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(fr) Courant Alternative #340 (OCL) - Répression pour les JO, permis de tuer, logiciel de caméras israélien et autres chroniques du contrôle et de la répression
Date
Sun, 26 May 2024 17:50:48 +0100
AU PROGRAMME DES JO:¨Perquisitions Administratives et assignations à
résidence... ---- L'étau se resserre petit à petit contre toutes celles
et ceux qui risquent de faire tâche dans le décor clinquant. On
connaissait déjà les galériens expulsés des squats ou virés des hôtels
sociaux pour les dégager de la capitale à l'approche des JO; on
connaissait déjà le déploiement spécial JO de la vidéosurveillance
algorithmique (développé par les start-ups Wintics, ChapVision et
Videtics) destinée à «identifier des situations anormales» dans la rue,
ou encore la création de laisser-passer en mode attestation et QR code
pour les riverains des sites et des cérémonies. Et voici que le pouvoir
commence à dévoiler chichement les «mesures de sécurité préventives»
qu'il entend mettre en oeuvre contre ses différents ennemis de l'intérieur
La première salve d'annonces en ce sens a débuté mardi 5 mars devant la
commission des lois du Sénat, qui recevait une brochette de responsables
à glands dorés et à galons venus accompagner le ministre de l'Intérieur:
la directrice de la DGSI, les préfets de Paris et de la région
Île-de-France, ou encore les directeurs généraux de la police et de la
gendarmerie. Là, en plus des événements comme le parcours de la flamme
dans 400 villes pendant 68 jours ou de la cérémonie d'ouverture sur la
Seine le 26 juillet, considérés plus largement au sein d'une période de
tensions potentielles qui s'étendra du 8 mai (arrivée de la flamme par
bateau à Marseille depuis la Grèce) au 8 septembre (fin des jeux
paralympiques), c'est toute une série de «menaces» qui ont ainsi été
ciblées par les autorités.
Selon les services concernés, ces dernières vont classiquement, de la
«menace terroriste d'inspiration islamiste» jusqu'à la «menace
contestataire». Cette dernière, jugée «la plus probable», se décline à
son tour entre «environnementalistes radicaux» (à l'exemple de
Sainte-Soline, explicitement citée), «contestations
d'ultra-gauche/d'ultra-droite», mais aussi en menace «économique et
sociale» ou liée à des «particularismes locaux» - la Corse et les
agriculteurs ont été cités lors de cette audition. Mais là où les choses
prennent une ampleur réelle, c'est lorsque le ministre de l'Intérieur a
fait afficher sur l'écran géant du Sénat les mesures policières déjà en
cours.
D'abord, il y a ce qu'ils nomment le criblage. Celui-ci concerne tous
les individus qui pourront accéder de près ou de loin aux zones des Jeux
Olympiques (agents de sécurité, porteurs de flamme, riverains proches,
volontaires de l'organisation, employés dans la restauration ou la
logistique, touristes louant sur Airbnb, conducteurs de taxis et bus):
un million d'enquêtes doivent être réalisées à cette fin, dont 89 000
auraient déjà été effectuées par le Service national des enquêtes
administratives de sécurité (SNEAS), conduisant à écarter 280 personnes,
dont 6 fichés S et 25 sous OQTF. Concrètement, le nom de chaque personne
est entré dans le système Accred (automatisation de la consultation
centralisée de renseignements et de données), qui interroge onze
fichiers au total, dont le fameux fichier TAJ (traitement des
antécédents judiciaires), avant qu'un petit fonctionnaire émette ou pas
un avis d'incompatibilité.
Ensuite, il y a la centralisation de tout «signalement» reçu au sein
d'une cellule ad hoc, regroupant les différents services de
l'anti-terrorisme (de la DGSI aux renseignements territoriaux et ceux de
la gendarmerie ou le SAT de la police judiciaire parisienne). Mais
surtout, il y a les mesures dites préventives, nommées dans la novlangue
bureaucratique «dispositif spécifique d'anticipation, de suivi et
d'entrave».Soit concrètement des perquisitions administratives et des
assignations à résidence programmées en amont et pendant les Jeux
olympiques.
Ces mesures préfectorales sont directement issues des dernières lois
antiterroristes ayant fait entrer dans le droit commun de nouvelles
possibilités administratives, jusqu'alors réservées à la seule
déclaration de l'état d'urgence. Alors que ce dernier avait été déclaré
en novembre 2015 suite aux attentats du Bataclan et aux terrasses des
cafés, puis prolongé six fois de suite jusqu'à l'automne 2017, en
permettant assignations à résidence, fermeture de lieux, interdiction de
manifester et perquisitions administratives de jour comme de nuit, c'est
la loi SILT du 30 octobre 2017 qui a permis d'intégrer ces dispositions
dans la loi ordinaire. Oh! bien sur, dans son immense sagesse, le
pouvoir avait prévu que l'élargissement de ses prérogatives
extra-judiciaires ne seraient que provisoires, avec une limite fixée à
trois ans par cette loi «renforçant la sécurité intérieure et la lutte
contre le terrorisme» (SILT), soit au 31 décembre 2020. Sauf que chacun
connaît bien l'habituelle carotte des pouvoirs dits exceptionnels qui
deviennent vite des plus banals, et c'est ainsi que non seulement la
SILT fut prolongée de sept mois supplémentaires, mais qu'elle fut aussi
définitivement pérennisée par une nouvelle loi datée du 30 juillet 2021,
dite «relative à la prévention d'actes de terrorisme et au
renseignement» - voir à ce sujet, de nombreuses rubriques «Big Brother».
