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(fr) UCL Saguenay - Gaza: Quand l'Humanité est niée

Date Thu, 23 Oct 2025 09:26:22 -0400


«Homo sum, humani nihil a me alienum puto» (Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger.) - Térence ---- Le cessez-le-feu en cours offre un bref répit pour la population de Gaza, mais n'annonce malheureusement ni la fin de la guerre, ni un règlement du conflit israélo-palestinien, dont les racines plongent dans la Nakba de 1948. Le véritable enjeu, au-delà des affrontements, réside dans une troublante déshumanisation de «l'autre». ---- Le moteur de la déshumanisation ---- L'exemple le plus alarmant est la perception des civils de Gaza. Selon un sondage du Centre Achord, 62 % de la population israélienne sondée estimaient «qu'il n'y a pas d'innocents à Gaza». (1) ---- Croire qu'il n'existe aucun innocent dans une population de 2,3 millions de personnes, dont la moitié a moins de 19 ans, ne laisse pas présager un règlement pacifique de ce conflit avant longtemps. Nier l'innocence revient à annuler l'humanité de tout un peuple. C'est l'essence même du moteur génocidaire: réduire «l'autre» à un bloc uniforme pour justifier l'injustifiable. Et en raison de la culpabilité de l'Occident après la Seconde Guerre mondiale, son soutien, sa non-intervention ou sa passivité à l'égard du gouvernement actuel à Tel-Aviv a permis qu'un nouveau génocide soit commis à Gaza.

Au Québec, bien que moins virulent qu'en France, le débat est également polarisé. Les deux principaux partis nationalistes (la CAQ et le PQ) ont été plus choqués par les prières de rue faites par des manifestant-e-s pro-Gaza que par le massacre qui dure depuis des années. Des médias comme Radio X interpellent quant à eux leur auditoire chaque fois qu'une manifestation pro-Gaza a lieu et qu'un logo syndical est visible: «Vous êtes syndiqués CSN et désapprouvez l'appui public de vos dirigeants syndicaux au Hamas, dans les rues de Montréal? Manifestez-vous! [...] Vous payez pour un syndicat qui appuie "From the river to the sea"! Sachez-le!» C'est pratique, ils peuvent faire d'une pierre deux coups en poussant à la fois leur agenda islamophobe et anti-syndical. Cela fait évidemment l'affaire du ministre du Travail Jean Boulet qui cherche à vendre une nouvelle réforme du régime syndical.

Gaza avant le 7 octobre 2023: La "prison à ciel ouvert"

La Bande de Gaza. Cette enclave surpeuplée, souvent surnommée «prison à ciel ouvert», était déjà une zone de crise humanitaire permanente avant les événements tragiques d'octobre 2023.

L'histoire de Gaza est celle du déracinement: près de 80 % de sa population est composée de réfugié-e-s ou de descendants et descendantes de réfugié-e-s de la Nakba de 1948. Ce lourd héritage a transformé ce petit territoire en l'un des plus grands camps de réfugié-e-s au monde, créant une réalité de  précarité.

Depuis 2007, malgré le retrait des troupes et des colonies israéliennes en 2005, Israël a imposé un blocus terrestre, aérien et maritime complet. Ce contrôle strict de tout ce qui entre et sort a maintenu l'enclave sous une pression économique et humanitaire constante. Pour la moitié de la population, qui a moins de 19 ans, la vie n'a été qu'un état de siège.

«Comme l'eau du robinet n'est pas potable faute d'usine de traitement, [...] des entrepreneurs locaux ont pris sur eux de transformer ces bouteilles de plastique dans des cuves métalliques afin de distiller le pétrole qui le compose. Le résultat est un carburant made in Gaza aux émanations toxiques qui coute la moitié du prix du marché.» ( Lavallée, p. 117)

L'économie et la dépendance

Malgré ce blocus, une partie des Gazaouis dépendait ironiquement du travail en Israël , une politique israélienne visant à «rétrécir le conflit» (Lavallée p. 57). Environ 7 000 personnes détenaient un permis avant le 7 octobre. Ces permis étaient une source de subsistance vitale, mais transformaient les travailleurs en une main-d'oeuvre à faible cout pour l'économie israélienne, notamment dans la construction.

Ces travailleurs se décrivaient eux-mêmes comme des «robots avec un permis» (Lavallée p.60), travaillant dans des conditions souvent précaires, sans sécurité: «On ne crache pas sur un permis de travail de l'autre côté, même s'il vient avec son lot de culpabilité et le sentiment constant d'être traqué.» ( Lavallée p. 55)

Contexte politique et escalades militaires

Après 1967, la politique israélienne a consisté à tolérer les groupes religieux palestiniens sans programme politique. «Il était classique de miser sur la carte de l'islamiste pour affaiblir les socialistes.» ( Lavallée ,p. 47).

L'expression «tondre la pelouse» est devenue le terme forgé par les médias israéliens pour décrire les offensives périodiques menées à Gaza dans le but de maintenir la population palestinienne sous contrôle(2). Depuis 2007, la bande de Gaza a été soumise à une succession d'opérations militaires. Avant le présent conflit, au moins sept invasions ou bombardements ont eu lieu, causant la mort de milliers de Palestiniens et Palestiniennes et la destruction systématique d'infrastructures essentielles.

Même en période d'accalmie, Gaza est constamment survolée par des drones et ce jour et nuit. Le terme utilisé pour le drone en arabe dialectal, zananah, est particulièrement évocateur, puisqu'il signifie à la fois «bourdonnement» et «mal de tête» ( Lavallée p. 138). Ce territoire, non reconnu comme un État, mais perçu comme le bastion d'un mouvement terroriste, a servi de véritable laboratoire pour le développement et le test de technologies militaires sur des êtres humains (Lavallée p. 135).

Si Gaza est souvent décrite comme une prison à ciel ouvert, la présence permanente des drones crée le sentiment que le ciel lui-même se referme sur ses habitants et habitantes (Lavallée, p. 141).

En conclusion, tant que l'on persistera à réduire «l'autre» à une masse coupable ou à un simple ennemi, il sera difficile de voir une autre issue que la violence.

(1) 62% Des Israéliens estiment qu'"il n'y a pas d'innocents à Gaza" (sondage) - i24NEWS

(2) "La doctrine Dahiya" ou comment Israël a théorisé l'usage disproportionné de la force

Source:Guillaume Lavallée , Gaza avant le 7 carnet de siège, Boréal , 2024,  240 p.

https://ucl-saguenay.blogspot.com/2025/10/gaza-quand-lhumanite-est-niee.html
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