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(fr) Courant Alternative #364 (OCL) - Edito 354 L'esprit de résistance gagne du terrain dans le monde

Date Wed, 5 Nov 2025 16:55:13 +0000


Depuis quelques années les lamentations sur «la montée du fascisme» à l'échelle planétaire font florès dans des milieux qui vont de la gauche molle jusqu'aux libertaires. ---- Sont alors pris en exemple, selon le moment ou la tendance, Trump et Poutine bien entendu, mais aussi Bolsonaro et Miliei au Brésil et en Argentine, la Hongrie d'Orban, l'Italie de Meloni, La Pologne contre l'avortement, et partout les scores importants de l'extrême droite. Cette vague est baptisée, selon les écoles, technofasciste, populiste, néoconservatiste, nationaliste , etc. En France ce tableau, pour exact qu'il soit, a été utilisé par une social-démocratie moribonde et une extrême gauche vert-rouge qui tente de la remplacer, pour répandre l'idée qu'il fallait construire un front républicain contre le FN plutôt que foutre en l'air un patronat appelant ouvertement de ses voeux un régime fort quel qu'en soit l'appellation.
Dans ce sinistre tableau il convient d'ajouter la Chine qui ne dépare pas le paysage en matière totalitarisme d'avant-garde en matière de contrôle et de répression contre les populations, les mille et une dictatures quasi traditionnelles dans l'Asie du Sud-Est (Thailande, Birmanie, Indonésie, etc...) sans oublier en Afrique où les régimes issus du colonialisme rivalisent en matière de despotismes toujours renouvelées... et, bien sur, les régimes islamistes qui ne déparent pas le sinistre paysage.

Il semblait ne plus y avoir de place ni d'espoir pour les révoltes populaires.

Pourtant, à l'aube du siècle nous avions eu les révolutions de couleurs. Celles des bulldozers en 2000 en Serbie (déjà!) qui obligea Milosevic à céder le pouvoir. Celles des «roses» en Géorgie en 2003, «orange» en 2004 en Ukraine, des «Tulipes» au Kirghizstan en 2005, «en jean» en Bielorussie. L'espoir suscité fut de courte durée. Piloté par les USA ces irruptions populaires furent le dernier soubresaut de la chute du «communisme réel» et ne permirent que l'accession au pouvoir de nouveaux/anciens bureaucrates tous plus corrompus les uns que les autres.
Même au Liban, suite à l'assassinat d'Hariri, la révolution du «Cèdre» contre la présence syrienne dans le pays ne donna guère plus de résultats, on le sait aujourd'hui!

Un peu plus tard, les printemps arabes se sont succédés à partir de 2010 un peu partout. Puis, en 2020, Black live matter aux Etats-Unis et dans une moindre mesure les Gilets jaunes en France. Mouvements ô combien importants en ce qu'ils étaient beaucoup plus autonomes que ceux des couleurs dix ou quinze ans plus tôt et qu'ils ont approfondi des fissures prometteuses et durables dans ces pays. Mais pas suffisants néanmoins pour contrecarrer le sentiment d'impuissance face à une contre révolution tout feu tout flamme. Citons quand même les premiers signes d'une contre-contre révolution avec le mouvement des casseroles en 2019 en Colombie et une continuelle répression en Iran pour éteindre les révoltes contre les ayatollahs. On commence alors à parler de printemps des peuples.

Mais il faudra attendre encore cinq ans pour qu'éclatent, en 2025, un peu partout et quasi simultanément des révoltes aux formes multiples, mais qui ont toute des points communs: la dénonciation de la corruption des politiciens, la mise en avant de l'horizontalité dans l'organisation du mouvement, et surtout peut être le fait que chacune d'entre elle se reconnaît dans celles qui éclatent à l'autre bout du monde, quel qu'en soit le contexte et l'histoire de chacune.

Point de départ, un évènement qui aurait pu passer inaperçu au milieu d'un flot continu de scandales mais qui, cette fois a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase: une augmentation de l'allocation allouée aux élus puis la mort d'un jeune tué par un camion de la police en Indonésie ou le chômage et les licenciements en masse étaient dénoncés; des coupures d'eau et d'électricité à Madagascar ou c'est tout le monde du travail qui s'est mobilisé; la coupure des réseaux sociaux par le gouvernement au Népal ou les émeutes ont fait une centaine de morts; la menace de privatisation du système de retraite au Pérou où travailleurs, chômeurs, et paysans pauvres ont obligé la bourgeoisie à écarter le président Boluarte malgré la violence des commandos gouvernementaux.; la mort de 8 femmes à l'hôpital pour césariennes au Maroc (voir article dans ce numéro de CA); le toit d'une gare qui s'effondre et fait 15 morts en Serbie et qui provoque une mobilisation sans précédent des étudiants entraînant dans leur sillage la multiplication de comités d'habitants dans tout le pays..

