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(fr) France, OCL CA #352 - La forme et le fond des luttes (ca, de, en, it, pt, tr) [Traduction automatique]
Date
Sun, 10 Aug 2025 11:23:50 +0300
Les temps sont durs. Pris entre le marteau des tensions nationalistes,
réactionnaires, guerrières et l’enclume des attaques sociales tous
azimuts, le mouvement social peine à relever la tête. Si le mouvement
des gilets jaunes, les émeutes en Kanaky et celles des banlieues en
France, les mobilisations contre l’aménagement capitaliste du territoire
et contre les réformes des retraites sont autant de révoltes contre
l’ordre existant, les divisions nous minent et nos adversaires en
profitent. Pour sortir de cette situation, nous aimerions prendre du
recul et ouvrir le débat autour de principes forgés dans l’expérience
des luttes.
Première ou seconde classe ?
La force et la constance des attaques sur le travail, les services
publics, la retraite, le chômage, le RSA qui sont menées par des partis
de l’extrême droite à la gauche, et leurs conséquences dramatiques de
précarisation d’une large partie de la population, nous rappellent
constamment que le moteur de notre société est la recherche du profit
par ceux qui détiennent les sources d’enrichissement (entreprises,
banques, etc.). L’affrontement entre le capital et le travail constitue
la contradiction sociale majeure depuis presque 200 ans. Il englobe
l’ensemble des contradictions, en ce qu’il est responsable, chaque jour
et partout sur la planète, des famines, guerres, catastrophes,
exploitation, mais aussi de la souffrance et de l’aliénation que chaque
salarié·e subit sur son lieu de travail. Envisager un changement social,
et a fortiori une révolution, implique donc de s’organiser contre le
capital entre ceux et celles qui résistent : les exploité·es. Cela ne
veut pas dire que le seul combat légitime est celui qui part du lieu de
travail, car ce qui pousse un individu à la révolte dépend d’une
trajectoire sociale qui lui est propre (sexisme, racisme, destruction de
l’environnement…). Cela veut dire que l’objectif commun de tous ces
combats doit être d’en finir avec le capitalisme.
Pour l'autonomie des luttes
Historiquement, de cette organisation des exploité·es sont nés
différents mouvements, dont certains n’ont finalement servi qu’à de
nouvelles dominations. Les centrales syndicales, dans les grandes
explosions sociales (1936, 1968 et dernièrement avec les gilets
jaunes…), se sont au bout du compte toujours rangées du côté des
puissants, préférant rester dans leur rôle de négociateurs du statu quo
plutôt que de jeter toutes leurs forces dans la bataille. Le léninisme,
en considérant qu’une avant-garde éclairée était nécessaire pour guider
des masses incapables de faire la révolution sans être dirigées
politiquement, a quant à lui abouti à la prise du pouvoir par une couche
parasitaire qui a bien vite renié les principes qu’elle affichait. Nous
considérons au contraire que le mouvement social a montré sa capacité à
s’organiser de façon autonome, que ce soit en conseils, en assemblées,
en ronds-points, et que cette forme se suffit à elle-même. Nous sommes
donc opposé·es aux agendas imposés (que ce soit des « journées d’action
» ou des « saisons ») décidés par des états-majors (clandestins ou
soi-disant élus), et aux basses manœuvres visant à s’approprier des
luttes ou à recruter pour sa chapelle, au détriment de ceux qui mènent
le combat.
« Composer » ?
En conséquence, l’autonomie des luttes revient à refuser le plus
possible de « composer » avec les institutions, même lorsque cette
démarche est impulsée par des partis de gauche. Ces derniers proposent
des modes d’action toujours sages et le plus souvent d’ordre juridique.
Leurs débouchés médiatiques et électoralistes, leur langage qui est
celui du pouvoir, et leurs perspectives qui n’égratignent jamais la
propriété privée nous emmènent vers des impasses et resserrent l’étau
qui nous étouffe. Qu’on regarde comment sont traitées les questions
sociales, féministes, antiracistes, ou écologistes par tous ceux qui
s’approchent du pouvoir ou qui y sont déjà… Refuser les compromissions,
c’est donc chercher d’autres solutions que le recours à l’Etat ; c’est
refuser l’ordre que l’on nous impose par la prison, la loi, les
frontières, la police…
Le coin rouge dans le bloc de la bourgeoisie
Nikolaï KOLLI - 1918
So-so-solidarité !
