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(fr) Monde Libertaire - Pages d’histoire n°60: Le terrorisme fasciste
Date
Tue, 21 May 2024 17:44:11 +0100
L’enquête proposée par deux historiennes américaines revient sur un
épisode non élucidé des exactions fascistes pendant la Seconde Guerre
mondiale : l’assassinat de Marx Dormoy. ---- Marx Dormoy est né en 1888.
Fils d’un cordonnier, socialiste devenu maire de Montluçon, ses parents
prénomment Marx en raison leurs convictions politiques. Le père meurt
alors que le garçon a 11 ans. Quelques années après, il adhère à la SFIO
et s’inscrit dans les pas de Léon Blum, dont il devient l’ami. Lors du
congrès de Tours, il refuse les 21 conditions de l’Internationale
communiste y voyant une caporalisation du mouvement socialiste. Il suit
alors une carrière d’édile dans l’Allier. À partir de 1934, il se montre
favorable à l’entente entre socialistes et communistes. Sous le Front
populaire, il devient ministre de l’Intérieur après le suicide de Roger
Salengro, acculé à la mort par une campagne de l’extrême droite. À ce
poste, il laisse une impression ambiguë, favorable à l’accueil des
réfugiés politiques, il se montre circonspect face aux migrants. Par
ailleurs, conscient de la progression de l’extrême droite dans la
société française en 1937, il livre une bataille de tout instant contre
le Parti populaire français de Jacques Doriot, l’Action française et
surtout la Cagoule. Il perçoit les liens de cette organisation
regroupant le gratin de l’extrême droite prêt à tout faire pour
instaurer une société fasciste en France, dont les liens avec le grand
patronat, d’une part, et avec les réseaux fascistes mussoliniens,
d’autre part apparaissent rapidement. La Cagoule est directement
responsable de l’assassinat des antifascistes italiens, les frères
Rosselli. Elle a également réalisé un attentat place de l’Etoile pour
tenter de provoquer une crise majeure et enfin tente un coup d’État en
novembre 1937. Dormoy réussit à faire pièce à cette tentative. Les
factieux ne le lui pardonnent pas. En 1940, il fait partie des 80
députés qui refusent de voter les pleins pouvoirs à Pétain. Il commence
à nouer des contacts avec la Résistance et organise son propre réseau.
Placé en résidence surveillée par l’État français, il est assassiné dans
la nuit du 25 au 26 juillet 1941. Les deux historiens ont eu accès
l’enquête de police du commissaire Charles Chenevier qui, pendant deux
ans, a tenté d’élucider le crime. Informé des intentions de quelques
comploteurs, il n’a pu empêché l’attentat. Pendant deux ans, il tente
d’élucider le crime. L’organisation secrète d’action révolutionnaire
nationale recrute une bande de tueurs dans les milieux fascistes et
parfois mafieux protégé par le futur chef de la milice Joseph Darnand et
organisé par le grand patron de l’organisation Eugène Deloncle. Mais, il
se heurte à de multiples entraves. Les cagoulards sont, comme on peut
s’en douter, très présents dans les milieux de la police et de la
justice. Les services secrets nazis protégeant aussi le forfait.
Si les principaux responsables de la Cagoule ont été jugés en 1946, ils
ont tous réussi à éluder leur responsabilité autour de l’assassinat de
Dormoy, laissant le crime entouré d’un pseudo halo de mystère, alors
que, comme le montrent les autrices, les meurtriers et leurs
commanditaires sont connus.
Une enquête historique passionnante.
* L’Assassinat de Marx Dormoy
Enquête sur la Cagoule
Gayle K. Brunelle et Annette Finley-Croswhite
Nouveau Monde éditions 2024 350 p. 22,90 €
https://monde-libertaire.fr/?articlen=7865
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