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(fr) Anarchosyndicalisme! n°186 (CNT-AIT) - IVG: opération "récup" et rideau de fumée constitutionnel...
Date
Sat, 4 May 2024 20:40:10 +0100
Dans les médias ou dans les quartiers généraux des partis politiques,
tout le monde se félicite de l'inscription de l'avortement dans la
Constitution: de nouveau la République éclaire le Monde et libère la
Femme ... ---- Par ce geste, l'État et ses serviteurs cherchent surtout
à se donner le beau rôle et à faire oublier que pendant plus de cent
ans, depuis la loi infamante de 1920 interdisant toute méthode de
contraception, ils se sont surtout farouchement opposés à toute idée
même de limitation des naissances, au nom de la Patrie et du Capitalisme
qui avaient besoins de petits soldats et de petits travailleurs. Tous
les partis sans exception - des partis progressistes ou libéraux aux
partis conservateurs en passant par le Parti Communiste même1 - ont
lutté activement CONTRE ceux qui diffusaient cette idée, à commencer par
les anarchistes...
Cette reconnaissance Étatique de l'IVG ne doit pas endormir notre
vigilance: comme le rappelait en 1937 Solidaridad Obrera, le journal
anarchosyndicaliste de Barcelone, après que l'IVG ait été légalisée
pendant la Révolution espagnole par un décret pris par le Conseiller de
la santé - un anarchosyndicaliste -: «Rien ne s'obtient en publiant des
lois et des décrets dans les journaux officiels si le peuple ne les fait
pas siens»2.
Or précisément, le rideau de fumée de l'inscription dans la Constitution
ne doit pas nous faire oublier qu'en décembre dernier, le même président
de la République a promulgué un décret qui visait précisément à
restreindre le droit de l'accès à l'IVG: ce décret autorisait les
sages-femmes à pratiquer l'IVG instrumentale, mais imposait la présence
de quatre médecins superviseurs: un médecin compétent en matière d'IVG
instrumentale, un gynécologue-obstétricien, un anesthésiste-réanimateur
et un radiologue interventionnel!!! En ces temps de pénurie de personnel
(Le nombre de gynécologues a en effet chuté de 52,5% entre 2007 et 2020,
soit 1022 médecins en moins en 13 ans), cela revenait à restreindre, de
fait, la capacité de ces professionnelles de santé à pratiquer l'acte,
et donc aux femmes d'y accéder. Cette entrave à l'accès à l'IVG, dans un
contexte où la demande est en hausse puisqu'en 2022 près de 232.000
avortements ont été pratiqués contre 216.000 en 2021, est
particulièrement criante dans les petits centres situés dans les déserts
médicaux qui parviennent déjà difficilement à proposer suffisamment de
rendez-vous d'IVG aux femmes qui souhaitent avorter.
Le prétexte du gouvernement pour mettre en place cette restriction était
la possibilité de complications graves, certes réelles mais «qui restent
rarissimes. Elles sont moins fréquentes que lors d'un accouchement»
comme le rappelle Caroline Combot, présidente du principal syndicat des
sages-femmes, l'ONSSF (Organisation nationale syndicale des sages-femmes).
Cette exagération de la part de l'État du risque n'est pas anodine et
correspond à une stratégie établie de longue date qui vise à effrayer
les femmes voulant recourir à l'IVG. Déjà dans les années 1900 (!!!)
Paul Robin avait décrit cette stratégie de diabolisation de
l'avortement: «Sans doute la presse serve et servile fait grand étalage
des accidents d'avortement[...]. C'est un mot d'ordre de police et de
politique, une vieille habitude, jalousement entretenue, de maltraiter
les «faiseuses d'anges», d'invectiver contre les «mères coupables». Si
elle signalait avec la même attention et la même ardeur les
accouchements qui se terminent par la mort des parturientes, la presse
s'encombrerait. Les accidents mortels qui peuvent survenir au cours de
la grossesse, lors de l'accouchement et après, sont en effet fort
nombreux, et les traités d'obstétrique consacre des chapitres à leur
énumération, au moyen de les prévenir et d'en triompher. Le «bluff»
anti-abortif n'a qu'un but: empêcher le peuple de profiter des progrès
de la médecine et de la chirurgie, réserver aux riches la suppression
des maternités indésirées.»3. On le voit, même une fois que l'IVG ait
été reconnue par la loi, ce sont toujours les mêmes vieilles ficelles
qui sont utilisées...
Car l'intérêt de l'État n'est pas celui de la population. On ne peut pas
compter sur l'État pour nous protéger, et l'inscription de l'IVG dans la
constitution n'est qu'une manoeuvre pour que nous relâchions notre
vigilance. L'appel récent de Macron au «réarmement démographique» est un
appel à augmenter la natalité et donc des attaques sont à prévoir de la
part de l'État contre l'accès à la contraception et singulièrement à
l'IVG, alors que dans le même temps le même État promeut l'accès à la
Gestation pour autrui (GPA) et autres technologies de marchandisation
des corps. Nous ne pouvons pas compter non plus sur les partis
politiques pour nous défendre, car tous sans exception - de l'extrême
gauche à l'extrême droite - ils sont TOUS pour le maintien du monstre
froid de l'État qui nous opprime et nous prépare à la guerre.
L'inscription dans le marbre de la Constitution de la «liberté de l'IVG»
veut faire oublier que cette liberté - comme toutes les autres - a été
arrachée par des années de luttes et d'affrontements sans compromis, ni
avec l'État ni avec les partis politiques. Et pour que cette liberté ne
reste pas une formule gravée dans le marbre froid, comme le triptyque
«liberté égalité fraternité» du fronton de nos mairies, pour qu'elle ne
soit pas seulement «la liberté des riches» et de celles et ceux qui
auront les moyens de ce la payer, il nous revient de défendre l'exercice
de cette liberté pour toutes et tout en nous organisant pour la faire
respecter. Mais une organisation à la base, sans leader ni cheffesse,
sans compromission avec le Pouvoir ni participation à aucune aux
mascarades électorales et autres rideaux de fumée institutionnels.
Gabriel GIROUD, Paul Robin et l'avortement, L'En-Dehors, Mars 1937,
numéro 304; en ligne:
http://cnt-ait.info/2024/03/07/Paul-robin-et-lavortement
https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1391
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