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(fr) Alternative Libertaire #365 (UCL) - Secteur social et médico-social: Quand le Planning 13 se lève, le travail social avance
Date
Thu, 13 Nov 2025 19:52:08 +0000
Lors de cette belle journée de lutte du 18septembre, l'entièreté du
Planning familial de Marseille était en grève. Cette trentaine de
salariées, que des femmes ou des minorisé·es de genre, ont ainsi invité
150travailleurs et travailleuses du secteur social, médico-social et
plus encore à se réunir en assemblée générale à la suite de la
manifestation. ---- «Nous nous sommes rendu compte que nous n'avions pas
besoin de demander l'autorisation, nous l'avons prise». Voilà comment
Marion, salariée du Planning et militante à SUD Asso, a introduit
l'assemblée générale (AG). Fermer complètement leur structure, une
action importante et même nécessaire qui a commencé à murir lors de la
première journée d'action du 10septembre. «La grève est apparue comme
une évidence», elles ont pu ainsi profiter du temps qu'elles se
donnaient pour réfléchir et agir ensemble. Un geste d'autant plus
remarquable qu'il est rare de trouver une lutte portée par l'entièreté
des salarié·es dans ce secteur professionnel féminisé du care où les
freins sont multiples [1].
Il n'est en effet pas évident d'avoir l'impression de laisser sur le
carreau des personnes vulnérables de part leur situation sociale ou de
part l'urgence qu'elles traversent (risques de grossesse, grossesses non
désirées, violences, etc.). Toujours est-il que le planning était donc
fermé, mais pas la cour où nous nous sommes tous et toutes retrouvé·es.
Une mobilisation qui prend
Avec 150personnes de toutes les structures possibles et imaginables [2],
tous et toutes dans la spécificité de notre travail, nous avons répondu
à l'appel du Planning. L'AG ne concernait pas uniquement le secteur
social et médico-social, mais était également ouverte aux travailleurs
et travailleuses de l'éducation, de l'animation et, plus largement, du
monde associatif. Questionnées sur ce dernier point, Marion et Louna,
également salariées du Planning et militantes à SUD Asso, répondent que
les problématiques des un·es et des autres se croisent et que nous ne
devons plus rester isolé·es dans nos corporations. Il s'agit de
construire des revendications communes pour les publics que nous
accompagnons.
L'AG est appelée par les «grévistes du Planning» en dehors du cadre
syndical. Plusieurs sont syndiquées et le Planning est un contre-pouvoir
féministe, autant d'influences pour développer des pratiques
démocratiques et organisationnelles. On sent le savoir-faire militant
durant l'AG. Mais cette auto-organisation est aussi un indicateur sur la
situation du syndicalisme dans le social et médico-social dans les
Bouches-du-Rhône qui peine à impulser ce genre de pratiques. Le
féminisme ne se met pas en pause pour autant, «la lutte féministe est
transversale et essentielle à l'heure des privations budgétaires qui
vont toucher en premier lieu les femmes». Lors de la manif, c'est un
cortège féministe qui a ainsi défilé entre la CNT, la CNT-SO et Solidaires.
Malgré la diversité des secteurs professionnels, les interventions des
un·es sonnent familièrement aux oreilles des autres: un travail social
que l'on malmène, des publics que l'on maltraite sous des prétextes
budgétaires, des salarié·es fatigué·es qui tiennent les institutions à
bout de bras. La nécessité de construire une mobilisation large émerge
vite. Pour un meilleur accompagnement des publics et pour de meilleures
conditions de travail et de rémunération.
Une AG qui donne de la force
Après un temps d'échange en petit groupe, puis de retour en plénière,
plusieurs canaux de discussion et d'organisation via messagerie
instantanée sont créés. On s'affaire à élaborer une liste de
revendications, organiser une seconde assemblée générale, établir une
liste d'établissements dans lesquels aller intervenir pour rallier les
collègues au mouvement social et organiser un cortège lors de la
prochaine journée de mobilisation.
Des groupes de travail ont également émergé pour construire une caisse
de grève, condition sine qua non d'une mobilisation salariale durable,
ainsi qu'un groupe de travail faisant le lien avec les usagers et
usagères. Cette dernière question est également une question clef pour
mobiliser dans le secteur. Les travailleurs et travailleuses sociales et
plus largement les salarié·es prenant en charge un public, ont toujours
cette double mission (ou parfois double contrainte) de se mobiliser pour
soi et l'autre, mais tout en gardant à l'esprit la nécessité de ne pas
pénaliser nos publics déjà en difficulté. Ce dilemme pourrait se
traduire ainsi: faire grève pour visibiliser l'importance de notre
travail, c'est-à-dire ne plus s'occuper des gens pour montrer que rien
ne marche sans nous, tout en ne mettant pas d'avantage en situation de
précarisation nos publics, notre classe.
La grève du Planning a impulsé une dynamique collective avec notamment
une AG toutes les semaines et des tractages et interventions dans
plusieurs établissements. Elle est précieuse dans la construction du
rapport de force et nous démontre deux choses. Tout d'abord la
nécessité de se retrouver entre établissements autour de revendications
communes, comme préalable à la montée en puissance. Ces revendications
peuvent être très politiques comme «l'arrêt des politiques racistes» ou
encore «le soutien à la cause palestinienne». La volonté de construire
des dates de mobilisation locales sans attendre après les grandes
journées de mobilisation de l'intersyndicale est forte.
Alors que la mobilisation interprofessionnelle de septembre-octobre
décline, cette assemblée générale semble devenir le point d'appui pour
les travailleuses et travailleurs du social et médico-social associatif.
En phase de reflux des luttes, il s'agit de reconstruire et pérenniser
l'outil de lutte collectif et revendicatif. À l'image d'autres villes,
il pourrait être intéressant que cette AG se structure en collectif
regroupant des salarié·es, d'autres collectifs, des syndicats, des
usagers et usagères. Les rencontres nationales du travail social en
lutte ont d'ailleurs eu lieu à Marseille peu de temps après. De quoi
aider à franchir le pas et remonter un collectif combatif.
Myriam (UCL Marseille)
Notes:
[1] Perte de salaire difficilement supportable, culpabilité «
d'abandonner » des publics vulnérables, atomisation des équipes par le
recours massifs à des intérimaires, etc.
[2] Maison d'enfant à caractère social, prévention spécialisée, lieu de
vie pour adulte en situation de handicap, établissement et service
d'accompagnement par le travail, lieu de soin communautaire ou non, lieu
d'accueil pour migrants et migrantes, professionnel·les du Français
langue étrangère ou de la traduction.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Secteur-social-et-medico-social-Quand-le-Planning-13-se-leve-le-travail-social
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