèvement de Jina a démontré que la liberté
individuelle, aussi importante soit-elle, est insuffisante si elle reste
isolée de la lutte collective pour le pain, l'emploi et la justice
sociale. C'est là le noeud du problème que la société iranienne n'a pas
encore résolu.
Vous avez souvent évoqué la dimension «sociale» du soulèvement: dans
quelle mesure le soulèvement de Jina a-t-il réussi à mobiliser la classe
ouvrière et les classes populaires?
La participation populaire a été large, mais inégale. Le soulèvement
«Femmes, Vie, Liberté» a impliqué de nombreux jeunes, étudiants, femmes
urbaines et travailleurs précaires. Cependant, la classe ouvrière
organisée - celles des usines, des transports et du secteur pétrolier -
n'a pas pleinement adhéré au mouvement. Les raisons en sont multiples:
la peur, la fragmentation, mais surtout le manque de coordination
politique capable d'unir les revendications des femmes aux
revendications économiques.
Il ne faut toutefois pas oublier que la répression a touché en premier
lieu les travailleurs. Nombre de manifestants tués ou exécutés
appartenaient aux classes populaires: ouvriers, chômeurs et enfants de
familles ouvrières. Les autorités le savaient et ont frappé avec une
violence extrême précisément là où le soulèvement risquait de devenir
une menace systémique.
L'exemple le plus frappant est la condamnation à mort de la militante
ouvrière Charifeh Mohammadi, un événement quasi inédit en Iran. Par le
passé, le régime avait exécuté des communistes, des moudjahidines et des
peshmergas kurdes, mais rarement de simples ouvriers actifs dans les
mouvements syndicaux.
Par ce geste, l'État voulait faire passer un message clair: quiconque
tente d'organiser la classe ouvrière contre le régime sera anéanti.
En résumé, le soulèvement a révélé un immense potentiel de convergence
sociale, mais n'a pas encore trouvé de forme organisationnelle capable
d'unir les luttes des femmes, des ouvriers et des minorités au sein d'un
front commun.
La répression a été brutale. Quel est le poids de cette violence
aujourd'hui, et quelles formes de résistance subsistent à l'intérieur et
à l'extérieur des prisons iraniennes?
La répression a été impitoyable et continue de marquer le quotidien du pays.
Des milliers de personnes ont été blessées, tuées ou arrêtées lors des
manifestations. Des centaines ont été condamnées à mort et au moins une
douzaine ont déjà été exécutées. Les prisons iraniennes regorgent de
prisonniers politiques, dont beaucoup subissent des tortures systématiques.
Mais la violence d'État ne s'arrête pas aux opposants directs: ces trois
dernières années, plus de trois mille condamnations à mort ont été
exécutées, souvent contre des détenus ordinaires, afin de semer la
terreur dans la société.
Malgré tout, la résistance n'a pas été anéantie. Un mouvement silencieux
mais puissant s'est développé au sein des prisons: chaque mardi, des
milliers de détenus participent à des grèves de la faim collectives
contre la peine de mort. C'est une forme de lutte d'une immense valeur
morale, mais qui, malheureusement, n'a pas encore trouvé un écho
suffisant à l'extérieur.
La brutalité du régime a certes affaibli le mouvement, mais elle ne l'a
pas anéanti. Au contraire, elle a démontré à quel point il était
redouté. Le véritable problème ne résidait pas seulement dans la
violence elle-même, mais aussi dans le contexte qui l'a rendue efficace:
l'isolement des rebelles, le manque de soutien organisé, les divisions
entre classes et groupes ethniques. La répression à elle seule
n'explique pas l'échec du soulèvement; ce qui l'a rendu si dévastateur,
c'est que beaucoup, confrontés à la violence d'État, ne se
reconnaissaient pas dans cette lutte.
Vous avez identifié le nationalisme iranien comme un facteur déterminant
de l'échec du mouvement. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi?
Oui, je crois que le nationalisme iranien est l'un des maux chroniques
de la société.
Au début du soulèvement, une solidarité inattendue s'est créée entre
Kurdes, Persans, Baloutches, Arabes et autres minorités. Mais cette
unité s'est brisée dès que le mouvement a commencé à menacer
sérieusement le régime. La question de l'«intégrité territoriale» de
l'Iran - un sujet tabou pour beaucoup - a refait surface avec force.
Lorsque les Kurdes ont revendiqué leur identité ou lorsque d'autres
régions marginalisées se sont soulevées, de nombreux Iraniens
«nationalistes» ont pris leurs distances, craignant le risque de
«séparatisme».
Le régime a exploité ce réflexe nationaliste, se présentant comme le
garant de l'unité nationale face au «chaos ethnique». Et dans un pays
rongé par les inégalités et la méfiance mutuelle, ce discours a
fonctionné. Ainsi, au lieu d'unir les différentes luttes contre l'État
théocratique, le nationalisme a offert au pouvoir un instrument de division.
