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(fr) Courant Alternative #354 (OCL) - «Nous ne partirons pas. Mais si nous partons, nous vous laisserons la terre brulée»
Date
Fri, 7 Nov 2025 07:43:09 +0000
Nous avons rencontré Assareh Assa, camarade iranienne exilée en France,
pour un entretien qui revient sur le soulèvement iranien de 2022, après
l'assassinat de Mahsa Jina Amini. Dans Courant alternatif d'octobre,
nous avons publié sa première partie, consacrée au succès de ce
mouvement d'un point de vue de la liberté des femmes, à ses impasses sur
les questions sociales, sa répression et le nationalisme en Iran. Dans
ce second volet, Assareh nous parle de la guerre Israël-Iran, de la
situation des classes laborieuses en Iran, et de la nature «fasciste» du
régime. ---- Revenons maintenant sur la guerre entre Israël et l'Iran.
Tu as dit que le nationalisme iranien avait aidé la République
islamique. Peux-tu développer cette idée? ---- En effet, toute attaque
contre un pays sollicite généralement le sentiment nationaliste de sa
population. Dans le cas des Iraniens, la situation a été
particulièrement ambiguë durant la phase du conflit entre l'Iran et
Israël qui a été appelée «guerre des 12 jours». L'immense majorité des
Iraniens déteste en effet profondément le régime actuel, en raison de la
violence et de la brutalité dont il fait preuve envers les opposants.
Ils se sentent incapables de se débarrasser de ce régime, alors ils se
réjouissent de voir leurs oppresseurs recevoir des coups mortels. Sans
aucun doute, les représailles d'Israël contre les commandants de la
République islamique ont fait plaisir à la majorité de la population
iranienne. Bien que le sentiment national ait blessé pendant les
bombardements israéliens, une grande partie de la population attend
passivement le prochain coup d'Israël pour se débarrasser définitivement
de la République islamique; elle considère les actions militaires
israéliennes comme une bonne chose. Il faut le dire, malheureusement,
l'idée d'être «libérés» par un État comme celui de Netanyahou, dont le
caractère fasciste est connu depuis longtemps, ne dérange pas une partie
de la population iranienne. Cette indifférence s'explique en partie par
le fait que les libéraux s'efforcent de présenter Israël comme la seule
vraie démocratie du Moyen-Orient - un État qui fonctionne, qui garantit
la liberté d'expression et la sécurité économique de sa population, etc.
On sait que cela n'est pas vrai, mais la société iranienne semble bien
loin de chercher la vérité sur la nature du régime israélien. Cela est
du au discours que la République islamique a tenu durant toute son
existence.
J'aimerais m'arrêter un peu sur ce point. L'Iran était culturellement
opposé à l'occupation israélienne de la Palestine bien avant la
naissance de la République islamique. Mais courant ces dernières années
une partie des Iraniens se sont rangés du côté d'Israël à cause de la
République islamique. En faisant de la «cause palestinienne» une cause
d'État, elle a changé le regard des Iraniens sur le conflit
israélo-palestinien. En effet, en utilisant la cause palestinienne pour
réprimer la population iranienne, elle l'a rendue détestable aux yeux de
nombreux Iraniens. Pour en donner un exemple, il y a quelque temps, le
régime a organisé une parade de bassidjis, des filles pro-régime
employées pour agresser les femmes qui osent sortir dans la rue sans
voile, et ces bassidjis tenaient le drapeau palestinien à la main.
Pourtant, ce n'est pas seulement l'utilisation de l'emblème de la
Palestine qui pousse les Iraniens à croire que le régime les réprime en
tenant un discours propalestinien. En effet, durant toute son existence,
la République islamique a mené une politique étrangère dont le résultat
direct pour les Iraniens a été leur appauvrissement sans frein. Bien
évidemment, on peut et on doit chercher la raison de cette politique
dévastatrice pour les Iraniens dans les intérêts économiques de leurs
dirigeants. Mais pour un Iranien lambda, les choses se passent ainsi: le
régime dépense l'argent de l'Iran pour les populations des pays qu'il
considère comme ses alliés dans «l'axe de la résistance», notamment pour
les Palestiniens. C'est pourquoi on entendait pendant ces dernières
années et on entend encore aujourd'hui, ce slogan lors des
rassemblements et des manifestations: «Laisse tomber la Palestine,
trouve une solution pour notre misère.» De toute évidence, le régime
finance par l'argent du pétrole les armements des diverses structures
militaires et paramilitaires de la région appartenant à «l'axe de la
résistance», mais prétendre que cet argent est dépensé pour améliorer le
sort des peuples de pays comme la Syrie, l'Irak, le Yémen ou la
Palestine est un pur mensonge.
