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(fr) Mouette Enragée #40 - Un patronat vigilant - De quoi les patrons de Capécure ont-ils peur?
Date
Tue, 23 Sep 2025 17:30:55 +0100
«On ne veut pas revivre d'épisodes comme lors des manifestations contre
la réforme des retraites»* ---- Quand le patronat de Capécure juge son
hégémonie contestée, à l'incompréhension et à l'indignation supplée la
récrimination et la répression. Il sait compter à cet égard sur les
relais locaux de la presse bourgeoise et la main de fer des services de
police. ---- Le sacro-saint droit de propriété ... ---- Lors de la
dernière attaque menée par le gouvernement d'Élisabeth Borne contre
l'âge de départ à la retraite, le quartier industriel de Capécure fut le
lieu d'affrontements directs avec le pouvoir patronal qui s'y exerce et
les forces de police déployées pour garantir, en bon droit bourgeois,
«la liberté du travail et de la circulation».
On garde en mémoire les barrages de police dressés dès la première
manifestation, interdisant au cortège l'accès à la zone portuaire.
Ainsi, les pouvoirs locaux légitimaient le patronat boulonnais à
déployer son droit de propriété et son autorité au delà des enceintes de
ses usines, en s'emparant de l'espace public. Vécu comme un affront par
les milliers de manifestants rassemblés ce jour là, cette limite
infranchissable dévoilait la vérité de l'Etat de droit. En l'espèce, le
droit s'efface au seuil de l'intérêt supérieur du capital.
Une hégémonie contestée
L'humiliation ne restera pas impunie. Plusieurs nuits durant, des
dizaines d'ouvrières et d'ouvriers disputèrent aux patrons et à la
police l'accès et l'emploi du territoire de la zone, s'appropriant sur
place le matériel nécessaire afin de bloquer la circulation de la
marchandise qu'ils venaient de produire quelques heures auparavant.
Spontanément, ils en reprenaient le contrôle, en interdisaient l'usage,
en déniaient la propriété. Il n'en fallait pas davantage pour que dans
une unanimité qui dit le tout, patrons, sous-préfet, édile et presse
locale éclipsent à dessein la réalité du travail exploité, préférant
condamner tour à tour «les casseurs», des «individus violents», les
«black-blocs», venus d'on ne sait où... La répression qui s'en suivit
allait conduire plusieurs d'entre-eux devant les juges. Aucun ne venait
d'ailleurs, tous étaient ouvriers ...
Un patronat prédateur et fragilisé
A chaque remise en question de son hégémonie, le patronat réagit,
parfois férocement. Les anales ouvrières nous instruisent des
fusillades, des assassinats, des matraquages, des procès, des
licenciements... qui n'ont jamais nourri d'autre volonté que celle de
réaffirmer un pouvoir jamais établi, toujours contredit. C'est
précisément parce qu'il est clairvoyant sur sa fragilité organique que
le patronat cherche à s'en prémunir.
Conscients de leurs intérêts de classe, les patrons boulonnais ne
forment pas pour autant un tout homogène. Tiraillés entre-eux par la
concurrence qui les oppose, divisés par la taille des entreprises
elles-mêmes et la nature des capitaux qui les dominent, ils forment un
agrégat où règnent quelques groupes transnationaux au milieu d'une
flopée de PME...
A la tête d'un secteur grandement fragilisé par l'effondrement de la
ressource dont il porte l'entière responsabilité, il s'obstine dans sa
fuite en avant productiviste. Bien qu'il s'enorgueillisse de trôner à la
tête du premier port de pêche de France, chaque décennie écoulée sonne
la chute drastique des volumes enregistrés et les 300 000 tonnes de
matières importées ne sauraient masquer cette inquiétante réalité.
Cette malédiction, le patronat entend à l'avenir la conjurer par la
construction d'usines aquacoles et la production hors-sol de matière
première. A chaque calamité dont il accouche, le capital lui en
substitue une pire encore. Au saccage de la ressource halieutique
succèdent les usines d'élevage en batterie, à Henry Ford, Elon Musk ...
Les contradictions s'aiguisent
Les prétendument belles années du port de Boulogne-sur-mer sont
désormais un souvenir que la violence de l'exploitation et l'éreintement
des corps en échange de «bons salaires» ne nous feront jamais regretté.
Au prise avec des contradictions exacerbées, le patronat d'aujourd'hui
achète désormais la force de travail aux conditions dégradées de la
période: intérim, Smic à vie, turn-over. L'embellie fordiste est belle
est bien derrière nous et avec elle, le compromis social sur lequel elle
reposait. Comment s'étonner alors que les modalités et l'intensité de la
lutte, elles aussi, se durcissent quand la bourgeoisie impose un
allongement de peine aux exploités...
Le retour des milices patronales?
Anticipant des antagonismes inéluctables un «club d'entrepreneurs s'est
constitué pour mieux sécuriser le poumon économique de la ville»(1).
Afin de lutter, disent-ils, contre toutes sortes «d'agressions, de
dégradations, de vols», une «charte de vigilance» a été établie et «des
référents sécurité ont été nommés pour se relayer pendant toute la
journée»(2)... Il est toujours truculent d'entendre le patronat se
plaindre de vol, alors que le vol est, par l'extorsion de la plus value
qu'il pratique sur le travail vivant, son unique raison d'être au monde...
Assiste-t-on au retour des milices patronales? Les événements graves
survenus en 2023 durant la grève des préparatrices de commandes à
Vertbaudet nous mettent en garde contre toute amnésie sur le sujet(3).
Pesant d'un bien moindre poids et relevant d'une toute autre histoire
que celle des magnats du textile du Nord de la France, le petit monde de
la PME locale se sait néanmoins à un tournant. Pour l'heure, il affirme
privilégier «ses contacts avec les forces de l'ordre». Nombres de luttes
nous ont instruit qu'une pratique n'exclue nullement l'autre, souvent
les deux se conjuguent si nécessaire...
-----
*Alain Ducamp directeur d'Océan Délices. La VdN. 23/06/2023.
(1),(2)Ibid.
(3)Vertbaudet: une opération digne d'une «milice patronale» contre un
syndicaliste CGT. A lire sur:
https://rapportsdeforce.fr/classes-en-lutte/vertbaudet-une-operation-digne-dune-milice-patronale-contre-un-syndicaliste-cgt-051718114
https://lamouetteenragee.noblogs.org/
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