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(fr) Anarchosyndicalisme! n°186 (CNT-AIT) - Faire avec l'école pour notre projet anarchiste.
Date
Fri, 3 May 2024 19:15:33 +0100
Dans un précédent numéro d'Anarchosyndicalisme !, nous avons vu, sans
oublier ses maints défauts, que l'École-Éducation nationale n'est plus
le lieu de formatage, d'endoctrinement et de reproduction sociale
qu'elle était jusqu'à la fin du 20e siècle, et nous avons admis qu'une
grande majorité des personnels travaillant en son sein se vouent, autant
que possible, malgré les lourdeurs et entraves du système scolaire
d'État, à l'épanouissement des jeunes, partageant en cela (souvent sans
le savoir) nos idéaux pédagogiques, voire politiques. En conséquence de
quoi, il semble que, de diverses façons, nous puissions désormais «faire
avec l'École» et l'instruction obligatoire en faveur de notre projet
révolutionnaire anarchiste (instaurer une pédagogie libertaire et
oeuvrer à l'avènement de la société anarchiste) plus facilement qu'il ne
l'était possible autrefois, profitant des brèches qui nous sont ouvertes si:
Le débat et surtout le débat contradictoire nous semble essentiel pour
qui a l'ambition de développer une pensée et une pratique critique et
même révolutionnaire. Les pages de ce journal sont ouvertes à des
réflexions qui, sans forcément être celles de l'ensemble des militants
de la CNT-AIT sont une invitation à ce débat. Nous vous proposons ici la
deuxième partie d'une contribution d'un compagnon de Lille, sur le thème
de l'Éducation qui nous parais particulièrement important de débattre.
N'hésitez pas à nous envoyer vos commentaires ou propositions.
1) Pour cela, je propose en préalable que nous nous interdisions tout
discours qui ne serait que négatif à l'encontre de l'École et de
l'instruction obligatoire, car les conséquences d'une telle position
pour les jeunes qui nous lisent ou nous écoutent, pourraient être de les
pousser à rejeter celles-ci sans chercher d'autre solution
d'instruction, ce qui serait forcément dommageable pour eux sachant que,
dans la société actuelle, la plupart des décrocheurs scolaires non
diplômés sont voués à l'exclusion sociale ou aux emplois précaires et à
l'exploitation, voire pour une minorité d'entre eux à la délinquance.
Or, nous ne sommes ni cyniques ni nihilistes: nous n'avons pas pour but
de conduire les jeunes dans une impasse et/ou dans une situation
misérable au nom de notre lutte contre l'État et ses institutions. C'est
pourquoi toutes nos critiques de l'École et de l'instruction
républicaines doivent s'accompagner de propositions concrètes, positives
et abordables dès aujourd'hui (et non pas seulement pour la société
anarchiste à venir), pour l'instruction des jeunes, que ce soit en
dehors ou au sein de l'actuel système scolaire d'État ... Et quant aux
jeunes (et leurs parents) qui ne se satisferaient pas de nos
propositions ou pour qui elles ne seraient pas adaptées, nous ne
saurions trop les encourager à «faire avec l'École publique», à
s'efforcer d'y profiter de tout ce qui s'y trouve de positif et
d'intéressant pour eux et pour leur avenir, car pire que de subir
l'École-Éducation nationale et l'instruction obligatoire serait de les
fuir sans recevoir par ailleurs une instruction permettant plus tard de
vivre confortablement et librement au sein de la société actuelle...
2) Cela étant dit, il me semble qu'en tant qu'anarchistes, la solution
la plus facile et le plus cohérent que nous ayons à proposer pour éviter
aux jeunes la scolarisation d'État, se trouve dans le boycott[1]de ses
établissements scolaires par la promotion de l'instruction (libertaire)
en famille. Cela nous placerait en effet en accord, d'une part, avec
notre affirmation selon laquelle l'État est peu efficace en toutes
choses, instruction des plus jeunes comprise, et, d'autre part, avec
notre confiance en l'autonomie et en la responsabilité des individus,
dont celle des jeunes. Nous pourrions donc, au nom de l'anarchie,
devenir une force de soutien pour les jeunes (et leurs parents) faisant
le choix de l'instruction (libertaire) en famille, à l'instar
d'associations, quant à elles apolitiques, comme Les Enfants d'Abord
(LED'A) ou Libres d'Apprendre et d'Instruire Autrement (LAIA).
En dehors de cette option radicale, nous pouvons aussi résister, lutter
et agir au sein même de l'Éducation nationale.