Un autre motif commun à ces irruptions est désigné, la corruption des élites gouvernementales. Outre les pays cités plus haut, ajoutons les Philippines où de gigantesques manifestations dénonçaient le détournement des fonds destinés à des travaux contre les inondations. Ou bien, en Amérique latine: Au Paraguay, paysans, étudiants et travailleurs ont organisé des journées de protestation contre le manque de services publics et la corruption du gouvernement; Au Brésil, des mobilisations populaires ont empêché l'adoption d'un amendement constitutionnel visant à protéger les politiciens contre des poursuites. En Argentine, les mobilisations contre Milei ont empêché son parti d'organiser des rassemblements en Terre de Feu, à Rosario, à Corrientes et dans plusieurs villes de la province de Buenos Aires. En Uruguay, les mobilisations ont lieu contre un budget national allouant une part importante à la répression et des fonds minimes aux politiques sociales.

Et puis le Timor oriental, le Kenya... sans oublier les mobilisations exceptionnelles en Italie et en Espagne contre le génocide des Gazaouis perpétré impunément par l'Etat d'Israël. Et nous en oublions certainement.

Assurément c'est une roue qui tourne, du moins nous voulons le croire. La contre révolution n'est pas aussi forte qu'elle le croyait, le peuple beaucoup plus résistant qu'on pouvait le penser, les classes ouvrières et paysannes sont encore largement présentent dans les luttes.
Quelques remarques.

Il est à noter que dans nombre de ces pays la soupape à la pauvreté que représentait l'émigration vers l'Europe a été rendue plus difficile du fait de l'accroissement du contrôle des flux migratoires.

Ces très récentes mobilisations se déroulent dans un contexte géopolitique très différent de celles du début du siècle. Il n'existe plus de camp imaginaire vers lequel se tourner lorsque l'on souffre. Nul régime ne fait vraiment rêver. On ne peut plus compter que sur soi-même pour approcher d'une solution «bien à soi», l'horizontalité fait recette et si modèle il doit y avoir c'est dans les luttes des autres qu'il faut le chercher.

L'objectif des chiens de garde de la bourgeoisie, journalistes, sociologues, politistes et politicien, est de masquer autant que faire se peut les aspects lutte de classe de ces révoltes pour les affubler de définitions interclassistes.
L'invention du concept «génération Z» pour habiller cette rébellion transnationale est l'outil pratique pour brouiller les cartes. Comme si LES jeunes de 13 à 18 ans n'étaient traversés par aucun conflit de classe! Comme si ne descendaient dans la rue que «de jeunes diplômés dotés d'une solide expertise technologique qui ne trouvent pas leur place dans la société». Bien sur cette couche existe et est très présente dans ce mouvement, mais le fait de faire croire que les revendications exprimées n'ont rien à voir avec le reste de la classe ouvrière est une hypothèse qui a été démentie par la présence massives de travailleurs, de chômeur et de paysans dans la rue.

Il est vrai qu'Instagram, Face book et autres ont joué un rôle important de diffusion et de coordination des mouvements. Mais, là encore, mettre en première ligne cette explication revient à ignorer le fait que partout se sont constituées des rencontres réelles, des collectifs sur les lieux de travail et dans les villages. Bien entendu les «observateurs» n'y sont pas mais sont en revanche sur les réseaux. Ils construisent le monde à leur image pour le plus grand bien du système.

Trois articles dans ce numéro de CA abordent ces questions: au Maroc, en Syrie et en Iran. D'autre suivront dans les prochains numéros. Nous ne prétendons pas à des analyses «justes» et définitives» de ces rebellions. Elles se déroulent dans dans pays que nous connaissions mal et dans lesquels nous n'avons que peu ou pas de contacts. Le mouvement libertaire pays là une grande faiblesse de la pratique internationaliste. L'occasion est donnée de combler en partie le vide. N'oublions pas que se reconnaitre, en partie du moins, dans de nombreuses luttes de par le monde est un élément d'importance pour agir là où nous vivons. Quand l'appartenance à un monde en lutte remplace celle de la fiction nationaliste.

OCL Poitou

https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4555
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