A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 30 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Francais_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkurkish_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours

Links to indexes of first few lines of all posts of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2014 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018 | of 2019 | of 2020 | of 2021 | of 2022 | of 2023 | of 2024 | of 2025

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) Courant Alternative #353 (OCL) - Pays Basque: Etorkinekin Diakité: une fédération d'associations solidaires avec les migrant.es

Date Fri, 10 Oct 2025 18:41:58 +0100


Il y a un contexte particulier au Pays Basque, une dynamique locale du soutien aux exilé·es qui trouve racine dans une longue histoire de contrebande et de bras ouverts aux réfugié·es. ---- Les Basques sont bien placé.es pour comprendre les personnes migrantes, puisque, dès la fin du XIX° siècle, beaucoup sont allés aux Amériques à cause de la misère. ---- Les solidaires des migrant.es qualifient le Pays Basque de terre de passage et d'accueil, comme elle le fut pour ceux.celles qui fuyaient le régime pétainiste et nazi, les dictatures de Salazar et de Franco, la répression par la «jeune démocratie» espagnole aidée de ses barbouzes (Bataillons basques espagnols, GAL) à l'encontre des militants indépendantistes du Sud (une campagne menée alors pour les héberger s'intitulait «un réfugié, un toit»). Mais l'accueil s'est fait aussi, et continue de se faire, en faveur de ceux.celles qui fuient la misère, la faim, les violences de toutes sortes, les guerres ... Au Pays Basque restent donc bien vivantes les associations de solidarité avec les exilé.es.La fédération Etorkinekin Diakité (1) est de celles-là.

Présentation de la fédération

Au départ, en 2015, c'était un Collectif; il s'est transformé en 2021 en une Fédération nommée Etorkinekin Diakité Solidariteìs migrants - Etorkinekin Federazioa". Elle regroupe 12 associations sur tout le Pays Basque nord ainsi que des individus, ce qui représente environ deux cents personnes. Le contexte local a beaucoup évolué depuis 2018; le nombre de migrant.e.s accueilli.e.s a considérablement augmenté, conséquence du changement de route migratoire qui est passée et passe encore davantage par l'Espagne, à partir des pays subsahariens, via le désert ou les Canaries.

La fédération poursuit deux objectifs en se dotant de deux commissions au fonctionnement collectif et autonome, et qui informent de leurs activités par un journal de liaison interne.

Une commission «accompagnement solidaire» travaille à renforcer et coordonner l'accueil, l'hébergement et l'accompagnement des migrants.es au Pays Basque. Ceci par des rencontres et échanges réguliers entre les membres des associations locales, d'un groupe jeunes (qui s'occupe des mineurs non reconnus, cf.encadré 1), et d'un groupe d'accompagnement psycho-social.

Une commission «action publique» comprend deux volets:

    L'un ouvre sur la question de l'emploi des migrant.es (régularisation par le travail) avec la participation de la Cimade, de syndicats de salarié.es (LAB, Solidaires, FSU, CFDT, CGT construction, Inspection du travail) et en discutant avec des entrepreneurs et des associations patronales. Les objectifs: informer les migrant.es sur leurs droits en tant que travailleur.ses, même sans papiers; les aider à obtenir ces papiers en détectant les possibilités de régularisation individuelles ou éventuellement collectives; avoir une vision plus précise des pratiques locales et recourir à la justice si nécessaire à l'encontre des patrons maltraitants. Des permanences régulières sont organisées.
    L'autre volet se charge d'informer sur les politiques migratoires de l'Europe et de la France pour en dénoncer les conséquences néfastes; ceci par des articles dans la presse, des actions et des mobilisations pour exiger une politique d'accueil des migrant.es respectueuse de leurs droits fondamentaux.
    Les actions sont très variées et se font à l'échelle des associations locales et/ou de la fédération: concerts, interventions dans les établissements scolaires, stands sur les marchés ou à l'occasion de grandes mobilisation (paysans, logement, 1er mai, Korrika pour la langue basque, Aberri Eguna- jour de la patrie basque...), tables rondes, films-débats dans les salles de cinéma locales; conférences (loi Darmanin, pacte européen, décrets Retailleau, situation au CRA - centre de rétention administrative - d'Hendaye, forum sur le thème migration et travail...),

