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(fr) Courant Alternative #353 (OCL) - Capables de transformer l'or en merde - Les nouveaux alchimistes d'EELV
Date
Tue, 28 Oct 2025 18:26:40 +0000
Selon EELV [1] l'écologie est bonne à tout! Y compris à faire la guerre.
Pas une guerre de classe, bien sur! Non, une vraie guerre comme celle de
39-40 sur laquelle le parti écologiste ne crache pas. Mais celle qu'ils
préfèrent vraiment, c'est la future écologie de guerre. Elle est si
bonne pour la planète! En gros, l'écologie de guerre, c'est: en isolant
vos combles et en roulant à vélo, vous contribuez à l'effort de guerre
en affaiblissant nos ennemis qui nous tiennent par les couilles à cause
de nos besoins démesurés de gaz et d'électricité qu'ils nous fournissent
et qui les engraissent. ---- Avant d'aborder la question de l'écologie
de guerre, il faut nous arrêter sur le concept d'économie de guerre, sur
lequel elle s'appuie explicitement et dont la définition est
volontairement laissée dans le flou.
Un flou entretenu
Après le discours de 2020 dans lequel le «Nous sommes en guerre»
prononcé par le Président Macron justifiait une stricte restriction des
déplacements due à l'ennemi nommé coronavirus, c‘est un autre ennemi,
russe cette fois, qui était visé le 13 juin 2022 par la déclaration
selon laquelle la France, comme l'Union européenne, était entrée dans
«une économie de guerre dans laquelle (...) nous allons durablement
devoir nous organiser». Confirmation en mars 2025: «La Russie est
devenue, au moment où je vous parle et pour les années à venir, une
menace pour la France et pour l'Europe.»
Chacune de ces déclarations surfe sur le flou entretenu de la définition
du concept d'économie de guerre, utilisé surtout pour cultiver la
crainte de la menace d'un ennemi extérieur (virus, russe ou autre), afin
de masquer que la véritable économie de guerre s'illustre par les
mesures prises par le patronat contre un ennemi intérieur: la grande
masse du petit peuple, saigné par des mesures d'austérité et par un
grignotage constant des conquis sociaux et la répression à l'encontre de
celles et ceux qui grognent.
Le concept est apparu dans les années précédant la Première Guerre
mondiale. Il se définit par la réquisition de tous les outils
industriels, de la force de travail et même des capitaux si besoin.
C'est la subordination absolue de l'appareil productif à l'effort
militaire. Production et consommation sont organisés par l'État dont
l'administration contrôle tous les secteurs de l'économie. Ce fut par
exemple le cas de la France en 14-18, de l'Allemagne à partir de 1935,
des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale: ils consacraient
globalement 40 % de leur PIB à l'effort de guerre, et beaucoup plus même
au niveau fédéral.
A noter qu'à l'époque les tenants de ce nouveau concept y voyaient aussi
l'avantage de sortir de l'«anarchie capitaliste» en mettant un peu
d'ordre dans le libéralisme effréné. En somme, une reprise en main par
l'Etat pour le plus grand bien du développement capitaliste pour qui
l'ultralibéralisme n'a jamais été qu'un leurre idéologique pour mettre
la liberté en scène aux yeux des naïfs.
Or actuellement dans les conflits qui nous préoccupent, selon ces
critères, seule l'Ukraine qui consacrait 37% de son PIB en 2023 à la
défense est réellement en économie de guerre. Son ennemi, la Russie,
n'en consacre que 6%!
Ce dont il s'agit présentement en France n'a en fait rien à voir avec la
définition classique de l'économie de guerre. Il s'agit de passer d'un
budget de 50 milliards d'euros à plus de 90 milliards dans les années à
venir, c'est-à-dire de porter les dépenses à 3% du PIB, alors qu'elles
sont à 2 % actuellement, pour réarmer la France dans le cadre des
«nouvelles conflictualités» en produisant plus et plus vite.
Pour mémoire, pendant toute la guerre froide de 1947 à 1991, la France a
consacré de 7 à 3% (baisse progressive) de son PIB à sa défense. Et on
ne parlait pas alors d'économie de guerre. Globalement, en France comme
dans le reste du monde, les dépenses militaires sont en diminution
constante. Non que les guerres disparaissent, mais les moyens de
contrôler et d'anéantir des populations «ennemies» se sont
considérablement élargis et n'entrent pas dans la ligne «dépenses
militaires». Devenues «civilisées», les guerres s'appuient sur de
nouvelles technologies, mais c'est une autre question (voir CA 349 -
avril 2025).
