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(fr) Alternative Libertaire #363 (UCL) - Audience syndicale: Le syndicalisme de lutte figé
Date
Mon, 22 Sep 2025 17:51:03 +0100
Tous les 4 ans le Haut Conseil du Dialogue Social compile l'ensemble des
élections aux Comités sociaux et économiques (CSE) et des élections dans
les Très petites entreprises (TPE). Ceci permet de définir l'audience de
chaque organisation syndicale dans le secteur privé. C'est aussi
l'occasion d'analyser les dynamiques en cours dans le paysage syndical.
Avec la clôture du cycle 2021-2024 nous pouvons tirer quelques
observations. ---- Les confédérations traditionnelles, qu'elles soient
de lutte comme la CGT ou d'accompagnement comme la CFDT et FO, sont en
recul tout en gardant leur position respective: CFDT en tête, CGT puis
FO. On peut toutefois noter que la CFDT qui tendait à gagner des points
aux précédentes élections est désormais en recul. Du côté des gagnants,
on retrouve pour les syndicats de lutte Solidaires qui progresse
légèrement, mais c'est bien le syndicalisme corporatiste qui a le vent
en poupe, qu'il soit catégoriel à la CFE-CGC (+ 1,03 point) ou autonome
avec l'UNSA (+ 0,46 point).
Si la progression de la CFE-CGC s'explique en partie par l'augmentation
de la proportion d'ingénieur·es et cadres dans le salariat [1], le
syndicalisme de lutte ne peut se satisfaire de sa baisse d'influence au
sein de notre classe. La CGT analyse bien dans son communiqué les
raisons de son érosion électorale. Elle subit en effet la baisse
relative du collège numéro 1 des ouvriers et employés, la chute de
l'industrie qui regroupe ses principaux bastions et la sous traitance
imposée par les grands groupes où elle est bien implantée.
Mais au-delà des constats, l'organisation syndicale peine à modifier sa
structuration pour répondre à ces défis. Nous observerons attentivement
les débats du prochain congrès de la CGT en 2026 et saluons les avancées
avec par exemple l'Union Départementale de Paris qui prend position pour
la création de syndicats professionnels locaux réunissant l'ensemble des
travailleurs et travailleuses d'une branche professionnelle donnée sur
un territoire plutôt qu'en les divisant entre entreprises. Toutefois,
une large part des structures CGT restent figées sur le modèle du
syndicat d'entreprise qui ne correspond plus à l'organisation actuelle
de l'économie.
Pourtant, depuis 2009 les mêmes analyses sont produites et mènent aux
mêmes conclusions. Il faut maintenant agir, redéfinir des champs de
syndicalisation fédéraux, renforcer l'échelon interprofessionnel et
surtout, organiser réellement, dans des syndicats locaux de branche, le
salariat atomisé dans des entreprises sans syndicats implantés [2].
Du côté de Solidaires, la communication fait également preuve de
lucidité. Si l'organisation salue sa légère progression, elle reconnaît
l'ampleur du travail à fournir pour devenir une organisation
représentative au niveau interprofessionnel. Avec seulement 3,75%
d'audience après plus de 25ans d'existence, le seuil de 8% paraît
impossible à obtenir même à long terme. Dans le détail des
représentativités par branche, on constate que Solidaires reste une
organisation centrée sur quelques bastions du public ou du secteur
public privatisé comme les PTT.
Toutefois ce constat ne permet pas encore de faire avancer le débat
nécessaire sur l'outil syndical et encore moins sur l'unification du
syndicalisme de lutte [3]. Pourtant, au vu de la faiblesse de Solidaires
dans la quasi-totalité du secteur privé, l'unification est plus que
jamais une urgence pour peser dans les luttes à venir. Pour la CGT
comme pour Solidaires, il est regrettable que la pertinence des analyses
ne permette pas pour l'instant d'avancer rapidement sur leurs évolutions
respectives à mener.
Nous encourageons l'ensemble des militantes et militants syndicaux à
prendre la mesure des chantiers à mener dans leurs organisations et à
lancer les débats dans leurs syndicats, leurs fédérations et leurs union
locales et départementales. L'UCL, fidèle à son orientation syndicaliste
révolutionnaire, est disponible pour proposer des pistes aux
syndicalistes qui souhaiteraient approfondir ces enjeux.
Émile (UCL Grenoble)
Notes:
[1] La proportion d'ingénieur·es et cadres passe de 15% en 2009 à 21% en
2021.
[2] Lire aussi « Évolution des structures de la CGT: le rapport de la
commission ad hoc » sur Syndicalistes.org.
[3] Lire aussi « Syndicalisme: Unifier pour mieux lutter », Alternative
libertaire n°359, avril 2025,
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Syndicalisme-Unifier-pour-mieux-lutter
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Audience-syndicale-Le-syndicalisme-de-lutte-fige
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