    Un festival «Mugarik gabe» («sans frontière») a été organisé en septembre et octobre 2024; une seconde édition aura lieu cette année, permettant d'informer, de débattre des questions concernant les migrations et les solidarités mais aussi de mettre en avant les luttes menées pour un accueil digne des exilé.es.
    De plus, un travail d'observation à la frontière Irun-Hendaye (3), surveillée au quotidien par les flics français, se fait chaque année aux côtés de membres de la CAFI (Coordination d'actions interacteurs aux frontières intérieures) et de l'Anafé (Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers) en vue de consigner les violations des droits: contrôles policiers au faciès, refoulements illégaux... La traque aux exilé.e.s est toujours aussi prégnante et contraint les migrant.es à prendre de plus en plus de risques: depuis 2021, neuf d'entre eux ont perdu la vie à la frontière basque.
    Ces actions publiques se font le plus possible avec d'autres forces politiques, syndicales et associatives locales. Ainsi sont relayées les manifestations appelées à l'échelle hexagonale et internationale: journée internationale des réfugié.es, Marche des Solidarités, Commér'action (qui rend chaque année hommage aux milliers de mort.es sur la route de l'exil à cause des frontières cadenassées et militarisées).
    Et, bien entendu, sont organisées des mobilisations liées à des situations locales, contre la fermeture de la frontière Hendaye-Irun, contre le CRA d'Hendaye, contre la venue de Retailleau à la frontière et à Biarritz (comme le 11 avril), contre les cas de répression, d'arrestations de migrant.es et/ou de solidaires...Et la fédération s'implique aussi, avec sa spécificité, dans des m-nifestations sur des thèmes généraux (logement, anti-spéculation, santé ...)
    En externe, la Fédération a créé et continue d'élargir un réseau de contacts et d'échanges avec d'autres collectifs, des associations soeurs au Pays Basque sud ainsi qu'au Béarn pour des échanges d'informations et des actions communes concernant en particulier les MNA. Dans l'Hexagone, la fédération est partie prenante d'un réseau créé depuis plusieurs années avec des associations actives aux trois frontières: Tous Migrants, La Roya Citoyenne (Alpes), Plateforme de Soutien aux migrants (Manche), ASTI 66 (Catalogne).

La répression s'accroît à l'encontre des Solidaires ...

Des militant.es solidaires, dont des membres du groupe local Bidasoa, à la frontière Hendaye-Irun, parce qu'ils.elles essaient de soustraire aux contrôles policiers des migrant.es en les accompagnant en voiture jusqu'au centre Pausa de Bayonne, ont été soumis à plusieurs reprises à des contrôles (trois d'entre eux.elles ont découvert avec stupeur qu'ils.elles avaient un mouchard installé depuis plusieurs mois sous leur voiture) et à des gardes à vue.

La plus récente arrestation a abouti à une inculpation de 7 militant.es pour aide «en bande organisée à l'entrée, à la circulation et au séjour en France d'étrangers en situation irrégulière» et à une convocation devant le tribunal de Bayonne. Dans le cadre de la Korrika, une course de plus de 2000 km à travers tout le Pays basque et qui rassemble des milliers de personnes durant une dizaine de jours pour promouvoir la langue basque, 36 exilé·es avaient pénétré en France entre Irun et Hendaye, mêlés aux autres participant.es de la course. Une vingtaine d'associations, syndicats et partis politiques avaient revendiqué cet «acte de désobéissance civile». Une manifestation pour soutenir les solidaires inculpé.es, regroupant environ 2 500 personnes, d'Irun à Béhobie en passant par Hendaye, a eu lieu le 28 janvier. 80 organisations et plusieurs centaines de personnes ont signé un acte symbolique d'auto-incrimination par lequel elles assument avoir elles aussi participé à accompagner des personnes sur une partie de leur parcours migratoire. Ce texte intitulé «J'accuse» conteste les accusations visant les 7 d'Hendaye pour mieux les retourner symboliquement contre l'Europe forteresse et ses politiques antimigratoires meurtrières.

Le jugement à l'encontre des «7», qui devait avoir lieu fin janvier, a été reporté au 7 octobre, sur demande des avocat.es pour compléter le dossier.

... et des migrant.es, soumis.es à des contrôles renforcés

Selon le préfet des Pyrénées-Atlantiques, le département a été, en 2025, «la première porte d'entrée en France pour l'immigration irrégulière». Aussi, fin mars, le gouvernement a-t-il déployé pour la première fois la «force frontière» mobilisant des renforts de police, gendarmerie, douanes et armée. Le territoire a été ainsi le théâtre d'une démonstration de force inédite de contrôle des «flux migratoires», s'étalant sur plusieurs jours, regroupant près de 350 effectifs répressifs mobilisés (4 fois plus qu'en temps «normal») et déployés sur les 19 points de passage de la frontière. Le préfet s'est vanté d'avoir «intercepté» 224 migrants remis aux autorités espagnoles ou soumis à une OQTF, ou encore enfermés au CRA d'Hendaye. Il a promis de nouvelles opérations policières. Il a également annoncé la création d'une cellule de renseignements spécialisés dédiée à la lutte contre l'immigration «clandestine» et les réseaux de passeurs.

++++
MNA, mineur.es non accompagné.es et non reconnu.es

L'action de la fédération s'est renforcée pour soutenir les MNA non reconnus par le département et qui sont de plus en plus nombreux en errance sur la côte basque depuis 2024.

Le fichier d'empreintes inter-départemental ayant été généralisé, un.e jeune ne peut plus tenter de se faire reconnaître mineur.e dans un autre département. Il.elle se retrouve donc bloqué.e dans le 64.

Le temps du recours devant le juge des enfants peut durer un an et est très aléatoire (ici, 87% des jeunes essuient un refus). Dans l'attente de la reconnaissance de leur minorité, les jeunes sont à la rue et la plupart des établissements scolaires les refusent.