Les écolos politiciens:
une vieille tradition guerrière
C'est dans ce contexte de retour à la rhétorique guerrière que les
écolos dits politiques (EELV) se sont empressés d'endosser le costume
militariste en adoubant la «nécessité d'un effort de guerre» porté par
l'ensemble des partis politiques.
Sandrine Rousseau, icône de l'écoféminisme, avait affirmé il y a deux
ans que «la force de frappe est aujourd'hui un pilier de notre défense
nationale» qu'elle «souhaite faire évoluer (...) en direction d'un
accord franco-allemand et d'une armée réellement européenne».
Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l'Assemblée
nationale et membre de la Commission de défense nationale et des forces
armées, a déclaré lors d'un débat le 3 mars 2025 à l'Assemblée
nationale: «L'Union européenne doit s'affirmer comme une force
politique, ce qui implique aujourd'hui dans ce contexte de s'affirmer
comme une force militaire.»
Quelques jours plus tard Marine Tondelier, secrétaire nationale d'EELV,
a enfoncé le clou en précisant les contours de ce que serait à ses yeux
une écologie... de guerre: «Les dépenses environnementales concourent à
notre indépendance des impérialismes fossiles que sont la Russie et les
États-Unis.» Le débat qu'elle propose sur cette question ne porte
nullement sur la pertinence et le fond de cette orientation militariste,
mais sur la seule question de la manière de financer cet effort de
guerre pour relancer le complexe militaro-industriel en vue de garantir
«l'interopérabilité entre les armées européennes».
Nous sommes là dans la droite ligne des idées que l'idéologue philosophe
Pierre Charbonnier défend depuis quelques années, et sur lesquelles
s'appuie maintenant EELV pour justifier ses nouvelles positions sans
paraître tourner le dos à son ADN écologique.
Cette analyse repose sur une affirmation du philosophe (dans Vers
l'écologie de guerre, 2024): les énergies fossiles, gaz, charbon et
pétrole, sont devenues des armes aussi dangereuses que les têtes
nucléaires durant la guerre froide, au cours de laquelle elles furent au
contraire des outils de paix. Une vision de petit bourgeois occidental.
En effet, par contraste avec les horreurs commises sur le sol européen
dans la première moitié du XXe siècle, l'absence relative de guerre
pendant soixante-dix ans a permis que se colle une image de paix sur
cette longue séquence que notre philosophe attribue au développement des
énergies fossiles qui obligeait les grandes puissances à maintenir un
équilibre entre elles. Mais il s'agit là d'un regard angélique sur ce
qu'il appelle la «paix de carbone» de l'après-guerre. Un regard
autocentré sur le monde occidental, l'Europe de l'Ouest et les
États-Unis qui ne veut pas voir que cette paix ne reposait que sur des
guerres et des massacres par-tout ailleurs: le colonialisme, les régimes
post-fascistes en Amérique latine, les dictatures partout, etc.
Que les Verts se rattachent à cette vision de l'Histoire n'est
évidemment pas surprenant. L'horizon proposé par Charbonnier colle
totalement à ce que sont socialement et culturellement les écolos
officiels lorsqu'il affirme: «On peine à imaginer comment la
réorganisation du système énergétique, productif et marchand pourrait
s'enclencher sans le concours actif [des grandes puissances], sans que
la puissance, précisément, ou le désir de fournir une sécurité minimale
à la population, ne soit mise au service d'un tel processus.» Porteurs
d'une écologie qui perd toute ambition de changer le monde en
profondeur, ils collent parfaitement à l'air du temps postmoderne qui
entend renvoyer aux oubliettes tout projet global porteur d'utopie. A
côté de l'écologie de guerre, l'écologie sanitaire fait florès avec son
lot de bio, de manger bien, de parler bien qui, au lieu de n'être que
des éléments permettant de désigner l'abolition des classes sociales
comme but (pas ultime!), deviennent en eux-mêmes un horizon indépassable.
La figure du traître
sert à masquer la responsabilité d'un système
Ce serait pourtant avoir une peau de saucisson sur les yeux que de
croire qu'il s'agit là d'un revirement à peine croyable de nos Verts. En
effet, le militarisme actuel vient de loin. Les Verts se sont toujours
rangés dans un atlantisme confortable en refusant de se joindre aux
courants favorables à la sortie de l'OTAN, afin de favoriser leur
stratégie d'intégration dans le système politique. On notera le soutien
aux bombardements du Kosovo en 1999, à la guerre sarkozyste en Libye ou
aux interventions en Irak dans les années 2010. Ou encore la manière de
soutenir le droit d'Israël à se défendre après les attaques du Hamas du
7 octobre 2023. Bref, dans les faits ils valident l'idée que nous sommes
des Occidentaux et fiers de l'être.
