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(fr) Monde Libertaire - Des idées et des luttes: La Confédération Générale du Travail
Date
Tue, 28 May 2024 17:44:56 +0100
"L'impulsion est imprimée par les conscients, les révoltés..." ---- Qui
est Emile Pouget? Quels sont ses liens avec la Confédération générale du
travail? Emile Pouget se fait connaître dès 1889 avec la publication du
Père Peinard, un périodique dont le ton et le vocabulaire rappellent Le
Père Duchesne. C'est surtout son investissement dans la CGT qui
l'imposera comme un défenseur majeur de la classe ouvrière. Il développe
les concepts de grève générale, de sabotage, d'action directe et de
labellisation des entreprises. ---- Pour une biographie plus complète,
je renvoie au livre de Victor Cachard, Émile Pouget et la révolution par
le sabotage, recueil de textes d'Émile Pouget Editions LIBRE, 2022
(https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=6969). ---- En 1900, il
lance l'hebdomadaire de la CGT, La Voix du Peuple. Et en 1906, avec
Victor Griffuelhes, il rédige la Charte d'Amiens, posant le principe de
l'indépendance syndicale vis-à-vis des partis politiques et des opinions
philosophiques et religieuses. En 1908, il est chargé de présenter le
premier bilan de l'action de la CGT. Gérard da Silva nous propose, en
introduisant ce livre La Confédération générale du travail, réédité aux
éditions L'Harmattan, d'analyser ce document accompagné d'un discours de
Marc Blondel prononcé en 1995 pour le centenaire de la CGT. Les mots
sont forts chez Pouget. La grève générale vise à renverser l'ordre
social tout en ne négligeant pas le pragmatisme. On ne fait pas carrière
dans les organisations syndicales... Gérard da Silva estime que «ce
livre de Pouget, La CGT, est assurément révolutionnaire dans ses
principes». Et ce petit livre contribue à former des militants et non
simplement des adhérents, utilisateurs de services syndicaux.
Oui, la CGT est autonome, Pouget insiste sur ce point dès son
introduction. «Depuis qu'au congrès corporatif de Limoges de 1895, la
classe ouvrière s'est donné une organisation autonome, indépendante de
tous les partis démocratiques, elle a eu la tendance continue à toujours
se libérer davantage de toutes les tutelles, soit de l'Etat, soit des
municipalités.»
Il explique l'organisation des syndicats qui défendent des intérêts
identiques avec une «profonde solidarité sociale». 3 400 syndicats sont
confédérés en 1908 et leur objectif dominant, c'est «la lutte de
classe». Le lecteur constatera la précision des données chiffrées et la
rigueur des propos de Pouget, exigeant cette indépendance même à l'égard
des municipalités socialistes (le PCF n'existait pas en 1908). Cette
exigence est toujours d'actualité. Il suffit de constater la fragilité
des syndicats accueillis dans des locaux communaux lorsque la
municipalité bascule. Par ailleurs, je renvoie au livre de Louis
Guilloux, La maison du peuple, publié chez Grasset.
Pouget souligne aussi le rôle des bourses du travail. Relisons le livre
de Fernand Pelloutier Histoire des Bourses du Travail, Ed. Plein chant,
2023 https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=7592 . Dans les
deux cas, un même style, une même précision, une même volonté de servir
la classe ouvrière et de contribuer à son émancipation.
L'épanouissement d'un fédéralisme économique
La distinction entre le parti qui recherche l'appui de l'opinion, plutôt
que de la classe sociale et le syndicat qui défend la classe sociale car
il est au service des intérêts de classe du prolétariat est majeure.
L'objectif vise «la disparition du salariat et du patronat» en éliminant
les forces d'oppression de l'Etat et celles d'exploitation inhérentes au
capitalisme. En perspective: l'épanouissement d'un fédéralisme
économique, géré par les syndicats.
Les moyens à mettre en oeuvre par l'action syndicale, c'est tout d'abord
inciter les travailleurs à rejoindre le syndicat qui sera l'animateur
des luttes en adoptant une tactique. «L'impulsion est imprimée par les
conscients, les révoltés, et sont appelées à agir, à participer au
mouvement, toutes les bonnes volontés.»
Et nous retrouvons l'action directe de la classe ouvrière qui «n'est
pas, fatalement, synonyme de violences», mais toujours indépendante.
Face à l'Etat, Emile Pouget préconise la pression extérieure et contre
le patronat, la grève, le boycottage, le label, le sabotage. Il
développe ces moyens d'action en démontrant leur complémentarité et leur
succès. Ainsi la démarche du label à l'égard des coiffeurs a été
couronnée de succès. Les conditions de travail étaient très dures et il
s'est agi de dénoncer les artisans qui faisaient travailler très tard
leurs ouvriers en les sous-payant. Le résultat fut efficace.
La notion de grève générale développée par Pouget s'appuie sur
l'autonomie de la classe ouvrière. Il s'agit de prendre possession de
l'outillage social, de mettre en place une autre organisation, à charge
pour les syndicats de structurer la nouvelle société. Ces propos
rappellent ceux de Pierre Besnard (Le Monde nouveau. Organisation d'une
société anarchiste. Ed du Monde libertaire, 2021)
https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=5999
Alliant pragmatisme et action à plus long terme, Pouget montre que la
journée de 8 heures, revendication adoptée au congrès de Bourges en
1905, n'est qu'un aspect d'une plateforme plus large. «Il faut
comprendre que la formule «Conquête de la journée de Huit Heures» n'a
pas un sens étroit et rigidement concret; c'est une plateforme d'action
qui s'élargit jusqu'à englober toutes les conditions de travail. La
«Journée de Huit Heures» est, si l'on peut s'exprimer ainsi, un mot de
passe qui va permettre aux travailleurs de s'entendre facilement pour
une action d'ensemble à accomplir.»
* Emile Pouget
La Confédération générale du travail
Introduction de Gérard da Silva
Ed. L'Harmattan, 2024
https://monde-libertaire.fr/?articlen=7880
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