A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 30 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Francais_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkurkish_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours

Links to indexes of first few lines of all posts of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2014 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018 | of 2019 | of 2020 | of 2021 | of 2022 | of 2023 | of 2024 | of 2025

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) Courant Alternative #353 (OCL) - La situation actuelle aux États-Unis

Date Tue, 14 Oct 2025 17:31:18 +0100


L'article qui suit résume nos remarques d'introduction au débat sur cette question qui s'est tenu le 15 juillet au camping de l'OCL. Remarques basées largement sur un article plus long paru dans le n° 23 de Temps critiques intitulé «États-Unis: révolution politique et réorganisation chaotique au sommet du capitalisme». ---- Priorité à la politique ---- La deuxième présidence de Trump est incontestablement en voie de bouleverser nombre de domaines de la vie sociale et politique aux États-Unis. Plutôt que d'entrer dans les détails, bornons-nous ici à aborder les aspects les plus importants de notre point de vue (en laissant de côté celui de la politique internationale), surtout ceux qui posent des problèmes théoriques ou pratiques aux courants qui prétendent contester l'ordre social. Comment interpréter le phénomène Trump? Selon certains, la société américaine s'achemine tout droit vers la dictature ou même le fascisme; ou encore ils signalent que le régime vient de se révéler ouvertement oligarchique (à preuve la présence des grandes figures de la tech à la cérémonie d'investiture du nouveau président). D'autres rappellent au contraire les nombreux éléments de continuité avec les présidences passées, tant démocrates que républicaines: de la présence dans tous les gouvernements de représentants des grandes banques à l'unilatéralisme en matière de politique étrangère (une seule exception de taille étant la dédiabolisation de Poutine), en passant par les expulsions de clandestins, qui avaient atteint sous Obama un niveau record que Trump a aujourd'hui l'obsession d'égaler.

L'ennui, c'est que «maximalistes» comme «minimalistes» ont en partie raison. On assiste en effet à une révolution essentiellement politique, c'est-à-dire qui ne modifie pas fondamentalement la distribution du pouvoir ni de la richesse, mais qui soulève une foule de questions rarement envisagées par les courants révolutionnaires. Il est régulièrement affirmé dans nos milieux, par exemple, que les gouvernements sont tous au service du capital. Or, si c'est le cas, quid de l'accusation d'un régime oligarchique constitué sous Trump? Celui-ci a certes nommé un nombre record de milliardaires aux postes clés, mais n'est-ce pas plutôt le signe d'un capitalisme de connivence? Ce ne sont pas les «barons» de la Silicon Valley qui détiennent le pouvoir; certains subissent même à l'heure actuelle un degré d'arbitraire, voire de racket encore jamais vu auparavant. Par la loi que vient de voter le Congrès, le gouvernement a tout simplement acheté la bonne volonté des milieux d'affaires grâce à une resucée fatiguée des recettes prêchées par le Parti républicain depuis les années 1980 (déréglementation, baisse des impôts, etc.).

Échaudé par des conflits avec de hauts fonctionnaires pendant son premier mandat, Trump, qui compte exercer un pouvoir sans partage, a pris soin cette fois-ci de constituer une équipe parfaitement soudée, quitte à s'entourer d'un personnel incompétent (recruté notamment chez les présentateurs de Fox News). Il a par ailleurs réussi à imposer aux élus républicains une discipline de parti hors du commun dans l'histoire du pays. Quant à la justice, grâce à ses nominations et à celles de ses prédécesseurs républicains, la Cour suprême ne risque pas de lui donner beaucoup de fil à retordre. Enfin, même lorsque des juges d'instances inférieures rendent un jugement défavorable au gouvernement, celui-ci a tendance à traîner les pieds, à faire appel, à avancer l'argument qu'il n'appartient pas aux autorités de respecter la légalité, mais au citoyen de porter plainte quand il estime que ses droits n'ont pas été respectés...