C'est donc dans ce cadre législatif antiterroriste somme toute récent
que les mesures de police conférées aux autorités administratives (soit
le préfet) vont être déployées à l'occasion des JO. Si on en croit le
visuel du ministère de l'Intérieur projeté le 5 mars au Sénat, sont
programmées d'une part des «visites domiciliaires», et d'autre part des
MICAS («mesures individuelles de contrôle administratif et de
surveillance»). Ces mesures administratives sont passées de la loi
d'urgence à la loi ordinaire, au sein du Code de la sécurité intérieure.
Les visites domiciliaires
Elles sont administratives avec saisie de tout objet ou donnée -soit
l'équivalent des perquisitions menées dans un cadre judiciaire-, peuvent
être effectuées en tout lieu (privé, public ou dans un autre dont
l'existence est découverte lors de la «visite») sur ordonnance d'un juge
des libertés et de la détention (JLD) et après avis du procureur de la
République antiterroriste, le tout sur simple demande du Préfet. Ses
horaires légaux sont 6h-21h, mais peuvent aussi s'étendre à la nuit
lorsque les flics mettent en avant «l'urgence ou les nécessités de
l'opération». Ces perquisitions administratives se basent sur les
fameuses notes blanches des services de renseignement, chargées de
décrire comportements et convictions, selon une acceptation très large.
Les MICAS - mesures individuelles de contrôle administratif et de
surveillance
Elles sont basées sur les mêmes éléments et justifications que les
«visites domiciliaires» -soit un comportement et des liens avec d'autres
personnes à base de notes blanches suspicieuses - et comportent pour
leur part de nombreuses mesures, dont plusieurs sont cumulables. Elles
émanent directement du ministre de l'Intérieur, après en avoir informé
le procureur de la République antiterroriste et le procureur
territorialement compétent, et leur violation monte jusqu'à 3 ans de
prison. Voici leur liste non-exhaustive: assignation à résidence dans un
périmètre donné (commune ou département), pointage au comico qui va de
plusieurs fois par semaine à une fois par jour, déclaration et
justification de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de
ce dernier, placement sous surveillance électronique mobile (soit sous
bracelet électronique) avec un périmètre géographique départemental ou
national, interdiction de paraître dans un lieu déterminé (c'est arrivé
pour la braderie de Lille ou un sommet international), obligation de
signaler tout déplacement en dehors de la commune de son domicile,
interdiction d'entrer en relation directe ou indirecte avec certaines
personnes (jusqu'à plus de dix). Tout cela pour une durée déterminée qui
peut aller jusqu'à un maximum de 3 mois, renouvelables jusqu'à un an au
total.
Pour conclure
On notera que le ministère de l'Intérieur a également fourni des détails
supplémentaires depuis ses annonces du 5 mars devant la commission des
lois du Sénat. C'est d'abord dans le JDD du dimanche 10 mars, que G.
Darmanin a tenu à livrer quelques chiffres lors d'une interview: 20 000
personnes seraient ainsi actuellement suivies par les renseignements, «5
000 peuvent passer à l'acte d'une manière ou d'une autre», dont «à peu
près 800, qui sont la première cible à l'approche des Jeux» et font
l'objet d'un suivi physique quotidien.
Ensuite, c'est au cours d'une visite au camp militaire de Beynes
(Yvelines) le lundi 18 mars, où est testée la «bulle de sécurité» prévue
pour protéger la flamme olympique sur son parcours mais aussi
l'efficacité du fusil Skywall pour chasser les drones, que le ministre
de l'Intérieur est une nouvelle fois revenu sur les fameux risques liés
au JO. Selon la presse (Huffington Post, 18/3), parmi les quatre menaces
ciblées par ses sbires, il a par exemple mis en garde contre une «menace
contestataire qui ne vise pas à tuer des personnes ou à les blesser,
mais à faire des revendications. Et là c'est l'écologie radicale, parmi
d'autres mouvements contestataires, qui évidemment est la première
menace. Ils ont déjà fait un certain nombre de communiqués ou de
messages sur les réseaux sociaux pour dire qu'ils vont essayer
d'éteindre la flamme. On voit même sur Internet des tutoriels pour voir
comment on l'éteint.»
Source: Sansnom.noblogs.org
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Le «permis de tuer» de la police nationale enfin publié!
