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(fr) Regeneracion [ESP] - Être les cendres de ce feu (es) [Traduction automatique]
Date
Wed, 26 Nov 2025 17:42:47 +0000
Le manque de modèles dans l'activisme anarchiste - Il y a peu, un
camarade galicien a écrit et publié un article[1]sur notre héritage
d'activistes dans l'anarchisme social et organisé, et sur le fait que
nous ne sommes rien de plus que les cendres de ce feu que nos
prédécesseurs ont entretenu. L'article soutient qu'il est inefficace et
irrespectueux d'exister en tant que courant politique au sein du spectre
anarchiste en faisant preuve d'arrogance, de manque de respect envers
les autres camarades anarchistes et en niant leurs convictions comme une
forme d'affirmation de soi. Cependant, à la lecture de cet article, on
entrevoit également l'une des lacunes qui nous affectent le plus en tant
qu'activistes anarchistes: le manque de modèles actuels.
Par modèles, j'entends les organisations, les activistes et les courants
politiques dans lesquels nous pourrions nous reconnaître, que ce soit en
termes de pratique politique, de définition de la théorie et de
l'idéologie, d'action publique, ou dans d'autres domaines où un point de
repère nous serait utile. Sans cette figure, il nous manque un exemple,
ancré dans notre situation actuelle, qui nous permette d'envisager nos
capacités potentielles en tant que mouvement organisé.
Par ailleurs, par références «actuelles», j'entends des références
politiques qui s'inscrivent à la fois dans notre époque et dans notre
contexte géographique et historique approximatif. Nous pourrions certes
considérer les Amis de Durruti et la Fédération anarchiste ibérique
comme des références historiques, mais le contexte et le cadre d'action
de ces organisations véritablement révolutionnaires sont très éloignés
des nôtres. De même, nous pourrions prendre pour référence les
Especifistas uruguayens et brésiliens, la Fédération communiste
anarchiste d'Australie, en pleine expansion, ou encore l'Union
communiste libertaire francophone, relativement large et influente, mais
nous ne connaissons pas suffisamment leurs activités et nous ne
partageons pas le même contexte local (même si nous pouvons l'appréhender).
Tandis que nos camarades anarcho-syndicalistes, autonomistes et
insurrectionnels - la famille libertaire - ont entretenu la flamme de ce
rêve qui a ébranlé les fondements de la société capitaliste au siècle
dernier, cette traversée du désert a laissé un vide au sein de
l'organisation politique anarchiste, un vide que la FAI (Fédération
ibérique anarchiste) comblait jadis sur notre territoire. Nous, les
activistes qui avons émergé et nous sommes ralliés au projet anarchiste
au cours de cette dernière décennie, n'avons pas eu d'organisation
politique anarchiste où nous reconnaître; nos aspirations ont été
subordonnées à des organisations rivales existantes. Comprendre cette
situation exige de comprendre le contexte dans lequel nous nous trouvons
en tant qu'organisations politiques anarchistes, tout en expliquant le
cycle passé que nous voulons dépasser.
La Défaite
Le contexte actuel de défaite révolutionnaire est annoncé par une série
de défaites spécifiques du mouvement ouvrier et de l'organisation
anarchiste. Sans prétendre à une historiographie des cycles de lutte (ce
n'étant pas l'objectif de cet article), je définirai trois défaites
majeures qui façonnent le contexte organisationnel et social actuel dans
la région.
Premièrement, la défaite de la Révolution sociale en Espagne et dans les
Pays catalans entre 1936 et 1939. Issue d'un cycle incluant la Commune
de Paris et un regain de ferveur révolutionnaire avec la Révolution
russe, cette défaite voit la classe ouvrière s'organiser autour de la
CNT anarcho-syndicaliste, parallèlement à une organisation possédant sa
propre culture, ses pratiques et sa propre force: la FAI. Cette
importante force révolutionnaire de notre classe est soumise à une
répression d'État meurtrière depuis 1936, cette persécution
s'intensifiant à partir de mai 1937. L'État dissout le communisme
libertaire des communes aragonaises la même année et le vainc
militairement en 1939. De cette période nous héritent un mythe
révolutionnaire et l'application concrète du communisme libertaire, mais
aussi la discréditation du projet par la collaboration avec le
gouvernement, la destruction physique et l'effusion de sang de ses
militants.
Ensuite, nous assistons à la fin du cycle qui débuta en mai 1968 et
s'acheva avec la période post-transitionnelle, approximativement avec
les pactes de Moncloa. Cette période fut marquée par la réorganisation
de la CNT, la création de groupes anarchistes spécifiques pour
influencer ce processus, un contexte de lutte armée et la formation de
ce que l'on appelle aujourd'hui le régime de 1978. De cette époque
naissent les modèles syndicaux des successeurs de la CNT, mais aussi une
profonde légitimation sociale de la démocratie parlementaire sous la
monarchie constitutionnelle et un affaiblissement des forces
anarchistes, incapables d'empêcher le remplacement de la conscience de
classe par l'apathie libérale actuelle.
Parmi les revers les plus récents figurent l'échec électoral de Podemos
et la fin du mouvement indépendantiste catalan ces dernières années. De
ce cycle ont émergé de nombreuses assemblées libertaires et une
résurgence de l'activisme, tandis qu'une diversité de luttes se sont
également manifestées. Cette défaite ne peut être datée précisément;
elle résulte plutôt du déclin progressif de la mobilisation et de
l'abandon subséquent des objectifs initiaux de la lutte. La paralysie
sociale causée par la Covid-19 a finalement enterré ce cycle. Nombre de
militants actuels puisent leur expérience politique et organisationnelle
dans cette période.
