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(fr) UCL Bruxelles - La question de l'organisation au sein de l'anarchisme
Date
Wed, 8 May 2024 20:01:13 +0100
Par Felipe Corrêa ---- Cet article a été initialement publié en 2010 par
la revue brésilienne Espaço Livre. Il a ensuite été republié par
l'Institut pour la théorie et l'histoire anarchiste. ---- Il a été
traduit par Enrique Guerrero-López (membre de Black Rose/Rosa Negra). Il
est à nouveau republié ici dans son intégralité en français. ----
Introduction ---- Ce texte vise à discuter, dans une perspective
théorico-historique, certaines questions d'organisation liées à
l'anarchisme. Il répond à l'affirmation, constamment répétée, selon
laquelle l'idéologie ou la doctrine anarchiste est essentiellement
spontanée et contraire à l'organisation. Revenant sur le débat entre
anarchistes à propos de l'organisation, cet article soutient qu'il
existe trois positions fondamentales en la matière: celleux qui sont
contre l'organisation et/ou défendent les formations informelles en
petits groupes (anti-organisationnisme); les partisan.e.s de
l'organisation uniquement au niveau de la masse (syndicalisme et
organisation communautaire), et celleux qui soulignent la nécessité
d'une organisation à deux niveaux, le politique-idéologique et la masse
(dualisme organisationnel).
Ce texte approfondit les positions du troisième courant, en apportant
des éléments théoriques de Mikhaïl Bakounine et en présentant ensuite un
cas historique dans lequel les anarchistes ont tenu, en théorie et en
pratique, cette position: l'activité de la Fédération des
anarcho-communistes de Bulgarie (FAKB) entre les années 1920 et 1940.
Anarchisme: Spontanéité et anti-organisationnisme?
Kolpinsky, dans son épilogue à la compilation des textes de Karl Marx,
Friedrich Engels et Vladimir I. Lénine sur l'anarchisme - un travail
financé par Moscou dans le contexte soviétique pour promouvoir les idées
du marxisme-léninisme - affirme que l'anarchisme est une doctrine
«petite-bourgeoise», «étrangère au prolétariat», basée sur
«l'aventurisme», sur des «concepts volontaristes» et des «rêves
utopiques sur la liberté absolue de l'individu»1. En outre, il souligne
«Les rêves utopiques de création d'une société sans État et sans classes
exploiteuses, par une rébellion spontanée des masses et l'abolition
immédiate du pouvoir de l'État et de toutes ses institutions, plutôt que
par la lutte politique de la classe ouvrière, la révolution socialiste
et l'instauration de la dictature du prolétariat, sont typiques de tous
les courants anarchistes.»2
Des affirmations de ce type ont été faites tout au long de l'histoire de
l'anarchisme, par ses adversaires et ses ennemis, et elles sont encore
faites, bien que diverses études théoriques et/ou historiques récentes
aient montré que de telles affirmations ne sont pas étayées par les faits.
Le spontanéisme3 et la position anti-organisation ne sont pas des
principes politico-idéologiques de l'anarchisme et, par conséquent, ne
sont pas communs à tous ses courants. La question de l'organisation
constitue l'un des débats les plus pertinents parmi les anarchistes et
est à la base de la configuration des courants de l'anarchisme eux-mêmes.
Une large analyse de l'anarchisme en termes historiques et géographiques
nous permet d'affirmer qu'il existe une tendance minoritaire opposé à
l'organisation et une tendance majoritaire qui la préconise. Les
anarchistes ont des conceptions différentes de l'organisation de masse,
y compris l'organisation communautaire et syndicale, et des positions
différentes sur l'organisation anarchiste spécifique4.
Trois positions anarchiste sur l'organisation
1. L'anti-organisationnisme, qui se situe, en général, contre
l'organisation, au niveau social, ou de masse, et au niveau
politico-idéologique spécifiquement anarchiste, et défend le
spontanéisme ou, tout au plus, l'organisation en réseaux informels et/ou
en petits groupes de militant.e.s.
2. Le syndicalisme et l'organisation communautaire, qui considèrent que
l'organisation des anarchistes ne doit être créée qu'au niveau social,
ou de masse, et que les organisations politiques anarchistes seraient
redondantes, voire dangereuses dans certains cas, puisque les mouvements
populaires, dotés du pouvoir révolutionnaire, peuvent réaliser toutes
les propositions anarchistes.
3. Le dualisme organisationnel, qui soutient qu'il est nécessaire de
s'organiser, en même temps, dans des mouvements de masse et dans des
organisations politiques, en vue de promouvoir les positions anarchistes
de manière plus cohérente et plus efficace au sein de larges mouvements.
