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(fr) Courant Alternative #353 (OCL) - Insubordinations salariales 353

Date Thu, 23 Oct 2025 09:26:14 -0400


IKEA en grève ---- Environ 3,6 milliards d'euros. C'est ce que qu'attend l'entreprise IKEA comme chiffre d'affaires pour l'année 2025. Les négociations annuelles obligatoires sur les salaires des 10 900 travailleurs dans 36 magasins a jeté un froid le 20 juin dernier, malgré les températures actuelles: 0 % d'augmentation collective, c'est ce que propose le leader mondial de l'ameublement. Une intersyndicale a lancé un appel à cesser le travail. Les salariés disent subir dans un même temps «des conditions de travail en nette dégradation et voient leurs acquis sociaux méthodiquement remis en cause», comme la suppression de la journée de solidarité offerte, et une prime variable conditionnée à des objectifs «irréalisables». Le mouvement a rassemblé «25 % de grévistes sur les effectifs présents» dans 19 magasins le 1er juillet.

«On demandait une augmentation collective mais la direction d'Ikea France l'a refusée au profit des augmentations individuelles. Trois syndicats ont même quitté la table des négociations. Pour nous, ce n'est pas loyal ni sérieux. On est payés au Smic et désormais ça ne couvre plus l'inflation. Un salarié chez Ikea est plus pauvre qu'il y a 3 ans.»

L'enseigne suédoise a été visée par différents mouvements de grève depuis le début de l'année dans d'autres pays, comme les Pays-Bas, l'Italie ou le Canada, portant sur le niveau des salaires et les conditions de travail.

Grèves chez Renault

À l'usine Renault Sovab de Batilly, en Meurthe-et-Moselle, où sont produits les Masters, la direction avait déjà licencié, en mars, 700 travailleurs intérimaires en production. Elle s'attaque maintenant aux travailleurs de la maintenance. La nouvelle organisation se traduirait par des pertes de salaire allant de 73 euros brut pour les maintenanciers en 3x8, à plus de 1 000 euros brut pour ceux du VSD (vendredi-samedi-dimanche). Tous les VSD seraient contraints de passer en SD (samedi-dimanche en 2 x 12 heures). En plus de cela, neuf postes sur une centaine seraient supprimés, ce qui va encore dégrader les conditions de travail. La direction voudrait imposer que, en cas de samedis travaillés en production, le travail du matin soit assuré par l'équipe de maintenance en 3x8. Par conséquent, l'équipe de VSD serait contrainte de travailler le samedi de midi à minuit! Une pétition exprimant le refus de ce recul a été signée par plus de la moitié de la centaine de maintenanciers, dont 70 en 3x8 et 30 en VSD. Vendredi 20 juin à 5 h 20, une quinzaine de travailleurs, majoritairement des techniciens du VSD de la tôlerie, ont débrayé et sont allés remettre la pétition au directeur. Récemment, des débrayages ont aussi eu lieu dans les usines Renault de Douai et Maubeuge.

Grève chez Boeing Defense

Sous la pression croissante des travailleurs de la base, qui avaient déjà rejeté un précédent accord soutenu par IAM [1] du district 837 le 27 juillet, le syndicat a été contraint de déclencher la grève, la première dans ces usines depuis 1996 (qui avait duré 99 jours). Environ 3 200 ouvriers hautement qualifiés des usines Boeing qui assurent notamment la fabrication des avions de combat F-15 ainsi que de drones militaires ont rejeté le 27 juillet le nouveau contrat proposé par l'entreprise et voté la grève. Celle-ci a débuté lundi 4 aout. Le mouvement a démarré dans l'usine de Saint-Louis et de Saint-Charles (Missouri), dans celle de Mascoutah (Illinois), dont les travailleurs ont rejeté un accord salarial proposé par la direction. Celui-ci prévoyait une augmentation des salaires de 20 % sur quatre ans ainsi qu'une hausse des cotisations de retraite. Depuis, de nouvelles propositions (hausse de 40 %) ont été mises sur la table, sans convaincre les salariés. Les ouvriers ne se contentent pas de demander des augmentations salariales; ils exigent une reconnaissance globale de leur rôle dans une industrie stratégique. Les sites assemblent le F-15, l'avion d'entrainement T-7, des missiles, des munitions et certains éléments du 777X. La grève des machinistes va entraîner notamment l'arrêt des chaînes de montage des avions de combat F-15 et F/A-18, ainsi que des avions d'entraînement T-7A et des drones ravitailleurs MQ-25. Ces 3 sites doivent fabriquer le F-47, futur fer de lance de l'armée de l'air américaine. Présenté en mars 2025 par le président Donald Trump, le F-47 doit remplacer les F-22, en service depuis deux décennies. Ces usines produisent également des armes pour Israël. Cette grève va surtout "accentuer la pression financière sur la division Défense et Espace de Boeing, qui génère près d'un tiers du chiffre d'affaire de l'entreprise". Aujourd'hui, la division défense et espace de Boeing génère 36% des revenus du groupe. L'année dernière déjà, deux usines avaient été immobilisées pendant plus de cinquante jours. La grève ne concerne pas seulement les salaires ou les avantages sociaux. Il s'agit d'une explosion du conflit de classe au coeur du complexe militaro-industriel américain. Les travailleurs de Boeing exigent la fin de l'érosion des salaires réels, des horaires de travail intolérables et de l'exploitation par une entreprise qui tire profit des massacres à travers le monde.