En tout cas, l'idée répandue dans la société est que si le régime adore
la cause palestinienne, les Iraniens détestent les Palestiniens et leur
cause, et adorent leur ennemi, Israël, qui les massacre.
Selon moi, applaudir, psychologiquement, moralement et idéologiquement,
Israël pour ce qu'il est en train de faire à Gaza ne relève que d'un
esprit fasciste. Cette attitude qui est due au régime iranien est fort
triste. La société iranienne, qui soutenait la cause palestinienne avant
la révolution de 1979, est devenue, sinon favorable au génocide en cours
à Gaza, du moins indifférente. Soit par pur opportunisme, selon le
principe «L'ennemi de mon ennemi est mon ami», soit par cette idée
réformiste que le mal est préférable au pire. Israël est mauvais, mais
la République islamique est pire. Une fois de plus, les esprits
simplistes refusent de voir le lien entre ces deux régimes fascistes et
la façon dont ils se nourrissent de leur antagonisme.
Tu as qualifié plusieurs fois la République islamique de «fasciste», ce
n'est pas anodin. Tout le monde sait que le pouvoir en place en Iran est
un État théocratique, une dictature. Mais faut-il vraiment l'appeler
fasciste?
Je suis consciente que le terme «fasciste» est très chargé: il a un sens
historique bien défini, il faut donc éviter de l'utiliser à tort et à
travers. Cependant, il me permet de qualifier la situation politique et
sociale en Iran. La République islamique est en effet le résultat de la
prise de pouvoir par les forces contre-révolutionnaires; elle est issue
d'une révolution populaire qui a échoué. Ses premiers actes ont consisté
à éliminer les éléments radicaux de la société, ce qu'elle a très bien
fait. Elle a également déclenché une guerre contre l'Irak, grâce à
laquelle elle a pu mobiliser les masses autour de son idéologie
suprématiste, une version iranienne de l'islam: le chiisme. Elle a ainsi
pu étouffer toute voix d'opposition durant la guerre et la décennie qui
a suivi.
Pour toutes ces raisons, il me semble injuste de priver le régime de la
qualification de «fasciste»! Toutefois, si l'on me propose un autre
terme, un autre concept permettant de le mettre au même niveau que le
régime israélien, je l'accepte volontiers. En effet, je pense
qu'insister sur le caractère fasciste des pratiques d'Israël, à juste
titre sur le génocide qu'il commet à Gaza, tout en considérant le régime
iranien comme une simple dictature constitue une erreur d'analyse
majeure. Cette approche conduit à des pratiques qui, en fin de compte,
soutiennent la République islamique dans sa politique militariste et
renforcent sa répression à l'encontre des Iraniens sous prétexte de
faire face à Israël. Le discours politique qui qualifie de fasciste
Israël, mais pas l'Iran, est souvent défendu par la gauche de l'«axe de
la résistance». Les partisans de la gauche dite «campiste» ou
«anti-impérialiste», mettent sur la balance les dégâts et les morts
causés par les deux régimes en conflit. Ils ignorent, ou préfèrent
ignorer, que la République islamique, par sa seule existence en tant que
menace perpétuelle à l'égard d'Israël, a aggravé la vie et la lutte des
Palestiniens. Ils ignorent également qu'Israël a vendu des armes à
l'Iran pendant la guerre Iran-Irak, ce qui a grandement aidé le régime à
asseoir son pouvoir par le biais de la guerre. Ils ne tiennent pas
compte non plus du discours ouvertement antisémite de l'Iran, qui permet
à l'État israélien d'amalgamer antisémitisme et antisionisme.
Face à cette comparaison simpliste émanant de la gauche, j'aimerais
rappeler la phrase d'Otto Rühle: «Pour parler de fascisme noir, il faut
aussi parler de fascisme rouge», et l'adapter aux situations actuelles:
«Pour parler du fascisme israélien, il faut aussi parler du fascisme
iranien, et vice versa.»