En fin de compte, le nationalisme iranien est une idéologie qui défend
l'ordre social même de la République islamique: patriarcal, autoritaire
et centralisateur. Le langage change - religieux ou patriotique - mais
la logique demeure la même: nier la pluralité et imposer un modèle
unique de nation, de culture et de pouvoir. C'est pourquoi, tant que le
nationalisme restera ancré dans la conscience collective, aucune
révolution ne pourra être véritablement émancipatrice en Iran.
Comment la division entre les différentes nationalités iraniennes -
Kurdes, Baloutches, Arabes, Azéris - s'est-elle manifestée pendant ou
après le soulèvement?
Au début, le soulèvement de Jina a suscité une unité émouvante. Depuis
Saqqez, au Kurdistan iranien, les manifestations se sont propagées à
travers le pays: Téhéran, Tabriz, Ahvaz, Zahedan. Un instant, les
barrières ethniques ont semblé s'estomper pour ne laisser place qu'à une
seule voix.
Mais cette unité fut de courte durée. Avec l'intensification de la
répression, de vieux préjugés ont refait surface: de nombreux Iraniens
persanophones ont cessé de considérer les Kurdes, les Arabes ou les
Baloutches morts comme «les leurs». Lorsque plusieurs prisonniers kurdes
ont été exécutés, les régions centrales du pays sont restées silencieuses.
Le régime a alimenté cette division par un message simple et pernicieux:
«Quiconque proteste au Kurdistan ou au Baloutchistan veut détruire
l'Iran.» Et une partie de la population y a cru.
Cet isolement des périphéries a été fatal au mouvement. La peur d'une
hypothétique désintégration du pays a primé sur la solidarité de classe
et de genre.
Derrière cette réaction se cache une vérité plus profonde: la République
islamique n'a pas inventé le nationalisme iranien, elle l'a hérité et
l'a utilisé comme ciment de son pouvoir. C'est une forme de patriotisme
qui perçoit toute différence comme une menace. Et tant que les minorités
continueront d'être traitées comme des «invitées» et non comme une
partie intégrante de la nation, aucun mouvement ne parviendra à unir
véritablement tout le peuple iranien.
Quel rôle le retour du front monarchiste et la figure du fils du Shah
ont-ils joué dans la crise du mouvement?
Le retour du front monarchiste a été l'un des coups de maître les plus
astucieux - et les plus néfastes - pour le soulèvement. Au moment même
où le mouvement commençait à se radicaliser, le fils du Shah se proclama
«alternative» au régime, lançant la campagne «Je délègue au prince»,
comme si le peuple devait confier sa liberté à un nouveau souverain.
Cette manoeuvre, amplifiée par les médias et soutenue par les milieux
pro-occidentaux et pro-israéliens, divisa le front de l'opposition: d'un
côté, ceux qui aspiraient à une révolution sociale; de l'autre, ceux qui
rêvaient d'un retour à l'ordre monarchique.
Le régime exploita cyniquement cette division. Il permit au camp
monarchiste de gagner en visibilité, précisément parce que cela servait
à discréditer l'opposition et à détourner l'attention des problèmes
sociaux. De plus, de nombreux anciens réformistes et responsables du
régime, qui avaient collaboré avec la République islamique pendant des
années, se rallièrent au fils du Shah. Cela rendit la continuité entre
les deux systèmes encore plus flagrante: la monarchie et le pouvoir
clérical, deux versions d'un même autoritarisme. Le prince lui-même a
déclaré que, s'il revenait sur le trône, il maintiendrait les appareils
répressifs existants, y compris les Gardiens de la révolution. Autrement
dit, il promet une monarchie «renouvelée» fondée sur les mêmes
structures de violence et de contrôle.
C'est pourquoi j'affirme que la monarchie n'est pas une alternative:
elle est le reflet de la République islamique, un passé réactionnaire
que ceux qui sont au pouvoir ont ressuscité pour nous empêcher
d'envisager un avenir libre.
Pourquoi dites-vous que la monarchie et la République islamique sont, en
fin de compte, les deux faces d'une même pièce?
Parce que toutes deux incarnent la même logique du pouvoir:
l'autoritarisme, le patriarcat, le centralisme et le mépris des classes
laborieuses. Le régime du Shah se présentait comme «modernisateur» et
«éclairé», mais son développement économique reposait sur la répression,
les inégalités et la dépendance à l'égard de l'Occident. La République
islamique, qui se prétendait «révolutionnaire» et «anti-impérialiste», a
reproduit le même modèle, substituant au culte du monarque celui du
clergé celui du clergé.
