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(fr) La Mouette Enragé - Débloquer le frein ...
Date
Fri, 12 Sep 2025 16:31:28 +0100
Annoncée de longue date, la journée du 10 septembre laissait entrevoir,
une fois n'est pas coutume, une rentrée sociale à la hauteur de
l'annonce. Débattue et préparée en maints endroits, l'initiative
laissait néanmoins planer quelques doutes sur l'orientation à donner au
slogan: «Bloquer tout!» Le jour venu, le geste s'est joint à la parole
avec plus ou moins de succès et d'hésitation, aux côtés d'autres formes
plus classiques d'interventions comme la traditionnelle manifestation. A
cette heure, il est encore tôt pour en déduire les suites... ----
Trouver la sortie ... ---- Nul n'ignorait qu'il serait difficile de se
relever de la défaite endurée en 2023. La responsabilité en revient,
pour une part, à la stratégie déroulée par une bureaucratie
«intersyndicale» en rangs serrés derrière la CFDT. Echec cuisant, s'il
en est, survenu dans le prolongement de la répression du mouvement des
Gilets Jaunes et qui a laissé les mains libres à la bourgeoisie pour
intensifier sa politique. Depuis lors, le climat ambiant concourt,
certes, à la résignation, mais nourrit en retour une colère et un
ressentiment grandissants auxquels il devient pressant de trouver une
expression libératrice. A défaut de quoi, ce sont les démagogues et
politiciens de tous poils qui exploitent à l'envi le marasme actuel qui
tireront les marrons du feu. A sa manière, l'appel «Bloquons tout!»
entérine ce constat et tente d'y répondre en proposant une perspective
émancipatrice.
De part et d'autre, des limites à dépasser
De ce que nous en voyons, la mobilisation ne déborde pas, ou alors
timidement encore, les cercles militants. La revendication à «Bloquer
tout!», indique empiriquement la voie à suivre(1), mais laisse sur le
côté celles et ceux qui pressentent à raison qu'il faudra un peu plus
que le volontarisme et le savoir faire de quelques-uns pour y
parvenir... Voilà sans doute la raison pour laquelle de nombreux
travailleurs attendent la date du 18 septembre pour se mobiliser. Même
perdante, la stratégie de «l'intersyndicale» demeure pour beaucoup un
cadre rassurant. Les appareils ne s'y trompent pas et les petites
manoeuvres ont d'ores et déjà commencé(2)...
Il n'y a pourtant aucune fatalité à ce que les bureaucraties adoubées
par l'Etat reprennent une fois encore la main sur la mobilisation. Pour
éviter cela, il y a des contacts à établir et des débats de fond à
nourrir collectivement bien au-delà des catalogues d'actions établis
dans des AG souvent plus formelles qu'autre chose...
A Boulogne-sur-mer, le 10 septembre
Il n'y eut aucune surprise d'aucune sorte, ni bonne, ni mauvaise. Aucun
blocage digne de ce nom n'a été mis en oeuvre, pour la simple raison
qu'un blocage s'organise, exige de la logistique et un certain nombre
d'acteurs. Au petit matin à Capécure, quelques grévistes de la Stef
(logistique) étaient sortis de la boîte, mais comme ils l'ont déploré
eux-mêmes, ils n'étaient: «pas assez nombreux pour faire quelque
chose»... Ce sont donc quelque 150 personnes, essentiellement des
militants de la gauche et quelques lycéens qui se sont réunis devant la
sous-préfecture à partir de 9h30. Une bonne partie d'entre-eux ont
ensuite rejoint l'hôpital en déambulant librement dans les rues de la
ville. Là-bas, la CGT organisait un piquet à l'accueil et une AG s'est
tenue en fin de matinée pour décider des actions à venir...
Et maintenant?
Cette journée du 10 septembre a posé un jalon, il reste à en mesurer
l'écho auprès des exploités qui n'étaient pas mobilisés à ce jour.
D'eux, dépend exclusivement la tournure que prendra la lutte dans les
semaines à venir, si lutte il y a ...
Boulogne-sur-mer, le 10/09/2025.
(1) Il faut questionner sur le fond cette notion de «blocage», qu'on a
pris l'habitude dans certains milieux de brandir tel un fétiche. La
grève, elle aussi, et ses modalités sont à ré-interroger plus qu'à
mettre au rancard, comme certains idéologues du blocage l'affirment un
peu rapidement...
