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(fr) La Mouette Enragé - Dormir dans une voiture pour réparer la fibre: jusqu'où ira le mépris?
Date
Wed, 24 Sep 2025 18:57:18 +0100
Dormir dans une voiture pour réparer la fibre: jusqu'où ira le mépris?
---- Cette contribution nous a été proposée par un lecteur, nous avons
accepté de la publier. Son témoignage met en lumière une réalité souvent
occultée, celle endurée par les travailleurs de la sous-traitance soumis
aux conditions de vie et de travail les plus dégradées, les plus
précaires... Si, vous aussi, désirez apporter votre témoignage n'hésitez
pas à nous contacter. ---- Dans une rue de Bomarsund battue par la pluie
orageuse, trois techniciens s'acharnent à remettre en service une
armoire de fibre optique, pour le compte du groupe Bouygues Telecom,
vandalisée, puis incendiée quelques jours plus-tôt. Trois travailleurs
employés, qui s'abritent comme ils peuvent sous une tente de fortune,
pour que les usagers de Bouygues puissent se connecter à internet. Leur
journée? De 7h30 à 20h. Leur nuit? Dans un C4 Picasso noir, garé à deux
pas du «chantier». Voilà la réalité.
Et derrière cette réalité, une vérité insupportable: ces hommes ne sont
pas salariés de Bouygues, mais sous-traités, étrangers, invisibles. Ils
ne portent pas le logo de la firme, mais ce sont eux qui en portent le
fardeau. Pas de chambre d'hôtel, pas de repas chaud, pas de conditions
dignes et même pas de toilettes. Seulement la fatigue, le froid et le
silence.
Car c'est bien là que réside le coeur du problème: la sous-traitance en
cascade. Bouygues n'en est pas à son premier scandale: du chantier de
l'EPR de Flamanville (2008-2012), où l'entreprise a été condamnée pour
travail dissimulé (2017), jusqu'aux raccordements fibre gérés par des
sous-traitants précaires, la mécanique est toujours la même. Si les
grandes entreprises, publiquement responsables de pratiques illégales et
immorales, s'assurent tous les bénéfices, elles délèguent toujours
autant les tâches les plus dures à une chaîne d'intermédiaires, si
longue qu'elle efface toute responsabilité. À chaque étage, un peu plus
de pression, un peu moins de droits. Et au bout de la chaîne: des hommes
réduits à dormir dans une voiture après douze heures de labeur.
Est-ce cela, la France du progrès? Est-ce cela, la modernité numérique,
que de traiter l'humain comme une pièce interchangeable, corvéable à
merci, qu'on parque la nuit dans une voiture pour que le réseau internet
puisse fonctionner? On nous répète que l'économie a besoin de
flexibilité, que la sous-traitance est une nécessité. Mais quand la
flexibilité devient exploitation, quand la sous-traitance s'apparente à
de l'esclavage moderne, alors ce ne sont plus des arguments, ce sont des
prétextes.
Ne nous y trompons pas: si ces travailleurs sont invisibles, c'est bien
parce que cela arrange les grands groupes. Ils profitent de leur sueur,
mais n'assument pas leur responsabilité. Bouygues encaisse, les
sous-traitants exécutent et trinquent. Voilà la chaîne.
Il est temps de briser ce silence. Il est temps de dire que dormir dans
une voiture après 12 heures de labeur n'est pas normal, que travailler
sous l'orage sans protection digne n'est pas acceptable. Qu'il y est
sous-traitance ou pas, chaque entreprise se doit de respecter la dignité
humaine.Quant au gouvernement, il est temps qu'il se saisisse vraiment
de cette question. La dignité, au travail comme ailleurs, ne se négocie
pas, elle s'impose. Qu'il exige, donc des entreprises qu'elles
respectent tou.te.s leurs travailleur.euse.s, même sous-traité.e.s. Il
faut protéger ces personnes qui, dans l'ombre, assurent la continuité de
nos vies numériques. Car même si elles agissent dans l'ombre, elles ne
sont pas des ombres. Et pourtant, tout est fait pour qu'on ne les voie
pas. Alors voyons-les. Disons leurs noms, racontons leurs vies, refusons
ce mépris. Parce qu'il n'y a pas de fibre, pas de technologie, pas de
modernité qui vaille le sacrifice de la dignité humaine.
Boulogne-sur-Mer, les 28 et 29 aout 2025.
https://lamouetteenragee.noblogs.org/post/2025/09/23/dormir-dans-une-voiture-pour-reparer-la-fibre-jusquou-ira-le-mepris/
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