L'anti-organisationnisme repose sur des propositions comme celles de
Luigi Galleani, un militant anarchiste italien qui estimait qu'une
organisation politique - ou, comme l'appelait son compatriote Errico
Malatesta, un «parti anarchiste» - conduisait nécessairement à une
hiérarchie de type gouvernemental qui violait la liberté individuelle:
«Le parti, n'importe quel parti, a son programme, qui est sa propre
constitution; il a son assemblée de sections ou de groupes de
délégué.e.s, son parlement; il a son propre gouvernement dans son organe
directeur ou dans les cadres de ses sections. Il s'agit donc d'une
superposition progressive d'organes au moyen desquels une hiérarchie
réelle et véritable est imposée entre les différents niveaux et les
groupes qui y sont liés: à la discipline, aux infractions, aux
contradictions qui sont traitées avec les punitions correspondantes, qui
peuvent être aussi bien la censure que l'expulsion.»5
Luigi Galleani (1861-1931)
Galleani soutient que les anarchistes devraient s'associer dans des
réseaux peu organisés, presque informels, car il pense que
l'organisation, en particulier programmatique, conduit à la domination,
tant dans le cas des groupes anarchistes que dans les mouvements
populaires en général. Pour Galleani, «le mouvement anarchiste et le
mouvement ouvrier parcourent des chemins parallèles et le principe
géométrique des lignes parallèles est tel qu'elles ne peuvent jamais se
rencontrer ou coïncider». L'anarchisme et le mouvement populaire
constituent, pour lui, des domaines différents; les organisations
ouvrières sont victimes d'un «conservatisme aveugle et partiel»
responsable de «l'établissement d'un obstacle, souvent d'un danger» pour
les objectifs anarchistes. Les anarchistes, soutient-il, doivent agir
par l'éducation, la propagande et l'action directe violente, sans
s'impliquer dans des mouvements de masse organisés.6
Le syndicalisme et l'organisation communautaire sont liés à l'idée que
le mouvement populaire porte en lui toutes les conditions pour inclure
des positions libertaires et révolutionnaires, de sorte qu'il remplirait
toutes les fonctions nécessaires à un processus de transformation; en ce
sens, les organisations politiques anarchistes sont inutiles ou
secondaires. Si les défenseur.euses d'une organisation exclusivement
communautaire sont rares (comme les propositions du nord-américain
Murray Bookchin), il n'en est pas de même pour le syndicalisme
révolutionnaire et l'anarcho-syndicalisme.7
Cette position est défendue par de nombreux.ses syndicalistes
révolutionnaires, comme ce fut le cas du Français Pierre Monatte qui,
lors du congrès anarchiste d'Amsterdam en 1907, affirma que le
syndicalisme révolutionnaire «se suffit à lui-même». Monatte estimait
que le mouvement populaire initié par la Confédération générale du
travail (CGT) en France en 1895 avait permis un rapprochement entre les
anarchistes et les masses, et recommandait donc «que toustes les
anarchistes rejoignent le syndicalisme»8. Au-delà de la pertinence de
cette réflexion dans le contexte historique après la rupture entre
l'anarchisme et les mouvements de masse qui s'était opérée en France
après la Commune de Paris, cette position de Monatte était prédominante
dans l'anarchisme du XXe siècle partout dans le monde, sinon en théorie,
du moins en pratique.
Errico malatesta (1853-1932)
Dans ce même congrès, qui peut être considéré comme le premier moment
historique de large débat sur les questions d'organisation au sein de
l'anarchisme, d'autres anarchistes prirent position. Malatesta était
d'accord avec la participation des anarchistes aux mouvements
populaires, mais il ajoute: «Dans les syndicats, nous devons rester
anarchistes, avec toute la force et l'ampleur qu'implique cette
définition»9. Autrement dit, l'anarchisme ne pouvait pas se dissoudre
dans le mouvement syndical, il ne pouvait pas être avalé par lui et
cesser d'exister en tant qu'idéologie ou doctrine avec ses propres
positions et sa propre organisation. Une position similaire, mais avec
une base plus clairement de classe, était défendue par Amédée Dunois,
qui défendait, en plus du travail syndical, la nécessité d'une
organisation anarchiste:
«Les anarchistes syndicalistes[...]sont livré.e.s à elleux-mêmes et, en
dehors du syndicat, iels n'ont aucun contact réel entre elleux ou avec
leurs autres collègues. Iels n'ont pas de soutien et ne reçoivent pas
d'aide. Nous avons donc l'intention de créer ce contact, d'apporter ce
soutien constant; et je suis personnellement convaincu que l'union de
nos activités ne peut qu'être bénéfique, à la fois en termes d'énergie
et d'intelligence. Et plus nous serons fort.e.s - et nous ne le serons
qu'en nous organisant - plus fort sera le courant d'idées que nous
pourrons entretenir dans le mouvement ouvrier qui, peu à peu,
s'imprégnera de l'esprit anarchiste.[...]Il suffirait à l'organisation
anarchiste de grouper, autour d'un programme d'action pratique et
concret, toustes les camarades qui acceptent nos principes et qui
veulent travailler avec nous, selon nos méthodes.»10
Les positions de Malatesta et de Dunois se réfèrent au dualisme
organisationnel, qui repose sur l'idée que les anarchistes doivent
s'organiser, en parallèle, à deux niveaux: l'un social, de masse, et
l'autre politico-idéologique, anarchiste. Malatesta définit le «parti
anarchiste» comme «l'ensemble de celleux qui veulent contribuer à faire
de l'anarchie une réalité et qui doivent donc se fixer un objectif à
atteindre et un chemin à suivre». «Rester isolé.e, chacun.e agissant ou
cherchant à agir seul.e, sans s'entendre avec d'autres, sans se
préparer, sans rassembler la faible force des solitaires», c'est pour
les anarchistes «se condamner à l'impuissance, dilapider ses propres
énergies dans des actes insignifiants et inefficaces et, très vite,
perdre la foi en son but et tomber dans l'inaction la plus totale». Le
moyen de surmonter l'isolement et le manque de coordination est de
s'investir dans la formation d'une organisation politique anarchiste:
«S'iel ne veut pas rester inactif et impuissant,[l'anarchiste
militant.e]devra trouver d'autres individus partageant les mêmes idées
et devenir l'initiateur.ice d'une nouvelle organisation»11.