Le plus grand obstacle au développement de la grève n'est pas la direction de Boeing, mais la bureaucratie de IAM, qui n'agit pas pour défendre les travailleurs, mais comme un prolongement de l'État et de la direction des entreprises. Lorsqu'il était président, Biden se vantait que les syndicats de l'AFL-CIO fonctionnaient comme «l'OTAN nationale», essentielle pour réprimer l'opposition de la classe ouvrière à la guerre à l'étranger et à la guerre de classe à l'intérieur du pays.

Ce mouvement social s'inscrit dans un contexte plus large de tensions entre Boeing et ses syndicats. Plus tôt cet été, une grève de sept semaines menée par l'IAM District 751 dans l'Etat de Washington et en Oregon s'était conclue par un accord prévoyant une hausse de 38% des salaires et une prime de signature de 12 000 dollars.

Les négociations, qui avaient repris le 25 aout, ont fait chou blanc. Boeing Defense a annoncé le 3 septembre qu'elle envisagerait «de légers ajustements» à sa dernière proposition de contrat adressée à environ 3 200 membres du syndicat en grève dans la région de Saint-Louis, où sont produits avions de chasse et munitions. Boeing a maintenu la production grâce à des plans de contingence, mais «la production a certes ralenti dans certains secteurs en raison de la grève», a reconnu l'un des principaux dirigeants de Boeing Defense à Saint-Louis, précisant toutefois que la production de ses Joint Direct Attack Munitions (JDAM) n'avait pas diminué. Le constructeur aéronautique américain a annoncé jeudi 4 septembre le lancement du recrutement d'ouvriers «permanents» pour remplacer ceux qui sont en grève. Reste que ces nouvelles embauches annoncées par la firme américaine ne lui permettront pas de reprendre une activité normale avant plusieurs mois. Il va falloir en effet former ces nouvelles recrues. Et lorsque la fin de la grève sera votée, ces "remplaçants" devraient, normalement, être remerciés dans le cadre d'un accord entre le syndicat et l'employeur. Autant dire que cette solution d'urgence trouvée par Boeing pourrait, au final, ne contenter personne.

Un accord préliminaire avec le syndicat, conclu le 10 septembre, prévoyait une hausse générale des salaires de 24 % sur cinq ans et une prime de ratification de 4 000 dollars. Boeing estimait que la rémunération totale des employés progresserait en moyenne de 45 % sur la durée du contrat. "Nous avons trouvé une voie pour avancer avec une offre sur cinq ans qui augmente les salaires de 45 % en moyenne", a affirmè le vice-président de Boeing Defense, avant de souligner: "Cela reste le meilleur accord que nous ayons jamais proposé à l'IAM 837, et nous encourageons nos équipes à voter oui". Mais Les travailleurs en grève chez Boeing Defense ont rejeté majoritairement le 11 septembre la dernière proposition de contrat de l'entreprise, prolongeant ainsi le mouvement de grève. L'offre rejetée comprenait une hausse moindre des contributions au plan de retraite ainsi qu'une prime de ratification inférieure à celle acceptée l'an dernier par les membres du district 751 de l'IAM, qui assemblent les avions commerciaux de Boeing dans le nord-ouest des États-Unis.

Aux États-Unis, d'autres acteurs importants du secteur ont récemment connu des mouvements sociaux, "les syndicats gagnant en influence à cause du manque de mécaniciens hautement qualifiés". Les ouvriers du constructeur de moteurs d'avion Pratt & Whitney ont ainsi débrayé durant trois semaines, en mai dernier, provoquant une pénurie de moteurs chez Airbus. La grève chez Boeing s'inscrit dans une vague montante de résistance au sein de la classe ouvrière américaine et internationale. Des milliers de travailleurs de GE Aerospace sont confrontés à l'expiration de leurs conventions collectives à la fin du mois. Les postiers sont confrontés à la privatisation et à des suppressions d'emplois. Les enseignants, de Philadelphie à Los Angeles, sont confrontés à des fermetures d'écoles et à des licenciements. Les travailleurs de l'automobile sont confrontés à des licenciements collectifs et à des conditions de travail dangereuses.