Mais pour ne pas rester dans cette rhétorique et ne pas se contenter de
justifier l'usage politique de l'étiquette «fasciste» pour désigner le
régime en Iran, regardons la question sous l'angle des ouvriers immigrés
afghans. En effet, contrairement à une dictature, un État fasciste a
besoin du soutien de sa population pour mener ses politiques fascistes.
Il me semble que cela a malheureusement été le cas lors du dernier acte
du régime iranien contre les Afghans.
Tu parles de l'expulsion récente des immigrés afghans d'Iran?
Oui.
J'aimerais profiter de cette occasion pour évoquer la situation de ces
immigrés en Iran. Cela me permet également de compléter ma réponse à ta
première question, à savoir comment le nationalisme iranien soutient le
régime. Pour cela, je dois remonter à la fin du soulèvement après la
mort de Jina.
En effet, comme je l'ai dit au début de cet entretien, l'échec de ce
soulèvement s'est traduit par l'affrontement des diverses forces
politiques sur la question de l'intégrité territoriale. Ce conflit a
pris une ampleur considérable, si bien que les forces souverainistes
turques se sont dressées contre les nationalistes kurdes, ceux-ci contre
les Perses, et les Perses contre tous et ainsi de suite. Pour maîtriser
le conflit national après cet échec, il fallait que le régime réunisse
tous les acteurs sous un mot d'ordre national. Ce mot d'ordre ne pouvait
plus être dirigé contre l'«ennemi extérieur», à savoir les pays
occidentaux, car les Iraniens n'y croyaient plus depuis longtemps. Ayant
perdu leur confiance dans son discours identitaire face à l'«ennemi
extérieur», le régime a cherché à en créer un autre à l'intérieur du
pays: les travailleurs immigrés. Si la plupart des Iraniens ne se
rallient plus au régime dans sa confrontation avec Israël ou les
États-Unis, ils se rangent à ses côtés face aux Afghans venus en Iran,
selon eux, pour «voler leur pain ou détruire leur beau pays».
Ces dernières années, les immigrés afghans et les individus issus de
l'immigration ont subi des atrocités provenant non seulement de l'État,
mais aussi de la part de certains citoyens iraniens. Bien qu'ils
partagent la même culture, la même langue et la même religion que les
Iraniens, les Afghans n'ont jamais été les bienvenus en Iran. Ils sont
victimes de toutes sortes de discriminations étatiques: ils ne peuvent
pas s'installer où ils le souhaitent, ils ne peuvent pas fréquenter
certains quartiers, et l'accès à certains espaces publics, comme des
jardins publics, leur est interdit. Ils ne peuvent même pas avoir une
carte SIM à leur nom et ne peuvent pas circuler librement dans le pays.
Ils rencontrent d'énormes difficultés pour inscrire leurs enfants à
l'école, et cela leur est parfois impossible. Ces derniers temps, on a
même vu le régime interdire la vente de pain et de médicaments aux Afghans.
Bien évidemment, l'État ne pourrait procéder à toutes ces
discriminations systématiques s'il n'existait pas de racisme en Iran.
Mais même avant le soulèvement de Jina, un Afghan, voire un
Irano-Afghan, n'était pas à l'abri des actes racistes: ces actes commis
à l'encontre des Afghans sont innombrables, surtout quand ce sont des
Hazaras, facilement reconnaissables à leurs traits asiatiques. Cela
commence par une simple injure dans la rue, passe par un tabassage et se
termine par l'incendie de leur quartier. En effet, aussi loin que je
m'en souvienne, il y a toujours eu un sentiment de supériorité chez la
plupart des Iraniens à l'égard des Afghans. Je n'en développerai pas ici
les raisons historiques, culturelles et économiques, je dirai simplement
qu'il existe en Iran un discours tendant à affirmer que les Iraniens
sont les descendants des Aryens, du «sang pur», etc., ce qui
légitimerait leur prétendue supériorité «raciale» par rapport aux
non-Aryens. Ce discours a évidemment pris plus d'ampleur aujourd'hui,
mais les actes racistes contre les Afghans, surtout les Hazaras, ne sont
pas récents. Dans un contexte de crise politique, économique et sociale,
ce racisme débouche sur des actes que l'on ne peut qualifier que de
fascistes. Il faut noter également que la question des ouvriers afghans
et du racisme qu'ils subissent commence peu à peu à être posée dans la
société, surtout dans les milieux intellectuels de gauche.