Cependant, pour lui, l'organisation anarchiste spécifique ne suffit pas:
«Favoriser les organisations populaires de toutes sortes est la
conséquence logique de nos idées fondamentales et devrait faire partie
intégrante de notre programme»12. En ce sens, il souligne la nécessité
d'un intense travail de construction de la base au sein des
organisations populaires de masse:
«Il est donc nécessaire, en temps normal, d'effectuer le long et patient
travail de préparation et d'organisation populaire et de ne pas tomber
dans l'illusion d'une révolution à court terme, réalisable par
l'initiative de quelques-un.es, sans une participation suffisante des
masses. Compte tenu du fait que cette préparation peut se faire dans un
environnement défavorable, il y a, entre autres, la propagande,
l'agitation et l'organisation des masses, qui ne doivent jamais être
négligées.13«
Les anarchistes organisationnel.les (syndicalistes, communautaires et
dualistes organisationnels) ont contribué, théoriquement et
pratiquement, au débat sur les questions organisationnelles au sein de
l'anarchisme. Le dualisme organisationnel a apporté des contributions
théoriques et pratiques discutées ci-dessous, à travers les écrits de
Mikhaïl Bakounine et l'expérience de la Fédération des
anarcho-communistes de Bulgarie14.
Anarchisme et dualisme organisationnel: Les écrits de Mikhaïl Bakounine
Le dualisme organisationnel se trouve dans les racines mêmes de
l'anarchisme et est formulé dans l'oeuvre de Bakounine, qui se réfère
fréquemment aux pratiques de l'Alliance au sein de l'Association
internationale des travailleur.euses (AIT)15.
Mikhaïl Bakounine (1814-1876)
Pour Bakounine, l'Alliance avait un double objectif: d'une part,
renforcer et stimuler la croissance de l'AIT et, d'autre part, unir
celleux qui ont des affinités politico-idéologiques avec l'anarchisme
autour de certains principes, d'un programme et d'une stratégie
commune16. Bref, créer et renforcer une organisation politique et un
mouvement de masse:
«Iels[les militant.es de l'Alliance]formeront l'âme inspiratrice et
vivifiante de cet immense corps que nous appelons l'Association
Internationale des Travailleur.euses[...]; iels traiteront alors des
questions qu'il est impossible de discuter publiquement; iels formeront
le pont nécessaire entre la propagande des théories socialistes et la
pratique révolutionnaire.17«
Bakounine affirme que l'Alliance n'a pas besoin d'un très grand nombre
de militant.e.s: «le nombre de ces individus ne doit donc pas être
énorme»; elle constitue une organisation politique, publique et secrète,
d'une minorité active, à responsabilité collective entre les membres,
qui réunit «les membres les plus sur.e.s, les plus dévoué.e.s, les plus
intelligent.e.s et les plus énergiques, en un mot, les plus proches»,
rassemblé.e.s dans plusieurs pays, dans des conditions permettant
d'influencer les masses de façon décisive18.
Cette organisation repose sur un règlement intérieur et un programme,
qui établissent respectivement ses fonctions organiques, ses bases
politiques, idéologiques, programmatiques et stratégiques, forgeant un
axe commun pour l'action anarchiste. Selon Bakounine, ne peuvent devenir
membres de l'organisation que «celleux qui ont franchement accepté tout
le programme avec toutes ses conséquences théoriques et pratiques et
qui, avec l'intelligence, l'énergie, l'honnêteté et la discrétion, ont
encore la passion révolutionnaire».
En interne, il n'y a pas de hiérarchie entre les membres, les décisions
sont prises du bas vers le haut, généralement à la majorité (variant du
consensus à la majorité simple, selon la pertinence de la question), et
toustes les membres se conforment aux décisions prises collectivement.
Il s'agit donc d'appliquer le fédéralisme - compris comme une forme
d'organisation sociale qui doit décentraliser le pouvoir et créer «une
organisation révolutionnaire de bas en haut et de la marge au centre» -
aux organes internes de l'organisation anarchiste19.
Encourager la croissance et le renforcement de l'AIT dans différents
pays et l'influencer dans son programme constitue également, comme nous
l'avons noté, l'un des objectifs de l'Alliance. Ce vaste mouvement de
masse international et internationaliste, selon Bakounine, «doit être le
protagoniste de la révolution sociale, car aucune révolution ne peut
réussir si elle n'est pas menée exclusivement par la force du peuple»20.
Un tel processus révolutionnaire détruit les bases du système
capitaliste et étatique et instaure un socialisme libertaire, il ne peut
se limiter à des changements essentiellement politiques et doit
atteindre les fondements sociaux les plus profonds, y compris l'économie21.
