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(fr) Regeneration [ESP] - La tyrannie de l'absence de théorie - Sur la théorie et l'action révolutionnaire par LIZA (es) [Traduction automatique]

Date Wed, 1 Oct 2025 20:54:52 +0100


Du mythe au drame ---- Dans les années 1970, l'activiste féministe Jo Freeman a publié un essai à la fois influent et controversé: La tyrannie de l'absence de structures. Ce texte, devenu central dans les débats sur l'organisation des mouvements sociaux et libertaires, reste d'une grande pertinence aujourd'hui, à l'heure où certaines dynamiques désorganisatrices déstabilisent des espaces combatifs et les laissent désarmés et impuissants. ---- Freeman critique la tendance qu'ont beaucoup de groupes militants à rejeter les structures formelles parce qu'ils les jugent hiérarchiques et oppressives, croyant que l'absence d'organisation garantit égalité et horizontalité. Sa contribution essentielle consiste à démontrer que cette idée est un mythe: une narration simpliste qui refuse l'analyse critique et produit des effets politiques désastreux.

En pratique, l'absence de structure n'abolit pas le pouvoir; elle le cache. La notion de «groupe sans structure» agit comme un rideau de fumée qui masque les rapports de pouvoir informels et facilite l'émergence de leaderships non élus et non contrôlés. L'absence de formes organisationnelles explicites n'empêche pas la création de structures; elle empêche simplement qu'elles soient visibles, démocratiques et responsables. Ainsi surgissent des élites informelles, composées de celles et ceux qui disposent de plus de temps, de formation, de ressources ou de compétences, c'est-à-dire déjà favorisés par un système profondément inégalitaire.

Ce mythe de l'informalité favorise non seulement l'émergence d'élites, mais rend aussi les groupes vulnérables à la cooptation par des organisations plus grandes et mieux structurées. Comme le souligne Freeman: «Plus un groupe est dépourvu de structure, plus il est vulnérable à être dirigé par d'autres organisations politiques.» De plus, la frustration liée à l'inefficacité et à l'épuisement pousse beaucoup de militants à rejoindre des espaces traditionnels qui offrent une cohérence organisationnelle. Au lieu de nous indigner sur les réseaux sociaux, nous gagnerions à analyser pourquoi tant de camarades ont quitté les rangs libertaires pour intégrer des structures verticales mais organisées.

Face à cela, Freeman défend la nécessité de structures explicites: des rôles définis, des mécanismes d'évaluation et de révocation, une répartition équitable du travail, une circulation transparente de l'information et la reconnaissance des privilèges individuels mis au service du collectif.

Cette approche, claire et accessible, devrait aussi s'appliquer à la théorisation stratégique. Dans certains espaces, quelques camarades -par naïveté ou par intérêt- ont instauré le mythe selon lequel se passer de théorie favoriserait une pratique politique «libérée» des influences extérieures. Rien n'est plus faux: sans théorie politique explicite et développée, les idées dominantes, les traditions et le dogmatisme s'imposent sans débat.

Qu'est-ce qu'une Théorie de Lutte?

C'est, au fond, un guide stratégique fondé sur l'analyse sociale et historique. Simple à dire, mais complexe à élaborer. Une Théorie de Lutte -et plus encore une Théorie Révolutionnaire- résulte d'une étude consciente du fonctionnement du système capitaliste: ses mécanismes de reproduction, ses failles structurelles et les moyens possibles de le subvertir. Elle doit aussi intégrer les leçons des luttes émancipatrices passées.

Son but est d'anticiper, autant que possible, les scénarios et dynamiques auxquels toute lutte sera confrontée pour progresser vers la transformation sociale. Cette théorisation n'est ni abstraite ni individuelle; elle naît de la compréhension historique et sociale forgée dans l'action politique elle-même, dans l'exercice collectif de la lutte et dans un débat honnête.