C'est donc bien la politique qui prime aujourd'hui. Considérons les fameux droits de douane qui ont fait couler tant d'encre. Aucun économiste sérieux ne croit à la méthode actuelle de Trump et, si tel ou tel secteur de l'économie pourrait accueillir avec soulagement une certaine protection, aucune fraction importante du capital américain ne soutient à notre connaissance l'idée d'imposer des taxes d'importation tous azimuts (surtout pas contre des pays alliés ou des pays avec lesquels les États-Unis n'ont pas de déficit commercial), encore moins de s'en servir afin de punir le Brésil pour avoir traduit Bolsonaro en justice. Il s'agit de montrer en toute circonstance qui est le boss, à la manière de la mafia. Les droits de douane sont un dogme auquel Trump croit dur comme fer depuis sa jeunesse.

On retrouve partout cette priorité à la politique: dans les attaques contre les universités (trop à gauche), le service météorologique (trop favorable aux thèses du réchauffement climatique sous l'effet de l'action humaine), les emplois fédéraux (source de voix pour le Parti démocrate), les musées et la recherche scientifique (idéologiquement suspects). Cela entraîne des réductions de moyens et d'effectifs à une époque où, à l'instar des gouvernements précédents, celui de Trump est persuadé que le pays doit mettre les bouchées doubles face à la concurrence chinoise. A-t-on donc affaire à une riposte «rationnelle» à cette prétendue menace? À une «classe dominante» ayant réfléchi aux enjeux et agissant au mieux de ses intérêts? Nous avons plutôt l'impression d'assister à une autonomisation de la sphère politique et, plus précisément, du système figé de concurrence électorale entre les deux partis rivaux auquel se résume ce qui passe pour la démocratie aux États-Unis.
La démagogie anti-immigrés

Un aspect de ce système est justement ce que d'aucuns dénoncent comme du populisme, mais qu'il serait plus exact d'appeler la démagogie. En l'occurrence, Trump et ses acolytes ont compris l'utilité d'exploiter politiquement l'afflux de migrants à la frontière mexicaine, bien réel et par moments suffisamment massif pour commencer à inquiéter une partie non négligeable de la population. Il y a là, comme ailleurs dans le monde, de la xénophobie, mais gardons-nous de tomber dans les explications tout-terrain qu'on lit régulièrement dans les journaux bien-pensants (du style «refus de l'altérité»). Dans l'élection de novembre 2024, Trump a pu faire de bons scores dans des comtés frontaliers peuplés en grande partie d'individus eux-mêmes issus de l'immigration mexicaine et fiers de l'être, parce qu'il promettait de limiter les arrivées chaotiques de nouveaux venus dans des communes où les services sociaux et sanitaires étaient déjà surchargés.

Le gouvernement mise ainsi sur les expulsions massives de clandestins. Pourtant, le flux des migrants a tendance à se tarir (on prévoit même une immigration nette négative pour 2025, fait inédit depuis un demi-siècle), tandis que la dénatalité, bien qu'entamée plus tardivement qu'en Europe, est désormais une réalité et que le taux de chômage reste très faible. Il s'agit donc d'une politique qui nuit à un nombre croissant de secteurs de l'économie: n'ayant pas pu faire beaucoup d'interpellations dans les zones frontalières, la police de l'immigration et des douanes (ICE) a été sommée d'organiser des descentes sur tout le territoire. L'ICE est désormais la force de répression de loin la plus puissante du pays, une sorte de police privée de la Maison-Blanche. Encore une fois, on peine à croire que ce seraient les «intérêts du capital» qui dicteraient une campagne de rafles dans les champs de fraises en pleine récolte, les abattoirs, les usines de confection, les hôtels et restaurants, sur les chantiers du bâtiment, autant de secteurs employant massivement des immigrés sans papiers.

Serait-ce au moins payant sur le plan démagogique? Apparemment de moins en moins, surtout depuis les exactions spectaculaires et «performatives» de l'ICE à Los Angeles début juin, qui ont fini par ébranler jusqu'aux soutiens fidèles de Trump.

La riposte provoquée par ces exactions a été très encourageante mais tout de même d'assez faible ampleur dans un comté de 10 millions d'habitants, et il est étrange de constater que, sur certains points, Fox News et Lundi matin semblent se rejoindre. Selon Fox, Los Angeles était une ville à feu et à sang (images retransmises en boucle de cinq voitures autonomes en flammes), livrée qui plus est à des «envahisseurs», au vu de quelques drapeaux étrangers; l'article de Victor Artola, par ailleurs très pertinent, paru dans le n° 480 de Lundi matin, parle, lui, d'un «soulèvement massif» et de la «fin de l'assimilation» des immigrés.