«L'Association Internationale des Travailleur.euses, fidèle à son
principe, ne soutiendra jamais une agitation politique qui n'aurait pas
pour objectif immédiat et direct l'émancipation économique complète du
travailleur, c'est-à-dire l'abolition de la bourgeoisie en tant que
classe économiquement séparée de la masse de la population, ni aucune
révolution qui, dès le premier jour, dès la première heure, n'inclurait
pas la liquidation sociale sur sa bannière.[...]Elle donnera à
l'agitation ouvrière de tous les pays un caractère essentiellement
économique, en se donnant comme objectifs la réduction de la journée de
travail et l'augmentation des salaires; comme moyens, l'association des
masses ouvrières et la formation de caisses de résistance.[Bref, elle
s'étendra en s'organisant solidement, en franchissant les frontières de
tous les pays, afin que, lorsque la révolution, conduite par la force
des choses, aura surgi, il y ait une force réelle, sachant ce qu'elle
doit faire et, pour cette raison même, capable de s'en emparer et de lui
donner une direction vraiment constructive pour le peuple; une
organisation internationale sérieuse des associations ouvrières de tous
les pays, capable de remplacer ce monde politique des Etats et de la
bourgeoisie.»22
Le mouvement de masse mobilise les travailleur.euses à travers leurs
besoins économiques et organise les luttes syndicales à court terme à
travers leurs propres mécanismes d'organisation et les institutions
créées par les travailleur.euses sur leur lieu de travail et de
résidence; l'accumulation permanente de la force sociale des
travailleur.euses et la radicalisation des luttes permettent d'avancer
vers la révolution sociale.
La création d'une association populaire basée sur les besoins
économiques implique «d'éliminer d'abord du programme de cette
association toutes les questions politiques et religieuses», car le plus
pertinent est de «rechercher une base commune, une série de principes
simples sur lesquels tous les travailleurs, quelles que soient leurs
orientations politiques ou religieuses,[...]sont et doivent être
d'accord»23. Alors que la question économique unit les travailleurs, les
questions politico-idéologiques et religieuses les séparent; celles-ci,
bien qu'elles ne constituent pas des principes de l'AIT, doivent être
débattues tout au long du processus de lutte24.
Il s'agit d'encourager l'unité de classe parmi les travailleur.euses,
par l'association autour d'intérêts communs d'un groupe de sujets
opprimés - travailleur.euses de la campagne et de la ville, paysan.nes
et marginaux en général - pour la lutte de classe directe contre les
classes dominantes, puisque «l'antagonisme qui existe entre le monde de
la classe ouvrière et le monde bourgeois» ne permet «aucune
réconciliation». Dans la lutte de classe, les travailleur.euses
connaissent «leurs véritables ennemis, qui sont les classes
privilégiées, y compris le clergé, la bourgeoisie, la noblesse et
l'État», iels comprennent les raisons qui les unissent aux autres
groupes opprimés, iels acquièrent une conscience de classe, perçoivent
des intérêts communs et s'informent sur les questions
politico-philosophiques; tout cela constitue un véritable processus
pédagogique25.
Le mouvement de masse doit construire les bases organisationnelles et
institutionnelles de la société future et maintenir la cohérence avec
ses objectifs révolutionnaires et socialistes. Bakounine souligne
l'indispensable cohérence entre les moyens et les fins et insiste sur le
fait «qu'une société libre et égalitaire n'émanera pas d'une
organisation autoritaire; c'est pourquoi l'Internationale, embryon de la
future société humaine, doit être, dès maintenant, l'image fidèle de nos
principes de liberté et de fédération, et rejeter en son sein tous les
principes tendant à l'autorité, à la dictature». L'AIT doit donc être
organisée de manière libertaire et fédéraliste. Il faut «rapprocher
cette organisation le plus possible de notre idéal», en encourageant la
création d'un édifice organisationnel et institutionnel qui puisse
remplacer le capitalisme et l'Etat: «La société future ne devrait pas
être autre chose que l'universalisation de l'organisation que
l'Internationale a créée.»26
L'Alliance n'exerce pas une relation de domination et/ou de hiérarchie
sur l'AIT, mais la complète, et vice versa. Ensemble, ces deux
organismes se complètent et renforcent le projet révolutionnaire des
travailleur.euses, sans que l'un ou l'autre des partis ne se soumette27.
«L'Alliance est le complément nécessaire de l'Internationale... Mais
l'Internationale et l'Alliance, qui tendent vers le même but,
poursuivent en même temps des objectifs différents. L'une a pour mission
de rassembler les masses laborieuses, les millions de travailleur.euses,
de professions et de pays différents, par-delà les frontières de tous
les Etats, en un seul corps immense et compact; l'autre, l'Alliance, a
pour mission de donner aux masses une direction véritablement
révolutionnaire. Les programmes de l'une et de l'autre, sans être
aucunement opposés, sont différents par le degré même de leur
développement respectif. Celui de l'Internationale, s'il est pris au
sérieux, contient en germe, mais seulement en germe, tout le programme
de l'Alliance. Le programme de l'Alliance est l'expression ultime
du[programme]de l'Internationale28«.
L'union de ces deux organisations - l'une politique, composée de
minorités (cadres), et l'autre sociale, composée de majorités (masses) -
et leur organisation horizontale et permanente renforcent la force des
travailleur.euses et augmentent les possibilités du processus de
transformation anarchiste. Au sein du mouvement de masse, l'organisation
politique rend les anarchistes plus efficaces dans les conflits de
positions et pour réorienter les forces qui seraient dirigées dans des
directions opposée pouvant tendre à élever au rang de principe n'importe
laquelle des différentes positions politico-idéologiques et/ou
religieuses; cela pourrait minimiser le caractère de classe du
mouvement; renforcer les positions réformistes (qui considèrent la
réforme comme une fin) et encourager la perte de combativité; établir
des hiérarchies internes et/ou des relations de domination; orienter les
forces des travailleur.euses vers des élections et/ou vers des
stratégies de changement qui impliquent la prise de contrôle de l'État;
soumettre le mouvement à des partis, des États ou d'autres organisations
qui éliminent, dans ce processus, le rôle de protagoniste des classes
opprimées et de leurs institutions29.