La capacité d'une organisation à développer sa propre Théorie de Lutte fonde sa véritable autonomie stratégique. Si cette théorie est claire et explicite, elle permet l'adhésion consciente et volontaire de nouvelles recrues, facilite le débat collectif et empêche d'agir dans la panique ou de retomber dans des dynamiques conservatrices ou réactionnaires.

Il n'existe pas d'organisation politique sans structure. Et il n'existe pas d'organisation politique sans théorie. Si la structure et la théorie ne sont pas formalisées et rendues visibles -compréhensibles pour celles et ceux qui militent-, ce qui se met en place n'est pas un groupe sans structure ni sans théorie: c'est une structure informelle et une théorie implicite, inconsciente et opaque.

De même que Freeman a montré que l'informalité organisationnelle nourrit le leadership caché d'élites non élues, le refus de développer une théorie collective mène à la reproduction d'une ligne politique non débattue, imposée par celles et ceux qui disposent d'un fort capital discursif, symbolique ou d'influence -ou pire encore, par le sens commun, rarement révolutionnaire. Cela produit suivisme, inertie, tradition aveugle, et la perte de militants épuisés ou attirés par des organisations qui, elles, offrent une perspective claire.

L'émergence d'élites n'est pas le fruit du développement théorique; c'est au contraire la conséquence logique du refus de construire une ligne politique consciente.

Qui s'oppose à la théorisation?

On pourrait croire qu'il ne s'agit que de celles et ceux qui se complaisent dans une pureté idéologique illusoire et une fidélité aveugle à des principes figés. Mais la réalité est plus inquiétante: les discours anti-théoriques sont souvent diffusés par ceux qui refusent de confronter leurs positions au débat public et préfèrent les solidifier en les rendant invisibles.

Dans l'organisation où je milite, nous restons vigilants face à celles et ceux qui nous invitent à agir sans penser, comme si action et réflexion s'opposaient. Nous revendiquons le droit -et la nécessité- de théoriser. Nous ne nous écartons pas de ce que nous jugeons fondamental, même face aux menaces, aux accusations de trahison de la «tradition» ou aux moqueries sur notre supposé pédantisme. Car l'enjeu n'est pas notre ego: c'est notre autonomie.

Nous refusons de nous laisser guider par la pensée dominante ou de répéter des recettes usées lorsque les lieux communs s'épuisent. Nous voulons de la clarté sur le chemin que nous empruntons.

Le meilleur hommage à celles et ceux qui nous ont précédés est d'apprendre de leurs luttes, d'extraire les leçons de leur mémoire et de dépasser les limites qui ont freiné leurs avancées. C'est pourquoi nous construisons une théorie révolutionnaire.

Contre le mythe anti-théorique

Nous avons besoin d'une théorie explicite, construite collectivement, née d'une analyse rigoureuse de la réalité actuelle et nourrie de la mémoire historique de notre classe: une théorie à exhumer aux côtés des ossements de celles et ceux qui ont combattu avant nous. Elle ne doit pas être transmise de façon informelle ou tacite, mais à travers des processus de formation, des espaces de débat, de critique et de confrontation honnête. Ce n'est qu'ainsi qu'elle pourra éviter le dogmatisme stérile et honorer la véritable tradition anarchiste: celle qui se réinvente et se discute.

Nous revendiquons la lutte politique comme un affrontement de théories.

Au sein même du Mouvement Libertaire, cette confrontation est indispensable. Combattre les idées qui mènent la militance et les masses dans des impasses fait partie du travail révolutionnaire.

Ceux qui affirment que «ce n'est pas le moment de théoriser» prennent en réalité une position politique. En rejetant la réflexion, ils déplacent l'attention vers l'action immédiate et empêchent un débat large et partagé. Cette attitude affaiblit gravement l'analyse collective et limite notre capacité à participer de manière critique.

