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(fr) Alternative Libertaire #363 (UCL) - Écologie sociale et libertaire: Reprendre en main la production!
Date
Wed, 17 Sep 2025 17:58:10 +0100
La commission Écologie de l'UCL a été invitée aux Résistantes et est
intervenue au cours d'une table ronde pour discuter de la reprise en
main des outils de production. Notre intervention s'est concentrée sur
la question des expériences d'entreprises récupérées par les
travailleuses et travailleurs. En voici une version condensée pour
Alternative libertaire. ---- Les communistes libertaires souhaitent une
démocratie autogestionnaire au travail qui serait capable, à une échelle
large, de décider quoi produire en partant de nos besoins collectifs
tout en prenant en compte la nécessité d'un équilibre avec notre
environnement. Toutefois, la question de la reprise en main de la
production n'est pas seulement centrale pour tout mouvement communiste,
elle doit également l'être pour tout le mouvement écologiste.
Même les courants plus réformistes devraient se poser cette question
centrale. Si le programme de la France insoumise, par exemple, pourrait
être un petit pas dans la bonne direction, il se heurterait
immanquablement à une opposition acharnée de toute la bourgeoisie
française qui déteste toute régulation susceptible de freiner leur
course aux profits. Or, le pouvoir économique (et donc politique) de
cette bourgeoisie vient de sa possession des moyens de production.
De plus, les différentes entreprises ont conscience de la contradiction
de plus en plus forte entre d'une part leur volonté de croissance
infinie et d'autre part, la finitude de notre planète. Elles se sont
donc regroupées pour tenter de mettre en place des programmes et labels
qui leur donneraient un rôle central dans leur propre régulation. On
peut citer la Responsabilité élargie du producteur (REP), les crédits
carbone ou la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Tous ces
programmes ont pour point commun de vendre l'autorégulation des
entreprises comme solution pour gérer les crises écologiques dont elles
sont responsables. Ainsi, la RSE cherche à nous vendre une vision du
dialogue comme un processus qui réunirait les différents «acteurs» mais
en réalité, il s'agit d'une étape validant la vision de l'entreprise
portée par la direction.
Des expériences isolées
Il est nécessaire que nous imposions notre vision depuis les réalités
matérielles de notre camp social dès maintenant pour contester le
pouvoir en place et sa vision de l'avenir.
Il existe, en France comme à l'international, des expériences de reprise
en main de leur outil de production par les travailleurs et
travailleuses. Elles sont le résultat de luttes acharnées qui
interviennent dans un contexte de fermeture de la boîte productrice.
Même en cas de victoire, elles sont isolées et bien souvent incapables
de faire face au capitalisme à elles seules. Citons l'exemple de «La
coop de masques, bretonne et solidaire» des Côtes-d'Armor, qui a coulé
après que les pouvoirs publics aient préféré se tourner vers la Chine
pour leurs commandes. Même les usines et services qui résistent le font
à des échelles moindres et doivent souvent transformer leur lutte en les
aseptisant pour en faire des arguments marketings.
En Argentine au début des années 2000, des luttes similaires ont secoué
le pays à une très large échelle alors que le pays s'ouvrait au
libre-échange international. Elles ont débouché sur le sauvetage
d'environ 400 entreprises récupérées par les travailleurs et
travailleuses (ETR). Ces ETR qui emploient aujourd'hui 14 000 personnes
font face au régime de Milei. Ces expériences de démocratie du travail
entretiennent certes des rapports complexes avec les marchés ou l'État
mais elles permettent à chaque fois de poser une question centrale:
quelle est l'utilité sociale et écologique de notre travail?
Il faut être très organisé·es pour être capable de mener ces très
longues et difficiles luttes de reprise en main des sites de production
pour faire face aux licenciements. D'autant plus qu'aujourd'hui,
l'écologie est devenue un nouveau prétexte pour fermer des sites. Dans
ces cas là, il est souvent trop tard pour agir syndicalement. En effet,
ces sites sont souvent en retard sur les normes environnementales, mais
surtout, les salarié·es sont affecté·es par des maladies
professionnelles dévastatrices.
Une alliance syndicale et écologique à la base
Face à ces problématiques les organisations syndicales de lutte
s'organisent pour riposter à travers l'Alliance écologique et sociale
(AES). Cette alliance entre syndicats et associations écologistes a
permis de mener des luttes emblématiques ces dernières années. À la
suite de son dernier Congrès, la CGT a quitté ce cadre. Dans la foulée,
l'UGICT (union des cadres au sein de la CGT) a lancé un Radar
travail-environnement avec l'association d'ingénieurs Pour un réveil
écologique dont le but est d'intervenir à la demande des CSE pour mener
des diagnostics sur les lieux de travail.
Ce genre d'alliances par le haut sont de bonnes choses, mais
insuffisantes. Nous devons agir à la base dès maintenant. Les syndicats
dont les équipes sont vieillissantes ont besoin de militantes et
militants écologistes. Nous avons vu que les expériences de récupération
d'entreprises ne peuvent exister sans capacité d'organisation et donc
d'équipes syndicales combatives. Il faut nous syndiquer et nous
impliquer sur le temps long. Il faut également échapper au piège du
dialogue bullshit comme dans la démarche RSE discutée plus tôt: nous
avons beaucoup plus à gagner en nous investissant à l'échelon
interprofessionnel, en particulier dans les unions locales qui sont pour
beaucoup aujourd'hui en danger de disparition. En effet, si nous voulons
réaliser une alliance rouge/verte par la base, il ne suffit pas de dire
aux collectifs écologistes de venir vers les syndicats. Il faut qu'il y
ait des gens à cet échelon local pour travailler avec elles et eux.
Les contradictions du capitalisme face aux crises écologiques
s'aggravent de jour en jour et nous devons adapter nos stratégies en
conséquence. Pour transformer ces contradictions en opportunités de
luttes, il va nous falloir des équipes syndicales formées et capables
d'anticiper les problèmes avant l'employeur. Il nous faudra également
des alliances solides, qu'il faut construire dès maintenant à la base,
avec les collectifs écolos pour qu'ils puissent aussi prendre leur place
dans la récupération d'entreprises. Celles-ci ne sont pas une fin en soi
mais des exemples, une manière de croire à nouveau en notre force et en
un monde libéré de l'exploitation des patrons.
Corentin (UCL Kreiz-Breizh)
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Ecologie-sociale-et-libertaire-Reprendre-en-main-la-production
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