Anarchisme et dualisme organisationnel: L'expérience de la Fédération
des Anarcho-Communistes en Bulgarie
Nous présentons ci-dessous les lignes générales du dualisme
organisationnel anarchiste développé par l'expérience de la Fédération
des anarcho-communistes de Bulgarie (FAKB) entre les années vingt et
quarante du vingtième siècle.
En Europe de l'Est, les anarchistes ont joué un rôle décisif en 1903,
lors de la révolte macédonienne, où iels ont participé à deux événements
de nature libertaire: d'abord la révolte d'Ilinden et la proclamation de
la Commune de Krouchevo, puis l'insurrection de Preobrojenié et la
proclamation de la Commune de Strandzha. Cette commune a pris possession
du territoire, a mené des expériences d'autogestion pendant un mois et a
été la première tentative locale de construire une nouvelle société
basée sur les principes du communisme libertaire. Après l'écrasement de
la révolte et de la commune, iels fondent des journaux importants en
Bulgarie tels que Free Society, Acracia, Probuda ou Rabotnicheska Misl;
divers groupes anarchistes apparaissent également et, en 1914, un groupe
de Ruse jette les bases d'un mouvement anarcho-syndicaliste. Après des
difficultés causées par la Première Guerre mondiale, l'anarchisme
bulgare a refait surface avec la fondation de la Fédération des
anarcho-communistes de Bulgarie (FAKB), en 1919, lors d'un congrès
auquel 150 délégué.e.s ont participé.
«En cette chaude année 1919, au plus fort de la révolte mondiale des
travailleurs contre le capitalisme, les anarcho-syndicalistes bulgares
(dont les premiers groupes avaient été créés en 1910) et le noyau de
l'ancienne Fédération anarchiste macédo-bulgare (dont une partie avait
été fondée en 1909) ont appelé le mouvement à se réorganiser. La
Fédération des anarcho-communistes de Bulgarie (FAKB) est fondée lors
d'un congrès ouvert par le guérillero anarchiste Mikhaïl Gerdjikov
(1877-1947), fondateur du Comité révolutionnaire clandestin macédonien
(MTRK) en 1898 et commandant de son corps de combat principal lors de la
révolte macédonienne de 1903»30.
En Bulgarie, la FAKB a mené des expériences pertinentes impliquant le
syndicalisme urbain et rural, les coopératives, la guérilla et
l'organisation de la jeunesse: «Le FAKB était composé de sections
syndicalistes, de guérillas, de sections professionnelles et de sections
de jeunes qui se sont diversifiées dans toute la société bulgare». Il a
également contribué à la création et au renforcement d'organisations
telles que la Fédération bulgare des étudiant.e.s anarchistes (BONSF),
une fédération anarchiste d'artistes, d'écrivain.e.s,
d'intellectuel.le.s, de médecins et d'ingénieur.e.s, et la Fédération de
la jeunesse anarchiste (FAM), qui était présente dans les villes, les
villages et toutes les grandes écoles31.
Le cinquième congrès du FAKB, en 1923, comptait 104 délégués et 350
observateurs de 89 organisations, ce qui démontre une large influence
anarchiste, probablement majoritaire parmi les travailleur.euses de
Yambol, Kyustendil, Rodomir, la ville de Nueva Zagora (Khaskjovo),
Kilifaevo et Delebets, en plus de l'influence grandissante à Sofia,
Plovdiv, Ruse et dans d'autres centres. Le développement du FAKB a
attiré de graves persécutions de la part de la droite fasciste qui,
entre 1923 et 1931, a tué plus de 30 000 travailleur.euses. Dans ce
contexte, de nombreux.ses militant.e.s du FAKB ont été assassiné.e.s et
d'autres ont du s'exiler; néanmoins, celleux qui sont resté.e.s «ont
formé des détachements de combat connus sous le nom de «cheti» et se
sont impliqués dans un effort important pour coordonner un soulèvement
avec le Parti communiste bulgare (BKP) en 1923, ils se sont également
engagés dans des combats de guérilla, en 1925, avec le BKP et l'Union
agraire bulgare (BZS)32.
Mikhail Gerdzhikov (1877-1947), guérillero anarchiste dont les actions
ont contribué à la fondation de la Fédération des anarcho-communistes de
Bulgarie (FAKB)
Entre 1926 et 1927, la FAKB adopte les propositions de la Plate-forme
organisationnelle de l'Union générale des anarchistes, un texte publié
en 1926 par le groupe d'exilé.e.s russes qui a publié Dielo Trudá («La
cause des travailleur.euses»)33, qui appelle à la nécessité d'une
organisation anarchiste programmatique et homogène, fondée sur l'unité
idéologique, l'unité tactique (méthode d'action collective), la
responsabilité collective et le fédéralisme. Ce projet a eu un impact
important sur le développement de la FAKB de 1945, la FAKB Plateform,
dont il sera question plus loin.