Ces trois moments de défaite s'inscrivent dans les modèles formels
respectifs des organisations ouvrières de leur époque. Plus précisément,
la première défaite, de 1936 à 1939, correspond au modèle de
l'organisation forteresse, une organisation vaste et structurée qui
cherchait à diriger les forces de toute la classe ouvrière. La troisième
défaite, le cycle du Processus 15M, correspond au modèle horizontal,
informel et fondé sur les mouvements, qui se méfie des grandes
structures. La deuxième défaite, la Transition, correspond au moment de
transition et de convergence entre les deux modèles. Plus précisément,
la coexistence de la CNT, grande structure syndicale regroupant la
«vieille garde» historique et les exilés, et des pratiques informelles
des «jeunes activistes» parmi les nouvelles générations en matière
d'organisation.
Le vide comblé
Ces défaites ont engendré, comme j'ai tenté de l'expliquer et comme mon
camarade l'a également écrit, un manque de modèles capables de nous
enseigner et de nous guider. Les éléments susceptibles de servir de
points de repère au sein même du courant anarchiste provenaient soit
d'un passé lointain, soit d'un autre continent, soit n'étaient que de
grandes figures individuelles de l'anarchisme.
Récemment, en particulier, la dualité suivante existait. D'une part, des
organisations et des mouvements de base formulaient des revendications
et manifestaient dans la rue, auxquels nous participions; ils
s'inscrivaient dans un processus politique dont les objectifs finaux ne
nous convenaient pas ou que nous n'acceptions pas tels qu'ils nous
étaient présentés. D'autre part, il manquait un courant anarchiste
suffisamment important et organisé au sein du mouvement émergent, un
espace occupé par un courant politique rival.
Cela a conduit, premièrement, à un manque de représentation anarchiste
dans ce contexte de lutte - un manque de démonstration de force et de
reconnaissance de soi qui a affecté notre moral et nos perspectives.
Deuxièmement, faute d'organisation politique anarchiste vers laquelle se
tourner pour trouver des orientations, notre perception de ce que nous
pouvions accomplir en tant que force organisée était définie par les
actions des organisations de gauche qui dominaient alors le mouvement.
De même qu'un vide de leadership politique et de défense de
l'indépendance de classe peut se produire au sein d'une organisation de
base, que des pratiques non révolutionnaires peuvent prospérer, ou
qu'une méconnaissance des rapports de force au sein d'une assemblée peut
engendrer des hiérarchies informelles, le manque de points de repère
organisationnels anarchistes peut être comblé par des tendances
politiques non anarchistes.
Ce changement de perspective pose un problème: une organisation
politique anarchiste n'est pas la même chose qu'un parti politique de
gauche ou une organisation de libération nationale. Elle fonctionne
selon des principes différents, poursuit des objectifs différents et
entretient une relation différente avec la classe ouvrière. À une époque
où les repères anarchistes font défaut, il devient bien plus difficile
de déterminer ce que nous devons faire pour parvenir à la Révolution
sociale, surtout si nous n'observons autour de nous que des actions
menant à d'autres objectifs, stériles, comme la conquête du pouvoir
politique.
L'organisation politique anarchiste n'est pas un parti politique: c'est
une organisation révolutionnaire. Ses actions, son discours, ses
relations avec les masses laborieuses, sa forme et sa structure sont, et
doivent être, qualitativement différents de ceux des autres formations
politiques. Il est donc problématique de se reconnaître dans leurs
actions, leurs capacités ou leurs slogans, car ils convergent vers un
objectif que nous ne poursuivons pas.
Il est par conséquent nécessaire de combler ce vide de repères par notre
propre organisation: l'organisation politique anarchiste. Nous devons
investir l'espace politique par nos actions, notre activité, nos
contributions théoriques et idéologiques, notre perspective dans les
débats actuels et notre propre force.
Notre propre culture militante
Nous naissons au XXIe siècle comme un mouvement organisé faible,
dispersé et fragmenté, avec une mémoire lacunaire, mais animé par la
volonté de reconstituer le puzzle de son histoire.
Pour redonner à l'anarchisme sa force organisée et devenir une force
politique digne de notre époque, nous devons renforcer et étendre notre
culture militante, la distinguer des autres mouvements et la revendiquer
comme la nôtre. À l'heure actuelle, nous avons bâti, dans une certaine
mesure, une culture militante interne en structurant notre intervention
politique au sein d'un Code Militant. Poursuivant cette voie, nous
devons démontrer nos actions politiques aux masses laborieuses par la
communication politique, oser élargir notre base militante tant
qualitativement que quantitativement, et établir un réseau militant
territorialisé, capable d'affronter les luttes pour atteindre l'horizon
du communisme libertaire. Cette construction collective nous conduit
vers l'unité organisationnelle, vers l'unité des anarchistes au sein
d'une organisation générale commune, unité que nous avons tant désirée
durant ces temps d'errance dans le désert.
Par cet article, j'invite les anarchistes du monde entier à la
reconstruction de cette culture militante, à recréer nos journées de
commémoration, nos références culturelles, nos projets de construction
du pouvoir populaire, notre propre esthétique militante et un engagement
positif dans la construction de la force révolutionnaire.
Unissons-nous dans l'anarchisme social et organisé afin que, dans ce
nouveau cycle, l'anarchisme puisse être un acteur politique capable
d'intervenir dans la direction de la Révolution Sociale!
Malfainer, membre de Batzac - Joventuts Llibertàries
1.
https://regeneracionlibertaria.org/2025/07/29/non-somos-mais-que-a-cinza-dese-lume
https://regeneracionlibertaria.org/2025/11/18/ser-cendra-daquell-foc/
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