Le régime, qui est depuis longtemps dans l'incapacité de garantir le
minimum vital à la population, a cherché à alléger la charge de l'État.
Il a trouvé comme solution l'expulsion des familles immigrées afghanes.
Pour ce faire, il avait besoin que la société collabore: la guerre lui a
fourni le prétexte nationaliste idéal.
Pendant la «guerre des 12 jours», les Iraniens de toutes sensibilités
politiques ont été sous le choc. Ils ont vu le mythe de la puissance
militaire du régime se volatiliser et celui-ci se révéler très
vulnérable face à son ennemi. Ils ont espéré que la situation évoluerait
en leur faveur, mais ils s'inquiétaient également pour leur propre
sécurité. Alors, une fois les bombardements des villes terminés, ils ont
commencé à se montrer solidaires du régime. Comment? Eh bien, le régime
a cherché des boucs émissaires pour justifier son échec, et il les a
trouvés parmi les plus démunis de la société iranienne: les ouvriers
afghans. Il les a pourchassés sur leurs lieux de travail, dans leurs
foyers, et même dans les hôpitaux. La majorité iranienne ne croit pas à
l'histoire inventée de toutes pièces par le régime contre les Afghans,
mais elle l'a aidé efficacement en soutenant leur expulsion massive.
On estime qu'entre 6 et 5 millions d'ouvriers et ouvrières afghans
travaillent pour des salaires de misère en Iran. Le régime a pu en
expulser entre 1 et 2 millions dans des conditions affreuses. Il y a eu
quelques décès dans les camps où les ouvriers afghans étaient retenus
pendant plusieurs jours, sans nourriture ni eau, avant d'être renvoyés
en Afghanistan. La couche entrepreneuriale de la classe moyenne
iranienne connaît évidemment la valeur économique de cette main-d'oeuvre
bon marché. Cependant, le régime est tellement inquiet pour son propre
avenir qu'il ne peut envisager les dommages que cette couche de la
bourgeoisie, encore productive, subira à moyen terme. De plus, la
situation économique de la classe ouvrière iranienne est si
catastrophique que le régime est convaincu qu'elle finira tôt ou tard
par accepter de remplacer la main-d'oeuvre immigrée pour effectuer des
travaux très mal payés dans les secteurs difficiles.
Dans la situation matérielle alarmante des Iraniens, il y a aussi des
pénuries d'eau et d'énergie, non?
Oui, mais avant de répondre à cette question, j'aimerais donner quelques
chiffres pour mieux faire comprendre la détresse économique de la classe
ouvrière: une famille ouvrière composée de quatre personnes a besoin
d'environ 48 millions de tomans pour survivre dans une ville chère comme
Téhéran, alors que le salaire actuel d'un ouvrier ne s'élève qu'à 14
millions de tomans, soit moins de 100 dollars par mois. La menace de la
guerre et de l'embargo aggrave encore la situation de cette classe, mais
elle appauvrit également de plus en plus la classe moyenne, au point que
certaines de ses couches ne peuvent plus se reproduire en tant que telle.
En ce qui concerne le manque d'électricité, les experts estiment qu'il
serait du au fait que le régime n'a pas investi dans le renouvellement
des moyens de production. Il y a beaucoup de pertes dans les réseaux,
que ce soit pour l'eau, le gaz, l'électricité, etc. Je n'ai pas de
chiffres, mais il semblerait qu'on produise beaucoup de bitcoins en
Iran, une sorte de magouille pour contourner les embargos avec les
cryptomonnaies. Résultat: il y a des coupures quotidiennes d'électricité.
Il est toutefois important de noter que ces coupures ne touchent pas
tous les Iraniens de la même manière: dans les petites villes et les
villages, les habitants sont encore plus privés d'électricité que ceux
des grandes villes ou des beaux quartiers. En effet, en opérant ce
choix, le régime essaie de diminuer le risque de soulèvement dans les
grandes villes.