En 1930, en Bulgarie, l'anarchisme influence la formation de la
Confédération de Vlassovden, un syndicat rural qui s'est organisé autour
de multiples revendications: «la réduction de la fiscalité directe et
indirecte, le démantèlement des cartels agraires, la gratuité des soins
médicaux pour les paysan.ne.s, l'assurance et les retraites pour les
travailleur.euses agricoles, et l'autonomie des communautés». Le
«syndicalisme de Vlassovden» se répand rapidement - un an après sa
création, la Confédération compte déjà 130 branches - et est à l'origine
d'un «formidable essor de l'organisation et de la publication
anarchistes, si bien que le mouvement anarchiste peut être considéré
comme la troisième force de gauche, après le BZS puis le BKP»34
Pendant la révolution espagnole (1936-1939), trente anarchistes bulgares
ont combattu comme volontaires dans les milices anarchistes.
Entre 1941 et 1944, une guérilla anarchiste combat le fascisme et
s'allie au Front patriotique pour organiser l'insurrection de septembre
1944 contre l'occupation nazie. Entre-temps, l'Armée rouge ayant
remplacé les Allemands comme force d'occupation, une alliance s'établit
entre la droite et la gauche - appelée «alliance rouge-orange-brun» -
qui réprime brutalement les anarchistes35. Les travailleur.euses sont
contraint.e.s d'adhérer à un syndicat unique, lié à l'Etat, dans une
politique clairement inspirée de Mussolini, et en 1945, lors d'un
congrès de la FAKB à Sofia, la milice communiste arrête les
quatre-vingt-dix délégué.e.s présent.e.s, ce qui n'empêche pas le
journal de la FAKB, Rabotnicheska Misl, d'atteindre un tirage de
soixante mille exemplaires par numéro cette année-là. À la fin des
années 1940, «des centaines de personnes ont été exécutées et un millier
de membres du FAKB ont été envoyés dans des camps de concentration où la
torture, les mauvais traitements et la famine infligés à des
antifascistes vétérans (mais non communistes)[...]étaient presque
routiniers». Ainsi s'achève l'expérience du FAKB, commencée en 191936.
En faisant le bilan de cette expérience organisationnelle, nous pouvons
conclure:
«Plusieurs types d'organisations de la classe ouvrière sont
indispensables et s'entrecroisent sans subordination: organisations
idéologiques anarchistes-communistes, syndicats de travailleur.euses,
syndicats de travailleur.euses agricoles, coopératives, organisations
culturelles et d'intérêt particulier, par exemple pour les jeunes et les
femmes»37.
La pratique de la FAKB pendant ces plus de deux décennies, ainsi que les
réflexions théoriques qui ont eu lieu pendant cette période, avec
l'influence de la Plate-forme de Dielo Trudá, se sont reflétées, en
1945, dans un document programmatique: la Plate-forme de la Fédération
des Anarcho-Communistes de Bulgarie. Selon ce document, la FAKB
envisageait, sur la base d'un dualisme organisationnel, une organisation
politique anarchiste et un mouvement de masse en ville et à la campagne,
composé de syndicats et de coopératives.
«L'organisation politique anarchiste regroupe des anarchistes autour de
principes politico-idéologiques anarcho-communistes, est organisée au
niveau régional et a les tâches fondamentales suivantes: développer,
réaliser et diffuser les idées anarcho-communistes; étudier toutes les
questions vitales actuelles touchant à la vie quotidienne des masses
laborieuses et aux problèmes de la reconstruction sociale; la lutte
multiforme pour la défense de notre idéal social et de la cause des
travailleur.euses; participer à la création de groupes de
travailleur.euses au niveau de la production, de la profession, de
l'échange et de la consommation, de la culture et de l'éducation, et de
toutes les autres organisations qui peuvent être utiles à la préparation
de la reconstruction sociale; la participation armée à toute
insurrection révolutionnaire; la préparation et l'organisation de ces
événements; l'utilisation de tous les moyens qui peuvent amener la
révolution sociale. «38
Les anarchistes participent également aux mouvements de masse, en
particulier aux syndicats et aux coopératives. Les syndicats doivent
organiser la force des travailleurs.euses par lieu de travail ou
catégorie d'emploi, et doivent être basés sur le fédéralisme, l'action
directe et l'autonomie et l'indépendance de la classe. Leurs tâches
principales sont les suivantes:
«La défense des intérêts immédiats de la classe ouvrière, la lutte pour
l'amélioration des conditions de travail des travailleurs, l'étude des
problèmes de la production, le contrôle de la production et la
préparation idéologique, technique et organisationnelle d'une
reconstruction sociale radicale, dans laquelle ils devront assurer la
poursuite de la production industrielle»39.
Les coopératives agricoles associent la paysannerie sans terre et les
petits propriétaires qui n'exploitent pas le travail d'autrui et
assument les tâches suivantes:
«Défendre les intérêts des paysan.nes sans terre, de celleux qui ont peu
de terres et de celleux qui ont de petites parcelles; organiser des
groupes de production agricole, étudier les problèmes de la production
agricole; préparer la future reconstruction sociale, dans laquelle ils
seront les pionniers de la réorganisation et de la production agricole,
dans le but d'assurer la subsistance de l'ensemble de la population.»40
En fin de compte, l'expérience de la FAKB, qui se reflète dans ce
document programmatique - Plate-forme de la Fédération des
anarcho-communistes de Bulgarie - présente des éléments historiques
pertinents pour comprendre le dualisme organisationnel anarchiste.