(2) A Calais, la CGT appelait à un rassemblement à 10 heures devant la
mairie alors que depuis plusieurs semaines déjà, le média alternatif
«Calais La Sociale» annonçait la tenue d'une assemblée populaire au même
moment au Parc St Pierre. Nous relayons ci-dessous le communiqué produit
pour l'occasion par «Calais La Sociale»:
CALAIS LA SOCIALE
10 septembre à Calais:
entre cortège centralisé et assemblée populaire, deux visions de la lutte
Le 10 septembre sera une journée de mobilisation sociale à Calais. Mais
dès le matin, deux rendez-vous s'entrechoquent, révélant deux façons
d'imaginer la lutte.
Deux appels qui se superposent
À 9h30, une assemblée générale populaire débutera au parc Saint-Pierre.
Objectif: créer un espace d'expression ouvert, où habitant·es,
salarié·es et militant·es peuvent partager leurs expériences et décider
collectivement des suites à donner au mouvement.
À 10h15, la CGT, rejointe par Sud et la FSU, appelle à une manifestation
au départ de la mairie avec les unions locales de Saint-Omer, Boulogne,
Berck et Calais. Le tract est explicite: après la marche, une délégation
sera reçue par la sous-préfète pour exposer les revendications.
Un télescopage assumé
Le choix d'organiser cette manifestation au même moment que l'assemblée
n'a rien d'anodin. C'est une manière pour les directions syndicales
locales d'imposer leur cadre: un cortège centralisé, suivi d'une
délégation restreinte dans un bureau fermé.
En face, l'assemblée propose une autre voie: un espace public,
horizontal, où les participant·es peuvent débattre, construire un mandat
collectif et imaginer une coordination locale à la hauteur de la colère
sociale.
Le tract syndical insiste sur la nécessité de grèves et de débrayages
«partout où c'est possible», mais dans les faits, l'appel privilégie la
mise en scène d'une journée nationale cadrée, plutôt qu'une construction
d'un comité de lutte auto organisé.
Le reste de la journée
La mobilisation se prolongera à la Maison d'Entraide et de Ressources (3
rue de Croy):
18h: Ciné-débat L'histoire des Gilets Jaunes par Nous.
18h30: commémoration devant le parc Richelieu pour le travailleur en
exil mort en mer ce mardi après-midi.
20h: Cantine végan et à prix libre (Maison d'entraide et de Ressources)
Un geste fort est venu renforcer cette dynamique: le cinéma Alhambra a
annoncé l'annulation de toutes ses séances du mercredi 10 septembre, en
solidarité avec le mouvement. Son hall restera ouvert de 14h à 19h, avec
café offert à celles et ceux qui voudront se retrouver et discuter.
Vers l'unité?
L'essentiel pour ce mouvement naissant, au-delà de ce télescopage, sera
de ne pas rester divisés. Si la journée du 10 septembre doit marquer un
tournant, c'est bien en rapprochant les forces syndicales et citoyennes,
en cherchant à construire un front commun qui dépasse les cadres imposés
et redonne de la force à celles et ceux qui veulent lutter, ici et
maintenant.
Ps: Pour clarifier: il n'a jamais été question pour nous d'opposer
syndicats et citoyens. Nous nous efforçons depuis que ce petit média
sans thune existe de tisser des liens entre les militantismes, quels
qu'ils soient.
Nous savons l'importance du rôle syndical dans la défense du monde du
travail. Il n'y a pas un mois sans que nous donnons la parole libre aux
personnes en lutte, qu'elles soient syndiquées ou non.
Ce que nous soulignons, c'est qu'à Calais il existe aussi une volonté de
construire un espace plus large par la base, où précaires, travailleurs
avec ou sans papiers et associatifs puissent aussi avoir droit de citer.
Nous ne l'inventons pas, depuis trois ans nous documentons. C'est le
sens d'un AG populaire que de rassembler tout le monde. Les
syndicalistes ont toujours été conviés.
Parler de ces contradictions ne fait pas «le jeu de la droite»: au
contraire, c'est en débattant franchement et en mettant la lutte au
centre des débats qu'on arrête de se cantonner aux thématiques
réactionnaires. Pelloutier, Pouget, Monatte... les syndicalistes ont
publié des bibliothèques entières pour exposer leurs controverses et
exprimer leurs divergences.
Le syndicat n'est pas une église, c'est un espace de rencontre et de
rapport de force stimulant.
A demain
https://lamouetteenragee.noblogs.org/post/2025/09/11/4106/
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