Or les chiffres nous disent autre chose. Les sans-papiers, soit 5 % environ de la population, travaillent là où il y a pénurie de main d'oeuvre; c'est le cas de plus de 40 % des ouvriers agricoles. On évoque, bien sur, la solution future de l'intelligence artificielle, mais c'est peu applicable aux maçons, aux couvreurs et pour l'instant aux cueilleurs de fraises, et n'oublions pas que Trump prétend vouloir réindustrialiser un pays où les industriels ont déjà du mal à recruter. Signalons aussi que les Hispaniques représentent aujourd'hui près du quart de la jeunesse sur tout le territoire, et bien davantage dans des villes comme Los Angeles, New York ou Chicago. Enfin, ils enregistrent un fort taux de mariage mixte, signe assez fiable... d'assimilation. Les désigner comme l'ennemi intérieur, à la manière de Trump, c'est mener un combat absurde d'arrière-garde.
Un bonimenteur de téléréalité

Il reste à aborder deux questions qui sont liées: les causes profondes de ce nouveau régime et les réactions, plutôt limitées, qu'il suscite. Certains, en général de formation marxiste, mettent l'accent sur la faiblesse de l'accumulation capitaliste de ces dernières décennies comme explication du dérèglement politique et social de l'Amérique et des tensions internationales. Thèse a priori recevable, sauf que, en dépit de la montée en puissance de la Chine et de la fin de l'hégémonie absolue dont bénéficiaient les États-Unis autrefois, le capital américain n'a rien perdu de sa place centrale dans l'«empire» mondial. Il suffit pour s'en convaincre d'observer l'afflux massif de capitaux à l'heure actuelle dans le domaine de l'intelligence artificielle. C'est plutôt la stagnation du Japon et de l'Europe qui mérite d'être soulignée.

En revanche, la population du pays au coeur de cet empire a du subir depuis des décennies des bouleversements bien plus extrêmes que dans la vieille Europe, sans compter l'impact de plusieurs guerres perdues sur la santé physique et psychologique des habitants. Les Démocrates, tout aussi pro-capitalistes que les Républicains, ont cessé même de faire semblant d'être le parti des ouvriers et se sont réinventés en défenseurs des minorités, s'enfonçant dans une surenchère presque comique de wokisme, tout en faisant appel aux grandes fortunes pour financer leurs campagnes électorales. Le sauvetage des banques après la crise de 2008 ne leur aura pas été pardonné; le populisme de droite qui en est issu a porté au pouvoir un bonimenteur de téléréalité, et cela par deux fois.

Dans un premier temps, le «peuple de gauche» a été frappé de stupeur, mais a fini par organiser le 14 juin dernier la journée de mobilisation la plus importante de l'histoire du pays (2 % environ de la population y aurait participé). Cela risque, bien sur, de ne pas aller au-delà d'une répétition générale avant les élections de mi-mandat en novembre 2026, mais c'était bel et bien l'expression d'un esprit de révolte contre le despotisme. Même chose en ce qui concerne les mobilisations contre l'ICE, qui se poursuivent et se répandent sur le territoire. Si on est très loin des schémas d'affrontements de classe qui ont longtemps constitué le langage commun des milieux radicaux en Europe, la population américaine n'est pas docile pour autant. Face aux incohérences et aux outrances de l'équipe au pouvoir, gageons que la situation ne se stabilisera pas de sitôt. Un dernier point. Nous avons une idée de ce qu'est le militantisme dans un pays prémoderne où la démocratie bourgeoise, que nous avons toujours dénoncée, peine à s'implanter. Mais qu'est-ce que militer aujourd'hui dans l'un des pays les plus représentatifs de l'histoire de cette même démocratie et qui, en même temps qu'il bafoue ses principes fondateurs, tourne le dos à une grande partie de l'héritage des Lumières?

Larry Cohen, 21 aout 2025

Note: les intertitres sont de la Commission Journal

https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4522
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center