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(fr) Alternative Libertaire #365 (UCL) - Répression: Interdire «Antifa», le fantasme fasciste
Date
Tue, 18 Nov 2025 19:51:50 +0000
Interdire «Antifa». Voilà la nouvelle lubie des gouvernements
réactionnaires de tous les pays. Ces efforts ce sont intensifiés
récemment aux États-Unis avec la signature fin septembre d'un décret
présidentiel par Donald Trump désignant «Antifa» comme une organisation
terroriste. ---- Peu importe qu'une telle organisation n'existe pas en
tant que telle, ou que la loi américaine ne permette pas de désigner de
terrorisme intérieur. L'important est l'effet d'annonce, de frapper
fort, et surtout de garder les définitions les plus vagues possibles
pour attaquer tout type d'opposant·es. Il ne faut pas se tromper, aussi
ridicule que puisse paraitre l'idée de désigner comme terroriste une
organisation qui n'existe pas en soi, la moindre opposition au
gouvernement pourra vite être qualifiée d'Antifa, et donc punie par
l'arsenal répressif.
C'est cet exemple que les gouvernements réactionnaires dans le reste du
monde, et particulièrement en Europe, suivent désormais. On ne sera pas
surpris de voir la Hongrie d'Orban emboîter le pas aux États-Unis
seulement 4jours après et inscrire l'«idéologie antifa» sur une liste
d'organisations terroristes (sic). Cela peut entre autres entraîner des
sanctions financières, des expulsions du territoire ou des interdictions
d'y rentrer. Ce n'est pas le premier coup d'essai de la Hongrie qui a
par le passé condamné plusieurs militantes et militants antifa, dont la
députée européenne Ilaria Salis qui a finalement vu son immunité
parlementaire maintenue d'une seule voix le 7octobre 2025. D'autres
n'ont pas eu cette chance et continuent d'être dans les prisons hongroises.
Dans le même temps, en Belgique le président d'un des plus grands parti
de droite, le Mouvement réformateur (MR), a appelé à la dissolution du
mouvement antifa, désigné comme «le plus grand danger pour notre
démocratie». Un projet de loi déposé par le ministre de l'Intérieur, MR
lui aussi, pour interdire et dissoudre les mouvements radicaux devra
être étudié prochainement. Aux Pays-Bas une motion non contraignante a
été votée par le parlement à l'initiative de Geert Wilders, leader de
l'extrême droite, pour interdire et dissoudre «Antifa».
Dans la foulée, un député européen d'extrême droite belge a déposée une
proposition au Parlement européen pour classer «Antifa» comme une
organisation terroriste. La France elle-même n'est pas en reste
puisqu'elle a dissout l'organisation antifasciste la Jeune Garde en
juin 2025. Toutes ces mesures se justifient en invoquant la «violence»
déployée par les mouvements antifa, dans le but de les discréditer et de
faire accepter aux populations le renforcement de leur répression. Cet
argument ne tient pas puisque de nombreux groupuscules d'extrême droite
faisant preuve d'une violence accrue ne sont pas inquiétés. Ce n'est que
parce que l'antifascisme s'oppose aux réactionnaires, aux autoritaires
et aux fascistes qu'il est désigné comme l'ennemi.
Ces diverses dissolutions, interdictions ou mises sur listes
antiterroristes pourraient ne pas toutes aboutir légalement, mais il
est certain que la répression des mouvements antifascistes va continuer.
En désignant «Antifa» comme une entité et en y attachant tous type de
revendications (féminisme, antiracisme, LGBTI, anticapitalisme...) il
est facile de qualifier tout et n'importe quoi d'antifa, et donc de
considérer ces revendications comme terroristes elles aussi.
Cette répression de l'antifascisme va de pair avec les mouvements de
répression de la transidentité. Si évidemment les mécanismes ont leurs
différences, la diabolisation des deux s'accompagne d'une accusation de
déviance par rapport aux valeurs conservatrices et fascistes.
Ainsi, pouvoir accuser tout opposant et opposante de terroriste aura
évidemment des impacts médiatiques, étouffant tous les discours
antifascistes, mais surtout cela permettra de punir les militants et
militantes les plus diverses avec des procédures judiciaires accélérées
et des peines encore plus lourdes. Tout soupçon de complicité sera lui
aussi potentiellement puni, et touchera des organisations plus modérées
mais qui auront des revendications incluses dans le fourre-tout flou de
ce qu'est «Antifa». Il s'agit donc d'une offensive globale, en partie
coordonnée, et qui va surement se multiplier partout dans le monde pour
renforcer les pouvoirs de l'État et rogner petit à petit sur les
libertés fondamentales. Il est impératif pour le mouvement antifasciste
de prendre au sérieux cette menace et de s'y préparer.
Comme nous aimerions que le mouvement antifasciste soit aussi puissant
en réalité que dans la tête des réactionnaires. Une organisation
tentaculaire avec beaucoup de moyens qui aurait un potentiel disruptif
important, jusqu'à menacer l'existence même des gouvernements selon les
justifications de certains et certaines. Mais nous le savons, le, ou
plutôt les, mouvements antifascistes sont protéiformes, plus ou moins
organisés et malheureusement en recul. Si, la répression va rendre de
plus en plus difficile l'organisation de luttes antifascistes, il ne
faut cependant pas désespérer. S'il ne faut rien attendre de la lutte
antifasciste dans les tribunaux ou dans les Parlements, il faut
continuer le travail, dans nos organisations, nos contre-pouvoirs et
dans tous nos territoires. Il est impératif de «battre le fascisme
partout» comme l'appelle l'UCL dans une de ses motions de congrès de 2025.
Cela passe d'abord par un renforcement de nos moyens de protection,
qu'ils soient politiques, juridiques, informatiques ou autres, comme le
mentionne notre organisation soeur aux États Unis Black Rose/Rosa Negra
dans l'entretien publié en page 9 de ce journal [1]. Mais, il est aussi
impératif de continuer à se mobiliser. C'est ainsi que le mouvement
antifa pourra grandir et résister à ces attaques. Dans tous les pays où
il a été interdit, les mouvements antifa ne disparaissent pas. Ils
doivent simplement s'adapter. Renforcer la solidarité et la coordination
entre les organisations et collectifs, localement mais aussi
internationalement est crucial. L'ennemi s'organise, à notre tour de
continuer à faire de même.
Sano (UCL Marseille)
Notes:
[1] « Black Rose/Rosa Negra: « Les menaces de l'État rendent certain·es
plus réticent·es à agir » », Alternative libertaire n° 365, novembre 2025.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Repression-Interdire-Antifa-le-fantasme-fasciste
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