En ce qui concerne la pénurie d'eau, il faut savoir qu'une sécheresse
sévit en Iran depuis environ cinq ans, mais ce n'est pas la seule cause:
la mauvaise gestion des ressources en eau en est une autre. Et lorsqu'on
parle de pénurie d'eau, il ne s'agit pas d'un phénomène passager. Les
grandes villes historiques d'Iran sont aujourd'hui menacées par ce
problème. À Ispahan, par exemple, le sol s'affaisse. Pourquoi? Parce
qu'on a puisé dans les eaux souterraines pour les utiliser dans
l'agriculture, afin de réaliser l'un des grands rêves du régime:
atteindre l'indépendance alimentaire. De l'autre côté du pays, dans le
Nord-Ouest, Orumia, le plus grand lac d'Iran, a été asséché par la
construction de barrages. La conséquence, c'est que dans quelques années
les grandes villes seront directement impactées par le sel qui voyage
avec le vent et assèche tout sur son passage (le phénomène est déjà à
l'oeuvre). Il est difficile d'imaginer le nombre de rivières et d'étangs
asséchés, directement ou indirectement, pour des intérêts matériels
directs dont profite la mafia économique du corps des gardiens de la
révolution islamique: assécher un étang pour exploiter le pétrole ou le
minerai qui se trouvent à proximité, par exemple.
Il y a quelques années, lors d'un mouvement de protestation, un mollah a
déclaré: «Nous ne partirons pas. Mais si nous partons, nous vous
laisserons la terre brulée.» Je crains personnellement qu'ils puissent
réaliser ce projet!
Et qu'est-ce qui pourrait en empêcher les mollahs?
Ah, sacrée question! En vérité, la lutte ne s'arrêtera pas tant que nous
n'aurons pas trouvé la réponse à cette question: que faire?
Dans une ambiance de guerre où le régime arrête des gens par centaines
sous prétexte qu'ils sont des espions d'Israël, et où plusieurs
personnes ont été pendues pour ce motif, il y a quand même des
protestations par-ci, par-là. Il y en a récemment eu une au
Baloutchistan, immédiatement réprimée dans le sang. Les retraités se
rassemblent toutes les semaines pour revendiquer une augmentation de
leur pension, bien qu'ils ne soient pas à l'abri de la violence des
forces de répression, malgré leur âge. À Chiraz, des personnes sont
descendues dans la rue pour protester contre la pénurie d'eau et
d'électricité; elles ont été dispersées et arrêtées immédiatement. Dans
certains villages, les habitants bloquent les rues pour protester contre
la pénurie d'eau.
Dans le milieu ouvrier, on peut citer la lutte des travailleurs de
l'usine d'aluminium d'Arak, en grève depuis plus de cinquante jours. Il
s'est également passé une chose inédite, selon mes informations: après
quelques semaines, au lieu d'obtenir une réponse à leurs demandes, ces
travailleurs se sont retrouvés menacés de licenciement et d'arrestation
par la police politique, VAVAK (1). Certains d'entre eux ont alors
commencé une grève de la faim, refusant même de boire de l'eau. Ils
réclament l'amélioration des conditions de travail - ces conditions sont
responsables de la mort de deux de leurs collègues. Ils réclament
également le remplacement du directeur de l'usine et le versement de
leur salaire. Il s'agit évidemment d'une grève assez défensive, mais
elle montre que le mouvement ouvrier est toujours bien présent en Iran.
Mais du point de vue du «militantisme», il me semble important de
revenir sur le mouvement «Femme, vie, liberté», pas seulement pour
commémorer ses martyrs et insister sur son caractère radical, mais
surtout pour mettre en lumière ses limites et son contenu. Certains
camarades ont l'habitude de fétichiser ce mouvement, de s'accrocher à la
peau du serpent. À mon avis, il est temps de porter un regard critique
sur lui et de se demander ce que signifie «Femme, vie, liberté» lorsque
ce slogan est repris par Netanyahou.
Propos recueillis par zyg, septembre 2025
Note
(1) Cette abréviation pour désigner le ministère du Renseignement de la
République islamique d'Iran est souvent utilisée afin de rappeler
l'affinité entre cet organisme et le SAVAK (Service du renseignement et
de la sécurité du pays) de l'époque du Shah, qui avait le même
fonctionnement: exercer la terreur et la torture dans le pays. Beaucoup
d'éléments du SAVAK ont été repris dans le VAVAK.
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4557
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