C'est un document essentiel, au coeur de toutes les batailles
judiciaires et politiques sur les tirs policiers mortels. Il existe
depuis 2021, il n'avait jamais été publié - et il aura fallu plus de
trois mois de bras de fer juridique avec le ministère de l'Intérieur
pour que le site flagrant-déni.fr (site du club de médiapart)
l'obtienne. L'instruction du 26 mai 2021 (toujours en vigueur) de la
police nationale «relative à l'arme individuelle ou de service» est
enfin un document public - du moins en partie, puisque le texte fourni
par le ministère de l'Intérieur est partiellement censuré. Ce texte est
en fait une simple directive adressée à tous les chefs de service de
police et répercutée à l'ensemble des policiers du territoire, qui fait
office de manuel interne sur les conditions d'usage de l'arme. Son
interprétation fait depuis l'objet d'une grande confusion aux effets
dramatiques, puisqu'elle a conduit à une forte hausse du nombre de tués
par la police.
Darmanin refuse de tenir compte des évolutions du droit. En effet depuis
2018, la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) impose qu'un tir
par arme à feu ait lieu seulement en riposte à un danger «immédiat» - et
précise la manière dont ce danger «immédiat» doit s'interpréter. Par
exemple, pour la CEDH, si une voiture est en train de prendre la fuite à
l'opposé des policiers, sans les mettre en danger, le tir du policier
est illégal. Ce principe a d'ailleurs été repris par la Cour de
cassation en 2021. Or l'instruction de la police se borne à rappeler les
principes «d'absolue nécessité et de proportionnalité» en une phrase,
sans aucune précision complémentaire. Elle ne dit strictement rien sur
le danger «immédiat» ou sur l'interdiction de tirer sur une voiture en
fuite en l'absence de danger. Elle recopie ensuite les différents textes
de loi qui encadrent l'usage des armes. Les imprécisions de cette
instruction interne de la police la rendent dangereuse!
Source: flagrant-deni.fr
BREST: La mairie installe des caméras équipées d'un logiciel israélien,
mais elles seront repeintes en quelques jours
Brest était l'une des dernières grandes villes françaises sans caméras
de surveillance. À la demande du préfet, la mairie PS a décidé de copier
les autres métropoles, en installant à son tour ces dispositifs
liberticides. Le maire de la ville bretonne a même mis les grands
moyens, puisque son bataillon de 15 caméras est équipé d'un «logiciel de
pointe» israélien, pour un cout total de 900 000 euros. Il s'agit de
caméras sphériques qui captent les images à 360°.
Ce système est édité par la société israélienne Briefcam, propriété du
groupe Canon.
Il permet de visionner des heures d'images en quelques minutes, de
compter le nombre de personnes, de véhicules ou d'animaux présents sur
une vidéo. Il est aussi doté d'un système de reconnaissance faciale,
dont l'usage était illégal encore récemment. Briefcam dispose de
«filtres», que les agents peuvent utiliser pour identifier des
véhicules, des «personnes d'apparence similaire», et pour repérer en
quelques secondes les vêtements, le genre ou le «comportement» des
personnes filmées. Les autorités ont implanté une de ces caméras au
coeur d'un quartier militant de la ville, celui de la Place Guérin. Avec
cette caméra, la mairie et la préfecture tentent de soumettre un
quartier qui dérange: en juillet dernier, la police était massivement
intervenue sur cette place pour expulser un lieu nommé L'Avenir. Il
s'agissait d'«un espace commun et non marchand, qui se construit par les
habitant·e·s, pour les habitant·e·s», né des luttes d'associations et
d'individus qui ont investi et rénové cet espace situé en plein
centre-ville de Brest depuis 2010. Menacé par des projets immobiliers,
l'Avenir résistait depuis des années aux autorités pour faire vivre un
endroit de solidarités et de rencontres. Des constructions ont été
réalisées en autogestion, en 2018 et 2019, l'endroit faisait le lien
entre des mouvements et des personnes d'horizons divers. Mais pour le
régime en place, tous les lieux qui échappent aux griffes du profit et
du pouvoir sont voués à la disparition. Enfin, ces caméras sont
présentées comme étant impossibles à vandaliser. Elles sont installées
en haut de mats métalliques à 6 mètres du sol et équipées d'un
dispositif censé les protéger. Mais «impossible» n'est pas breton! «La
camera qui trônait depuis le 11 mars sur la place Guérin a été
recouverte de peinture dans la nuit du 23 mars» explique Ouest-France.
Deux des six caméras scrutant la Place ont été rendues inopérantes. «Des
agents de police sont venus constater les dégâts et faire des photos.
Reste à savoir comment les auteurs s'y sont pris pour atteindre la
caméra, perchée à six mètres de hauteur...» s'interroge le journal. Tout
espoir n'est pas perdu.
Sources: l'herminerouge.fr et contre-attaque.net
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4176
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