Conclusion
La pertinence de la discussion sur les questions organisationnelles au
sein de l'anarchisme est double. D'une part, il est toujours nécessaire
d'aborder l'anarchisme avec sérieux, en contrant les arguments de ses
adversaires et de ses ennemis, dans l'intention de fournir une
connaissance plus substantielle de cette idéologie et doctrine politique
et de ses principaux débats. D'autre part, l'approfondissement de la
discussion sur le dualisme organisationnel peut contribuer au débat
contemporain sur l'organisation des classes opprimées, en fournissant
des éléments de réflexion à celleux qui s'intéressent aux mouvements de
résistance et à la lutte contre la domination en général, et contre le
capitalisme et l'Etat en particulier.
Notes
1. Kolpinsky, "Epílogo", pp. 332-333.
2. Ibid., p. 332
3. Le spontanéisme est l'idée que les masses se mobilisent
d'elles-mêmes, sans besoin d'organisation, de formation ou de
préparation préalables, et qu'elles sont donc capables de mener à bien
des processus de transformation à grande échelle. Il diffère donc de la
notion de spontanéité, composante inévitable de tout mouvement populaire
transformateur.
4. Pour quelques études avec une perspective transnationale ou globale
qui contestent ces affirmations des adversaires et des ennemis de
l'anarchisme et collaborent au débat sur les majorités et les minorités
dans l'anarchisme, voir: Felipe Corrêa - Bandeira negra: rediscutindo o
anarquismo; Surgimento e breve perspectiva histórica do anarquismo,
1868-2012; «Dossier Anarchisme contemporain: l'anarchisme et le
syndicalisme dans le monde entier, 1990-2019»; Lucien Van der Walt -
«Revolução mundial: para um balanço dos impactos, da organização
popular, das lutas e da teoria anarquista e sindicalista em todo o
mundo»; Black flame[...]; «Global anarchism and syndicalism: théorie,
histoire, résistance»; (éditeur avec Steven Hirsch) Anarchisme et
syndicalisme dans le monde colonial et postcolonial, 1870-1940);
Geoffroy de Laforcade - (éditeur avec Kirwin Shaffer) In Defiance of
Bouderies: anarchism in Latin American history; Rafael Viana da Silva -
«Os revolucionários ineficazes de Hobsbawm: reflexões críticas de sua
abordagem do anarquismo». Comme le soulignent ces études et d'autres,
les mouvements populaires basés sur le lieu de travail et le lieu de
résidence ont constitué les vecteurs sociaux de l'anarchisme tout au
long de ses cent cinquante ans d'histoire, composés sur des bases de
classe, combatives, indépendantes, autogérées et révolutionnaires. Ces
mouvements ont renforcé l'intervention sociale anarchiste.
5. Luigi Galleani, The principal of organization to the light of
anarchism, p. 2.
6. Ibid., pp. 3, 6.
7. Sur la base des études transnationales et globales mentionnées
ci-dessus (Corrêa, Van der Walt, De Laforcade, Viana da Silva), il est
possible d'affirmer que les positions anti-organisationnistes ont eu
historiquement un écho significatif parmi les anarchistes, mais qu'elles
ont toujours été minoritaires par rapport aux positions
organisationnistes. Les premières incorporaient fréquemment des
arguments individualistes extérieurs à l'anarchisme, d'auteur.ices tels
que Max Stirner et Friedrich Nietzsche. Au cours du XXe siècle, le
syndicalisme a été la position stratégique hégémonique de l'anarchisme
au niveau mondial.
8. Pierre Monatte, "Em defesa do sindicalismo", pp. 206-207.
9. Errico Malatesta, "Sindicalismo: a crítica de um anarquista", p. 208.
10. Amédée Dunois, "Anarquismo e organização".
11. Errico Malatesta, "A organização II", pp. 55, 56, 60.
12. Errico Malatesta, "A organização das massas operárias contra o
Governo e os patrões".
13. Errico Malatesta, Ideología anarquista, p. 31.
14. Sur la base des études mentionnées ci-dessus (Corrêa, Van der Walt,
De Laforcade, Viana da Silva), il est également possible d'affirmer que
le dualisme organisationnel était historiquement une position
minoritaire par rapport au syndicalisme, du moins dans la pratique.
15. C'est au cours de ces années qu'ont été élaborées les grandes lignes
de la théorie de Bakounine sur le dualisme organisationnel anarchiste.
La théorie de l'organisation politique anarchiste a été développée par
Bakounine, dans des écrits et des lettres, à partir de 1868, lorsque
l'Alliance a été formée; les écrits sur le sujet élaborés ci-dessus ne
sont pas encore pleinement anarchistes et ne sont donc pas utilisés ici.
16. Mikhaïl Bakounine, «Lettre à Morago (21 mai 1872)». La plus grande
réalisation historique concrète de l'Alliance a été la création de
sections de l'Internationale dans des pays où elle n'existait pas encore
et son impulsion là où elle était déjà en activité. Ce furent les cas de
l'Espagne, de l'Italie, du Portugal et de la Suisse, au-delà des cas en
Amérique latine, encouragés par la correspondance.
17. Mikhail Bakunin, "Letter to Cerretti (March 13-27, 1872)".
18. Mikhail Bakunin, "Letter to Cerretti (March 13-27, 1872)", "Letter
to Morago (May 21st, 1872)", "Statuts secrets de l'Alliance: Programme
et objet de l'organisation révolutionnaire des Frères internationaux".