Alors, plutôt que de nous embourber indéfiniment en empruntant la voie
institutionnelle, le mouvement social se doit d’aller vers le changement
de société désiré. Il ne s’agit pas d’être des allié·es, mais des
camarades et des compagnons à même de défendre nos intérêts et gagner de
nouveaux espaces d’autonomie. Nous faisons nôtre une valeur centrale du
mouvement ouvrier : la solidarité. Il ne s’agit pas de charité ou
d’humanitaire, comme peuvent le faire des patrons « philanthropes », des
bourgeois à la mauvaise conscience, des religieux bien dodus ou des
politiciens bien en vue qui, chacun à leur manière, maintiennent la
relation de pouvoir ; mais bien d’examiner ensemble, entre personnes à
égalité, tout ce que la lutte porte de positif (l’action commune, la
fête, la joie, la victoire) ainsi que de négatif (la répression, les
prises de pouvoir). Refuser d’investir ou abandonner une lutte parce
qu’elle ne serait pas gagnable, se dissocier de certaines personnes
parce qu’elles n’ont pas agi conformément à l’agenda pacifiste ou
légaliste d’autres personnes, c’est diviser le mouvement au bénéfice de
ses adversaires…
Contre l'« expertise », l'organisation collective
La solidarité n’est pas l’affaire d’une poignée d’« expert·es » qui
sauraient comment faire, même s’ils ou elles ont reçu la formation
adéquate et sont bien intentionné·es. Elle demande l’implication du plus
grand nombre à l’élaboration, à la compréhension et au contrôle
permanent du mouvement pour que celui-ci demeure autonome. Qu’il
s’agisse d’aide juridique en cas de répression, de cagnottes de
solidarité, d’assistance médicale ou de lutte contre les dominations à
l’intérieur du mouvement, nous avons tout à gagner à renforcer la prise
en charge collective de ces questions, sans les déléguer à des personnes
qui pourraient devenir des « sachants » donneurs de leçons, ou les
promoteurs de « bonnes conduites » étouffantes.
Force et union
Prendre une part active à une lutte, quelle que soit la trajectoire qui
y a conduit chacun·e de nous, permet de faire tomber les divisions que
la société sait si bien entretenir (de genre, d’origine, de place sur le
marché du travail…). Lutter ensemble, de façon solidaire et horizontale,
est le meilleur antidote à toutes les dominations, car l’union et la
force vont de pair. En revanche, pointer en permanence ce qui nous
divise, transformer nos différences ou nos situations respectives en
identités opposées ou en dominations, construire des groupes homogènes
considérés comme les seuls à avoir légitimement droit à la parole et à
la décision tandis que les autres, allié·es et spectateurs/spectatrices,
n’auraient pas voix au chapitre, produit l’effet inverse des objectifs
avancés.
Renouons avec le débat
Pour éviter les anathèmes, les censures et les procès en mauvaises
fréquentations, refusons les raccourcis. Prenons le temps de vérifier
les informations qui circulent avant d’exclure ou d’interdire ; prenons
le temps de lire ce que les personnes ou les groupes ont écrit, de nous
intéresser aux combats auxquels ces personnes ou ces groupes ont
participé. Le mouvement est porteur de références et d’avis plus ou
moins divergents qui devraient nourrir un débat fructueux sur divers
sujets. Cela permettrait de garder la tête froide pour identifier qui
sont réellement nos adversaires, quelles idées sont véritablement en
conflit avec l’ordre établi, et ce qui nous pourrit la vie. Car derrière
des radicalités discursives de façade sur des questions sociétales se
cachent souvent des alliances matérielles ou idéologiques avec le
libéralisme individualiste au sens le plus classique et institutionnel
du terme.
La lutte que nous menons s’inscrit dans une longue histoire faite de
victoires, de défaites, d’impasses, de rapprochements, de remises en
question et de tiraillements. Les enseignements de ses réussites nous
permettront de gagner dans la lutte les moyens de notre autonomie dignes
de nos objectifs révolutionnaires.
Organisation Communiste Libertaire
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4505
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