Aujourd'hui, les monarchistes cherchent à réécrire l'histoire,
présentant les années du Shah comme un âge d'or interrompu par la folie
populaire. Or, ce récit est né précisément grâce à la République
islamique, qui a éliminé ou réduit au silence les acteurs
révolutionnaires de 1979 et réécrit l'histoire à son avantage. Ainsi, la
mémoire collective a été pervertie: les nouvelles générations, qui ne
connaissent que la misère du présent, finissent par se demander si
«c'était peut-être mieux avant». C'est cette falsification mutuelle qui
rend la monarchie et la République islamique complémentaires.
Sur les plans économique et culturel, toutes deux défendent l'ordre
capitaliste, patriarcal et nationaliste. La première au nom de la
modernité et de l'Occident, la seconde au nom de la religion et de la
tradition. Mais le résultat est le même: l'exploitation des
travailleurs, la subordination des femmes et le déni des droits des
minorités. C'est pourquoi je dis qu'elles s'alimentent mutuellement:
chacune sert l'autre pour survivre comme un faux opposé, un miroir
déformant qui empêche le peuple iranien d'imaginer une alternative
véritablement émancipatrice.
Pensez-vous que les conditions soient réunies aujourd'hui en Iran pour
l'émergence d'un nouveau mouvement révolutionnaire? Et quelles sont ses
perspectives?
L'Iran traverse actuellement une situation explosive, mais aussi marquée
par une grande incertitude.
D'une part, le régime est en crise profonde: la faillite économique, la
corruption généralisée, l'isolement international et la perte de sa
légitimité morale ont érodé ses fondements. D'autre part, les classes
laborieuses sont épuisées et la colère grandit, mais sans organisation
capable de lui donner une orientation politique.
Les conditions matérielles d'un nouveau soulèvement sont réunies -
salaires de misère, chômage, inégalités abyssales, jeunesse sans avenir
- mais les structures collectives capables de transformer la
protestation en un projet révolutionnaire font encore défaut.
Les réseaux syndicaux et féministes sont sous surveillance, les partis
politiques sont interdits et toute forme de coordination est étouffée
dans l'oeuf. Pourtant, sous ce silence pesant, des courants de
solidarité s'agitent: des travailleurs s'organisent de manière
informelle, des groupes de femmes résistent dans les écoles et les
hôpitaux, des étudiants continuent de diffuser clandestinement des
documents.
Nombreux sont ceux qui attendent l'étincelle suivante: elle pourrait
provenir d'un nouvel épisode de violence d'État, d'un effondrement
économique ou d'un conflit régional. Les monarchistes espèrent qu'Israël
la provoquera par une attaque militaire, mais leur appel à la
mobilisation reste lettre morte: personne ne souhaite une nouvelle
dépendance, ni une «libération» par les bombes.
Enfin: quelle leçon politique le soulèvement de Jina nous lègue-t-il,
trois ans après?
Le soulèvement de Jina nous a enseigné deux vérités fondamentales. La
première est qu'une révolution ne naît pas d'une idéologie, mais d'une
expérience vécue: le geste d'une femme ôtant son voile dans la rue,
celui d'un jeune homme défiant la police, celui d'une mère appelant sa
fille assassinée. Ces gestes, multipliés, ont ébranlé le pays tout
entier et démontré que le pouvoir n'est pas invincible.
La seconde est que la liberté individuelle ne suffit pas. Sans une base
sociale solide, sans la participation organisée des classes laborieuses,
même la révolte la plus courageuse risque d'être étouffée ou récupérée.
Le régime a survécu parce qu'il a exploité les divisions ethniques, de
classe et de genre, et parce que l'opposition est restée prisonnière
d'illusions réformistes ou d'une nostalgie monarchiste.
Cependant, tout n'est pas perdu. Le soulèvement de Jina a laissé un
héritage irréversible: il a brisé le tabou de la peur, il a donné la
parole à une génération qui refuse désormais le silence. Dans les
usines, les universités et les villages, son nom continue de circuler
comme un mot d'ordre de liberté.
Et même si le régime semble encore fort aujourd'hui, son autorité morale
s'est définitivement effondrée.
Quand la prochaine vague arrivera - et elle arrivera -, elle sera plus
consciente, mieux organisée, plus à même d'unir les luttes pour le pain
et la liberté.
Telle est la véritable leçon de Jina: le courage d'une seule femme peut
créer une brèche dans le mur de l'oppression, mais seule la solidarité
de tout un peuple peut l'abattre.
Je crois que l'avenir du mouvement révolutionnaire iranien repose sur la
capacité à unir ces forces fragmentées - féministes, ouvriers, minorités
- autour d'une vision commune. Ce mouvement ne sera ni religieux ni
monarchique, mais social, égalitaire et internationaliste.
*) Texte original publié dans le numéro 353 - octobre 2025 de Courant
Alternative. Nous avons traduit et édité l'interview à partir du français.
https://alternativalibertaria.fdca.it/
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center