19. Mikhail Bakunin, "Statuts secrets de l'Alliance: Programme et objet
de l'organisation révolutionnaire des Frères internationaux"; "Statuts
secrets de l'Alliance: Programme de la Société de la Révolution
Internationale".
20. A política da Internacional, p. 67. Mikhail Bakunin.
21. Chez les anarchistes, on croit généralement que les fondements
sociaux de cette transformation révolutionnaire consistent en la
substitution de la domination systémique - en particulier la domination
de classe - par un système d'autogestion généralisée dans les trois
sphères (économique, politique et culturelle) et par une société sans
classes. Par un processus révolutionnaire, les anarchistes proposent de
remplacer: l'exploitation économique capitaliste par la socialisation de
la propriété, la domination politique de l'Etat par l'autogestion
démocratique, la domination idéologique et culturelle de la religion, de
l'éducation et, plus récemment, des médias, par une culture autogérée.
Il s'agit donc d'une critique de la domination en général, en
particulier de la domination de classe, et d'un engagement en faveur de
l'autogestion généralisée. Voir Felipe Corrêa, Bandeira negra:
rediscutindo o anarquismo.
22. Mikhail Bakunin, A política da Internacional, pp. 67-69.
23. Ibid., pp. 42-43.
24. Cette position n'implique pas une défense de l'»apolitisme», mais
une conception selon laquelle les mouvements de masse ne devraient pas
être subordonnés ou liés à une certaine position politico-doctrinale.
Ainsi, un syndicat révolutionnaire «anarchiste» - comme dans le modèle
anarcho-syndicaliste, par exemple - tend à aliéner les travailleur.euses
qui ont d'autres croyances ou idées. Il s'agit de tenir compte du fait
que les mouvements doivent englober les différentes positions
politico-doctrinales et qu'une position politique ne peut pas
subordonner les mouvements populaires. Bakounine et les syndicalistes
révolutionnaires, anarchistes ou non, estiment que les mouvements
populaires doivent s'organiser autour de bannières concrètes qui
unissent les travailleur.euses, sans lien programmatique avec une
doctrine politique ou religieuse. D'autre part, des débats entre
différentes positions politiques doivent avoir lieu au sein des
mouvements, sans pour autant viser à la création, par exemple, de
syndicats communistes, catholiques, etc. Au sein d'un syndicat, toustes
les travailleurs.euses devraient être prêt.e.s à se battre, quelles que
soient leurs positions politiques ou leurs croyances religieuses.
(Felipe Corrêa, «Anarquismo e sindicalismo revolucionário»).
25. Mikhail Bakunin, A política da Internacional, pp. 54-56.
26. Mikhail Bakunin, "Aux compagnons de la Fédération des sections
internationales du Jura".
27. La proposition de Bakounine en matière d'organisation politique
implique un modèle - s'inspirant de la discussion classique sur les
«modèles de parti» et du «parti-cadre» qui ne participe pas aux
élections et qui a pour champ d'action les mouvements populaires; il
privilégie la qualité et non le nombre de membres et dispose de critères
de sélection et d'admission rigoureux, contrairement aux «partis de
masse», qui privilégient la quantité et dont les critères de
participation sont très larges, de sorte que, en général, n'importe qui
peut y adhérer.
28. Mikhail Bakunin, "Letter to Morago (May 21st, 1872)".
29. Deux différences fondamentales peuvent être relevées entre la
théorie organisationnelle de Bakounine et celle développée par Lénine
des années plus tard. La première concerne l'organisation interne. Alors
que le parti bakouniniste est fédéraliste et que les décisions sont
prises collectivement, de bas vers le haut, de manière démocratique et
autogestionnaire, le parti léniniste adopte le centralisme démocratique:
les bases sont consultées mais les décisions sont prises par la
direction, de haut en bas, de la coupole hiérarchique vers les bases,
qui sont obligées de s'y conformer. La deuxième différence fondamentale
réside dans la relation entre le parti et les mouvements de masse. Le
parti bakouniniste défend une action complémentaire entre le parti et
les mouvements, sans aucune forme de hiérarchie ou de domination exercée
par le parti, dont la fonction est de renforcer la direction de ces
mouvements, car on estime que les masses doivent être responsables de la
transformation sociale révolutionnaire; le parti léniniste, en revanche,
établit une hiérarchie entre le parti et le mouvement et se place
au-dessus du peuple, sur lequel il exerce une relation de domination.
Alors que pour le premier, l'agent de la transformation révolutionnaire
est le mouvement de masse, pour le second, ces mouvements ne sont
capables que de luttes à court terme et le parti doit les doter d'une
capacité à long terme et conduire lui-même la transformation.
30. Jack Grancharoff, Anarquismo búlgaro em armas: a linha de massas
anarco-comunista, p. 7.
31. Ibid., p. 9.
32. Ibid., p. 16.
33. Dielo Trudá, "Plataforma Organizacional dos Comunistas Libertários",
1926.
34. Jack Grancharoff, Anarquismo búlgaro em armas: a linha de massas
anarco-comunista, pp. 23-25.
35. Ibid., p. 33.
36. Ibid., p. 36.
37. Ibid., p. 42.
38. Federation of Anarchist Communists of Bulgaria (FAKB), "Plataforma
da Federação dos Anarco-comunistas da Bulgária", pp. 61-62.
39. Ibid., pp. 63-64.
40. Ibid., pp. 64-65.
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