En nous formant, en débattant, en théorisant et en polémiquant, nous construisons une alternative révolutionnaire. Nous refusons la fausse dichotomie entre théorie et action, entre parole et pratique. Nous ne réfléchissons pas depuis une cave isolée: nous pensons en agissant et agissons en pensant. Notre praxis est réflexive: nous analysons, projetons, évaluons et rectifions.

L'activité politique quotidienne n'est pas un obstacle à la théorie; elle en est la source. Notre théorie est située: elle naît d'en bas, de la pratique concrète, du terrain que nous foulons avec d'autres et de celui qu'ont foulé celles et ceux d'hier. L'écho de leurs pas nous parvient par leurs histoires, les réflexions sauvées des flammes et la générosité de celles et ceux qui continuent aujourd'hui à partager leurs pensées à voix haute pour qu'on les débatte collectivement.

Nous ne confrontons pas les idées par vanité, mais par responsabilité et respect du processus collectif. Débattre et critiquer n'est pas un exercice d'ego, c'est un acte d'honnêteté politique et de véritable autonomie, une humilité authentique. Nous ne nous battons pas pour des sigles ni pour des drapeaux; nous luttons pour le développement politique de la classe travailleuse dans son combat contre ses exploiteurs. Notre horizon est un monde radicalement différent. Nous ne gagnons que si nous gagnons toutes et tous. Notre signature n'est pas un badge bourgeois: c'est un acte d'engagement. Nous assumons ce que nous disons et faisons, nous nous exposons à la critique et nous acceptons de reconsidérer nos positions si nécessaire.

Nous sommes des communistes libertaires et nous défendons les thèses plateformistes, non par identité ou tradition, mais par cohérence stratégique.

Théorie et enracinement

Le mouvement libertaire n'a jamais manqué de volonté, de dévouement ni d'engagement, mais sa force a souvent été brisée par l'absence d'une stratégie capable de consolider les avancées. Trop souvent, nous avons servi de pointe avancée au service d'intérêts étrangers aux nôtres.

Bien sur, posséder une Théorie Révolutionnaire ne suffit pas. Si les idées ne s'incarnent pas dans des sujets collectifs capables de les porter, elles restent stériles: rhétorique, slogans ou poésie. La révolution n'est pas faite par les anarchistes; elle est faite par les masses. Et il est impossible d'influer sur leur chemin sans crédibilité auprès d'elles. Cette crédibilité ne s'obtient pas par décret: elle se construit dans le respect mutuel.

Les organisations révolutionnaires ne sont rien sans la classe travailleuse. L'enracinement signifie un contact réel et permanent avec les organisations de lutte. Cela suppose que les militants révolutionnaires soient connus et reconnus par leurs camarades parce qu'ils étaient là, qu'ils ont défendu des idées avec leur voix et leur corps, qu'ils ont reçu des coups, réussi et échoué, planifié et rectifié, partagé joies et deuils. Qu'ils soient ce qu'ils sont: la classe travailleuse en lutte.

Seule cette pratique partagée confère la reconnaissance nécessaire pour que nos camarades écoutent nos idées aux moments décisifs. Et c'est seulement ainsi qu'il sera possible d'exercer une hégémonie collective, c'est-à-dire pousser ensemble dans la bonne direction lorsque la lutte de classes s'accélère.

Cet enracinement se construit par des luttes soutenues et organisées dans des structures cohérentes, par l'alignement entre paroles et actes. Il ne s'agit pas seulement de parler, mais d'être là et d'agir, avec honnêteté, constance et cohérence. Ce qui donne crédit à nos paroles, c'est notre exemple de sacrifice et de lutte. Savoir et pouvoir. Construction et orientation. Théorie et enracinement: les deux faces du coin noir. Les deux tâches et prérequis d'une Organisation Révolutionnaire Libertaire. Ni bâtir des forces pour qu'elles soient dirigées par d'autres, ni nous lancer tête baissée dans la prochaine défaite assurée.

Miguel Brea, militant de Liza

https://regeneracionlibertaria.org/2025/10/01/la-tirania-de-la-falta-de-teoria/
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