Une vision du monde portée dès l'origine du mouvement par leur grand
frère, les Verts allemands, après la victoire des «réalo» sur les
«fundi» [2]. Le Joschka Fischer, figure historique et fondatrice des
Verts allemands avec Cohn-Bendit, qui réclame en 2025 une bombe atomique
européenne, est le même qui, en 1999, soutenait le bombardement de la
Serbie par l'OTAN lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères!
C'est lui qui inaugure la transmutation du militarisme en action
vertueuse à l'instar, vingt ans plus tard, des tenants de l'écologie de
guerre. Les opérations occidentales en Afghanistan ou dans les Balkans
se transforment en interventions «militaro-humanistes»! «Des armes, des
armes et encore des armes», couinait plus tard Anton Hofreiter,
l'ex-président du groupe des Verts au Bundestag, pour réclamer la
livraison de missiles à longue portée à l'Ukraine que refusait le SPD.
Soyons clairs, les traîtres, cela n'existe que dans les romans
d'espionnage, pas dans une analyse matérialiste des flux historiques.
Cela n'existe que dans la dialectique stalinienne ou religieuse (sous le
nom de renégats) qui veut nous faire croire que ce sont des individus
malfaisants (p.e. en ce moment un Trump, un Poutine ou un Macron) qui
conduisent le monde là où il est. Il suffirait alors de les éliminer, à
coups de tromblon ou d'élections, pour que tout aille mieux dans le
meilleur des mondes capitaliste.
Les Vert sont jaunes,
on n'y comprend plus rien!
Pour revenir en France, c'est surtout sur la question du nucléaire -
qui, rappelons-le, est l'ADN de la politique militariste et en faveur de
l'intouchable croissance de l'État français - que l'on trouve les
racines de ce qui paraît parfois comme un revirement des Verts. Il y a
belle lurette que Brice Lalonde puis De Rugy, figures incontournables de
l'écologie politicienne, se sont proclamés pronucléaires; que Voynet a
accepté l'enfouissement des déchets en contrepartie de l'arrêt de
Superphénix, attribué faussement au combat de la patronne des Verts, en
réalité programmé par le pouvoir depuis longtemps car Superphénix était
peu fiable et trop couteux. Plus récemment, Yannick Jadot a défendu le
maintien du parc nucléaire existant, lors de sa campagne présidentielle
de 2022, «le temps que le réseau s'équilibre» pour sortir du nucléaire.
C'est-à-dire jamais puisque les énergies renouvelables ne sont destinées
qu'à produire une partie de l'augmentation prévue de «nos» besoins en
électricité.
En somme, les écolos français de gouvernement ont été en avance sur leur
temps, maintenant que le nucléaire est considéré par une classe
politique unie sur cette question, comme le pilier essentiel de toute
politique de décarbonation en ce qu'il émet moins de CO2. L'arnaque est
grosse mais elle fonctionne. Surfer sur le refus du nucléaire de
l'après-68, l'adouber ensuite en participant à la destruction du
mouvement antinucléaire, c'est à peu près le seul bilan dont ils peuvent
se prévaloir. Heureusement, il apparaît depuis quelques années une
écologie liée au contrôle du territoire qui ouvre des espaces dans
lesquels on peut s'engouffrer avec comme objectif de retisser les liens
naturels entre écologie et luttes sociales que les politiciens écolos
n'ont de cesse de briser.
Mais il faut dire quand même que le mouvement antinucléaire de base
lui-même a participé à son effacement du paysage politique français en
se concentrant sur la peur du danger sanitaire que représente la fission
et en négligeant le «danger démocratique» que représente le nucléaire.
La peur comme facteur de mobilisation a changé d'objet: de la peur des
radiations, des déchets, des accidents, on est passé à la peur du
changement climatique et du CO2. Et, dans un cas comme dans l'autre, on
a mis de côté le danger concernant les relations sociales que le
nucléaire comme la production de CO2 impliquent.
Il est grand temps que luttes sociales et luttes écologistes se
rejoignent. Le mouvement du 10 septembre, s'il a quelques suites,
devrait nous inciter à y contribuer.
JPD
Notes
[1] devenu LES écologistes!
[2] Les «réalos» (réalistes) défendaient d'idée qu'il fallait maintenant
participer aux instances étatiques et aux élections. Les «fundi»
(fondamentalistes) entendaient rester sur les bases révolutionnaires et
antiélectorales du mouvement.
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4540
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