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(fr) Socialisme Libertaire - Contre le racisme, auto-organisation de la classe ouvrière
Date
Sun, 21 Sep 2025 18:49:14 +0100
Article paru dans Guerre de classes, n° 9, mai 1974. ---- «Ratonnades»
du samedi soir, attentats individuels contre les travailleurs immigrés
(dans la seule nuit du 6 mars, à Draguignan, 3 attentats par explosif
contre les travailleurs nord-africains!), mais aussi, discriminations
raciale à l'embauche, pour la location d'appartements, dans les
transports collectifs... LE RACISME EXISTE. Il n'épargne pas la classe
ouvrière, comme en témoigne un cas particulièrement grave de
discrimination raciale aux élections des délégués du personnel à
Renault-Flins: sur 65 candidats immigrés à se présenter, seuls 2 furent
élus, 300 électeurs ayant systématiquement rayé sur les listes les noms
à consonnance étrangère! le racisme se développe; il bénéficie de moyens
de propagande importants: presse bourgeoise, présentant «les pays
arabes» comme seuls responsables de la crise actuelle du capitalisme,
bienveillance de l'état bourgeois et de sa justice à l'égard des
provocations à la haine raciste perpétuées par les organisations
d'extrême droite et par leurs journaux, violences policières à l'égard
des immigrés, etc.
Si le racisme est ainsi «cultivé», c'est parce que, dans la société
capitaliste EN CRISE, il remplit des fonctions primordiales.
LE RACISME SERT LE CAPITALISME EN CRISE
Racisme et nationalisme outrancier permettent, en cas de crise,
d'étouffer les antagonismes de classes, en dirigeant le mécontentement -
créé par la gestion capitaliste - contre «les autres». Le racisme permet
de reporter une crise INTERNE au capitalisme sur une prétendue «cause»,
qui lui est totalement extérieure: ainsi, la crise du système
capitaliste, effective depuis la faillite du système monétaire
international en 1971, devient brusquement «crise de l'énergie»,
provoquée par la décision des «pays arabes» d'élever le prix du pétrole
brut: de la même façon, la propagande patronale tend à faire croire que
les immigrés sont responsables du chômage ( «Le Parisien Libéré»
titrait, dans son édition du 14/01/69: «500.000 chômeurs en France... et
pourtant 3 millions d'immigrés» ). L'argument n'est pas neuf: le système
capitaliste y a recours, chaque fois qu'il ne peut avouer son
impuissance à surmonter ses contradictions internes. En d'autres temps
et d'autres lieux, l'invention d'une «conspiration juive mondiale» joua
un rôle analogue... La stratégie est la même, mais on a changé de
bouc-émissaire!...
Le racisme est un moyen de contrôle social, aux mains des possédants: il
s'intègre dans la STRATEGIE DE DIVISION de la classe ouvrière, chère au
patronat. Le racisme permet de dresser une partie de la classe ouvrière
contre une autre, afin d'exploiter au mieux l'une et l'autre.
Créant artificiellement une cohésion «nationale» (racisme et
nationalisme vont toujours de pair) par delà les antagonismes de
classes, le racisme est un MOYEN D'INTEGRATION efficace, au service de
la société bourgeoise: il vise à susciter chez les membres de la classe
ouvrière une adhésion formelle à des buts , qui leur sont
irrémédiablement étrangers, car ce sont les buts des capitalistes. C'est
ainsi que le racisme convainc le «pauvre blanc» du Sud des Etats-Unis
qu'il appartient à une civilisation «supérieure», face au Noir, et cela,
bien que leurs situations matérielles soient en tout point comparables:
le racisme le fait adhérer aux buts d'une société, qui ne cesse pourtant
de le rejeter.
Comment combattre le racisme? Examinons d'abord l'attitude des partis et
syndicats réformistes face à ce phénomène.
L'INCAPACITÉ PRATIQUE DES PARTIS ET SYNDICATS RÉFORMISTES A MAITRISER LE
RACISME
La stratégie des partis réformistes, acceptant le jeu faussé de la
démocratie bourgeoise, se fonde sur l'ELECTORALISME. En cela, ils sont
impuissants à combattre pratiquement le racisme.
Le dilemme est simple: les travailleurs immigrés ne faisant pas partie
de la «NATION» française, NE VOTENT PAS; le racisme est flatté sans
cesse par les propagandes patronale et gouvernementale. Un parti de
gauche ne saurait prendre le risque de s'aliéner toute une partie de
l'opinion (surtout en période électorale, où sa stratégie consiste,
justement, à élargir son assise jusqu'aux «classes moyennes», les plus
sensibles aux arguments racistes ), pour défendre les droits d'une
partie de la population, qui ne vote pas. Coincée entre sa volonté de
représenter tous les travailleurs et la nécessité qu'elle a de
convaincre les «classes moyennes» pour conquérir le pouvoir, la
coalition de gauche ne peut que se limiter à des déclarations de
principe sans suite sur les droits des travailleurs immigrés.