Sources: wsws.org, la presse économique

Grève massive dans le métro de Londres

Les travailleurs du métro de Londres ont mené une grève pendant cinq jours pour des hausses de salaire et une réduction du temps de travail à 32 heures par semaine. Le trafic a été paralysé quasi-totalement et toute l'activité de la ville perturbée. Les dirigeants syndicaux ont suspendu le mouvement car ils ont été conviés à une négociation, sans garantie que quoi que ce soit de positif pour les grévistes en ressorte.

Grève à EDF

Un mouvement de grève a débuté le 2 septembre chez EDF à l'appel de la CGT. Le syndicat réclame une hausse des salaires mais aussi une baisse du montant des factures pour les usagers.

Depuis le premier aout, la TVA prélevée sur le prix de l'abonnement est passé de 5,5 % à 20 %. Le syndicat affirme que «la masse salariale ne représente que 17 % de la facture» quand «42 % sont des dividendes». La CGT demande également une augmentation de 9 % des salaires les plus précaires, précisant que certaines embauches sont faites en-dessous du Smic.

Des actions "Robin des bois" sont menées, c'est à dire des réouvertures de compteurs à des personnes dont l'alimentation avait été coupée.

Mobilisations ouvrières et populaires en Syrie

Depuis la mi-aout, de multiples mobilisations se sont succédé dans différentes régions du pays. Manifestations dans des quartiers populaires à Homs et Damas contre des déplacements forcés de population, manifestations d'étudiants à Zweida, mobilisations d'enseignants à Alep contre des blocages de salaire. Grève des travailleurs du port de Tartous contre de fausses promesses de réintégrations. Mobilisations d'agriculteurs dans la province de Deraa. Rassemblements de femmes dans la ville de Chahba contre les enlèvements persistants d'hommes et de femmes, détenus depuis plusieurs mois.

Des mouvements épars qui portent de multiples revendications: luttes pour les salaires et les emplois mais aussi pour protéger les habitations ou pour exiger la libération de prisonniers. Ces mobilisations, bien que dispersées et souvent locales, traduisent la profondeur d'une colère sociale qui touche toutes les catégories de la population, des ouvriers aux étudiants en passant par les paysans.

Les forces de sécurité syriennes ont tué au moins quinze personnes lors des manifestations organisées dans plusieurs villes du pays, vendredi 12 septembre. Arrestations, tortures, intimidations: les nouvelles autorités n'hésitent pas à faire usage de la force pour briser la contestation. Cette répression sanglante démontre toute l'incapacité du régime à répondre aux aspirations populaires autrement qu'en les écrasant.

Sources: NPA révolutionnaire

Les agents de la Saur en grève en Martinique

Les salariés de la Saur Martinique ont entamé leur sixième semaine de grève commencée le 11 aout. Le contrat d'attribution du marché de la production et de la distribution de l'eau potable signé entre le groupe Saur et la communauté d'agglomération Cap Nord a pris effet au 1er janvier 2025, et il était assorti d'accords concernant une prime dite «de bienvenue». Elle devait être versée aux salariés rejoignant la Saur en début de marché, soit la majorité des agents provenant du délégataire précédent. La vingtaine de salariés déjà présents à la Saur Martinique devaient, eux aussi, bénéficier d'une prime d'un même montant suite à un accord interne. En début d'année, les salariés n'ayant pas connaissance des termes exacts de l'accord, la direction s'est permis de ne leur verser que la moitié de la prime. Puis, au moment de verser la seconde moitié, elle a décrété que le montant serait conditionné aux résultats, ce qui ne figurait nullement dans le contrat! Elle ajoutait que le versement de cette prime tiendrait lieu de NAO (négociation annuelle obligatoire), en déclarant 2025 «année blanche». À compter du 29 aout, le préfet a adressé des réquisitions aux grévistes. La Saur, quant à elle, a décidé de se faire aider d'un médiateur pour sortir de ce conflit dans lequel, en plus de la mauvaise foi, elle a accumulé les irrégularités. De leur côté, les grévistes ont organisé des distributions de tracts dans les communes et des réunions avec la population. Ils bénéficient de son soutien malgré les perturbations de la distribution d'eau entraînées par la grève.

Sources: Lutte ouvrière

Notes
[1] International Association of Machinists and Aerospace Workers. IAM représente environ 600 000 membres actifs et retraités dans les secteurs de l'aérospatiale, la défense, les compagnies aériennes, la construction navale, les chemins de fer, les transports, la santé, l'automobile et d'autres industries aux États-Unis et au Canada.

https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4537
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