D'où une bataille auprès des maires de la communauté d'agglomération du Pays Basque (CAPB), d'une part pour une solution d'accueil d'urgence et provisoire à Pausa (2), ce qui a été durement négocié pour 15 d'entre eux pour une durée de 8 mois (d'autres sont hébergés dans des familles, mais les possibilités restent limitées), d'autre part pour que toutes les municipalités s'impliquent dans la recherche d'une solution durable pour ces jeunes laissé.es à la rue et sans protection. De plus, la fédération étudie la possibilité d'un projet d'habitat collectif plus pérenne.

La fédération vise aussi à ce que les jeunes acquièrent de plus en plus d'autonomie et de capacités collectives.
++++

Limites et difficultés de l'action solidaire

Nombreuses sont les associations qui se préoccupent du sort des migrant.es dans l'Hexagone, qu'elles soient humanitaires ou plus politiques. La marge n'est pas forcément évidente entre ces deux caractéristiques dans la mesure où on peut considérer qu'ouvrir sa porte et apporter un accompagnement à des gens qu'un État laisse sans droits et cherche à marginaliser, à exclure ou à expulser est un geste de résistance, donc finalement politique.

Cependant, dans la fédération Etorkinekin Diakité la distance est assez forte entre ceux.celles qui agissent surtout pour des motifs humanitaires et ceux.celles qui essaient de contextualiser ce que signifient les migrations et les politiques qui les accompagnent, dans un monde capitaliste fondé sur l'exploitation, les hiérarchies, les inégalités.

Certes, l'aide et l'accompagnement apportés aux migrant.es s'avèrent absolument nécessaires tant ceux.celles-ci sont menacé.es et dépourvu.es de tout droit. Ils.elles se retrouvent placées dans une zone où les droits et conditions d'existence sont amoindris, dans un espace social et juridique situé entre exclusion de la citoyenneté et exclusion du territoire. Heureusement, les actes de bienveillance ne manquent pas à leur égard au sein de la population, malgré les tentatives des gouvernants et des partis de droite et d'extrême droite pour les rejeter et faire d'eux.elles des boucs-émissaires.

Cependant l'aide et les élans de solidarité ne vont pas très loin et ne suffisent pas; ils n'aboutissent pas à des succès tangibles, sinon petitement, au cas par cas et de façon aléatoire. De plus, ils ne sont pas satisfaisants parce qu'ils pallient les manques que l'État entretient sciemment et qu'ils prennent en charge ce qui devrait être du ressort de toute une société; parce que, aussi, il est difficile de parler de solidarité quand il y a, quoi qu'on en dise, une hiérarchie entre aidants et aidés; cette aide risque de transformer les aidés en assistés; d'ailleurs, très peu de migrant.es se mettent à s'organiser et à agir, une fois leur sort un tant soit peu stabilisé, tant la crainte de la répression continue à peser. L›aide se substitue à une lutte qu'il conviendrait de pouvoir mener ensemble, d'égal à égal.

Les actions menées par la fédération Etorkinekin en faveur des migrant.es sont des gouttes d'eau dans l'océan des besoins. Mais a-t-on le choix? Ce que les États font contre les migrant·es est une remise en cause radicale de la majorité des acquis (conquis) sociaux. La dégradation de leurs droits contamine toute la société et prépare la régression et la détérioration des droits de tous et toutes. Il y a nécessité et urgence à résister collectivement et à se mobiliser pour une politique d'accueil et de solidarité fondée sur l'égalité des droits, le respect de la dignité et des libertés de toutes et tous.

Kris, le 20 septembre

Contact Fédération Etorkinekin Diakité par mail: contact chez Etorkinekin.eus

Notes
1- Etorkinekin signifie «avec ceux.celles qui arrivent»; l› association Diakité, affiliée à la fédération, dispose d'un local à Bayonne où les migrants peuvent obtenir vêtements, kits d'hygiène ou entrevue avec un médecin.
2- Le centre d'accueil PAUSA a été ouvert à l'été 2018: il permet aux personnes migrant.es de faire une halte de 3 jours/3 nuits. Plusieurs dizaines d'entre elles y ont été hébergées. Ce centre, situé à Bayonne, est géré par la mairie et financé par la Communauté d'agglomération du Pays basque (CAPB). La CAPB a obtenu, en février 2025, que l'État, condamné devant la justice pour carence dans l'hébergement d'urgence, lui rembourse près d'un million d'euros pour sa première année d'activité.
3- Les contrôles aux frontières terrestres françaises ont été rétablis après les attentats de Paris en 2015, de manière seulement temporaire à l'origine. Mais alors que les accords de Schengen prévoient la libre circulation entre États européens signataires, cette mesure dérogatoire n'a cessé depuis d'être renouvelée, tous les six mois, au nom de «la menace terroriste», par le seul État français. Les militant·es abertzale (autonomistes ou indépendantistes) ne reconnaissent pas de frontière au milieu du territoire basque; c'est une des raisons qui fait qu'ils exigent que soit libéré le passage à Hendaye-Irun et que tombent là les barrières.

https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4527
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center