Le dilemme est encore plus flagrant, en période de crise, quand la
priorité à l'embauche et aux postes qualifiés est réservée aux
«nationaux»: dans ces conditions, défendre concrètement les droits de
l'immigré au travail, c'est pour une organisation réformiste, rentrer en
conflit avec «sa base». De là découlent les déclarations malthusianistes
de la Confédération «Force Ouvrière», demandant une limitation de la
main-d'oeuvre immigrée, de là découle l'inaction des syndicats devant le
non-renouvellement du contrat de travail pour 1974 de 245 ouvriers
Yougoslaves, à Peugeot (Décembre 1973).
L'électoralisme, c'est-à-dire l'acceptation de la légalité bourgeoise
par les partis et syndicats réformistes, les condamnent donc à une
incapacité totale de combattre concrètement le racisme.
Quelle peut-être la position d'une organisation révolutionnaire, face à
la vague actuelle de racisme?
LA LUTTE CONTRE LE RACISME PASSE PAR L'AUTO-ORGANISATION DE LA CLASSE
OUVRIÈRE
Pour répondre à cette question, il faut déterminer quelle est la place
des travailleurs immigrés au sein de la classe ouvrière.
Les travailleurs immigrés font objectivement partie de la classe
ouvrière. Travailleurs français et immigrés se trouvent placés dans les
mêmes rapports sociaux de production: confrontés à une même
exploitation, ils ont le même ennemi, le capital et un même intérêt, le
communisme.
Mais les travailleurs immigrés sont «autre» chose que cela: ils
proviennent de «cultures» différentes, de systèmes sociaux économiques
et politiques profondément différents (certains n'ont même jamais connu
le salariat avant de venir travailler en France: il s'ensuit des
réactions, des conceptions différentes ). C'est on qui explique que les
travailleurs immigrés ont des revendications spécifiques, une façon
particulière de poser les revendications générales de la classe ouvrière
et des formes d'organisation originales.
En fonction de ces remarques, on peut apprécier les 2 réponses
théoriques qu'apportent réformisme et gauchisme au problème des
travailleurs immigrés:
- la C.G.T. rappelle constamment que la «classe ouvrière est un tout,
sans distinction de nationalité». C'est pourquoi, elle n'a cessé de
réclamer «l'égalité des droits» entre travailleurs français et immigrés.
Outre qu'il s'agit là d'une position de principe de la Confédération que
ses unions locales, ne défendent que rarement sur les lieux de travail,
cette revendication a un caractère ASSIMILATIONNISTE: réclamer pour les
travailleurs immigrés les mêmes droits que pour les travailleurs
français, c'est réclamer la même exploitation pour tout le monde, c'est
vouloir conformer les immigrés à une société qui n'est pas le leur, dans
la négation de leur différence. Cette conception amène la C.G.T. à
refuser concrètement que les travailleurs immigrés aient leur autonomie
dans les luttes ouvrières: cela s'est bien vu durant la grève de
Peñarroya-Lyon en 1972, au cours de laquelle I'U.L. - C.G.T. refusa les
modalités d'organisation que s'étaient données les travailleurs en
lutte. Une telle attitude conduit à faire des travailleurs immigrés des
«assistés».
D'un autre côté, les groupes gauchistes (notamment les maoïstes) mettent
l'accent sur les contradictions entre ouvriers français et immigrés.
Présentant les travailleurs immigres comme «une couche sociale,
nettement distincte du reste de la classe ouvrière», les groupes
gauchistes réintroduisent de fait la division de la classe ouvrière, qui
est tout profit pour le patronat. De telles vues mettent à nu
l'idéalisme petit-bourgeois et le mépris de la classe ouvrière, qui
caractérisent l'extrême-gauche.
Ces 2 positions ont en commun leur caractère non-dialectique: on tient
là un des points de rencontre du dogmatisme, d'une part et de
l'idéalisme, d'autre part.
Le problème qui se pose (et il se pose également pour les jeunes
travailleurs et les femmes salariées) est alors le suivant: comment
réaliser l'unité de la classe ouvrière, sans escamoter les différences?
Seule, l'AUTO-ORGANISATION de la classe ouvrière et l'établissement de
LIAISONS DIRECTES, entre groupes autonomes de travailleurs sur le
principe de la DELEGATION sont capables de forger l'unité ouvrière, dans
le respect de la différence. C'est pourquoi le rôle d'une organisation
révolutionnaire est de susciter et de renforcer - en l'appuyant
matériellement et moralement - la création de groupes ouvriers
autonomes: CONTRE LE RACISME, AUTO-ORGANISATION DE LA CLASSE OUVRIERE!»
SOURCE: Le site de Nedjib Sidi Moussa
https://www.socialisme-libertaire.fr/2025/09/contre-le-racisme-auto-organisation-de-la-classe-ouvriere.html
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