3) Nous pouvons ainsi encourager les jeunes anarchistes intéressés par
cette voie professionnelle à orienter leurs études vers l'accès aux
métiers de l'enseignement afin qu'ils mettent en place dans les classes
et établissements scolaires publics, une fois devenus enseignants, une
pédagogie libertaire comme le font actuellement au sein de l'Éducation
nationale de nombreux adeptes de pédagogies alternatives (pédagogies
Freinet, Montessori, Oury ou Collot[2]; classes coopératives et/ou
inversées, ouvertes, uniques ou multiniveaux; école du 3e type, etc.),
sachant que, du fait de la liberté pédagogique[3]garanties à chaque
enseignant, chaque professionnel de l'Éducation nationale est libre
d'organiser sa gestion de classe et sa pédagogie comme il l'entend et
notamment de les cogérer avec les élèves. De plus, il faut savoir que
l'Éducation nationale permet aux enseignants partageant les mêmes
convictions pédagogiques de se regrouper au sein d'un même
établissement, par le jeu des mutations, jusqu'à établir un projet
d'établissement conforme à leurs convictions pédagogiques communes,
auxquelles devra souscrire ensuite tout enseignant postulant pour un
poste dans cet établissement[4]. Au sein de l'Éducation nationale, nous
pourrions ainsi favoriser l'émergence d'un réseau croissant
d'enseignants et d'établissements scolaires appliquant une pédagogie
libertaire, qui rendrait actif, visible et probant notre projet anarchiste.
4) En tant qu'anarchosyndicalistes, nous pouvons aussi promouvoir la
pédagogie libertaire et nos idéaux auprès de tous les enseignants de
l'Éducation nationale en leur adressant nos écrits (revue ou simple
lettre, mensuelle ou occasionnelle), individuellement ou de façon
groupée à l'adresse de chaque établissement scolaire, selon nos moyens
financiers et humains, comme le font d'autres syndicats, avec l'espoir
que de plus en plus d'enseignants se mettent à appliquer une pédagogie
libertaire et rejoignent notre mouvance anarchiste, voire notre syndicat.
5) Si le nombre d'enseignants libertaires au sein de l'Éducation
nationale venait à grandir, nous pourrions peu à peu créer[Il est vrai
que cela est plus facile à réaliser en écoles primaires qu'en collèges
et lycées où le nombre d'enseignants est plus grand et le mode de
nomination des personnels de direction différent. Mais des lycées
expérimentaux, toujours existant, aux pédagogies alternatives ont déjà
pu s'ouvrir au sein de l'Éducation nationale: lycée expérimental de
Saint-Nazaire, lycée autogéré de Paris, Collège-Lycée expérimental
d'Hérouville-Caen, Centre expérimental d'Anduze-Gard, Lycée expérimental
polyvalent et maritime d'Oléron (LEPMO). Cf. «Vive l'Education»,
Colloques, ACL, 1988]]des établissements scolaires sous-contrat (ce qui
limiterait les besoins financiers puisque dans cette hypothèse le
salaire des enseignants serait pris en charge par l'Éducation nationale)
ou hors-contrat[5](Cela serait bien évidemment l'idéal parce qu'en tant
qu'anarchistes, nous voulons nous affranchir de la tutelle de l'État,
mais cela poserait le problème du financement des établissements créés
d'une part et du salaire des enseignants d'autre part, sauf si ces
derniers exercent par ailleurs un autre métier rémunéré leur permettant
d'intervenir bénévolement dans nos écoles libertaires) avec ceux d'entre
ces professionnels qui, forts de leur expérience pédagogique acquise au
sein des établissements scolaires de l'Éducation nationale,
souhaiteraient quitter les lieux scolaires d'État pour s'inscrire dans
un projet d'établissement libertaire, les établissements scolaires que
nous créerions devenant alors des «vitrines» pour nos idéaux et notre
projet anarchiste[6], surtout si nous leur donnons des appellations
suffisamment explicites par exemple en s'y référant à leurs spécificités
et à des pédagogues anarchistes renommés[7]: école autogérée, Francisco
Ferrer, communauté d'éducation libre, Jakob Robert Schmid, centre
d'éducation intégrale Paul Robin...
6) Nous pouvons aussi conseiller aux jeunes et à leurs parents de
revendiquer une pédagogie plus libertaire au sein des classes et
établissements scolaires de l'Éducation nationale et de ne tolérer
aucune dérive autoritaire d'enseignant ou d'équipe éducative. À chacun
de choisir, selon ses convictions, les moyens les plus appropriés d'agir
en ce sens: relation directe avec l'enseignant concerné, recours
hiérarchique, création d'un comité d'élèves et/ou de parents d'élèves,
changement d'établissement, etc.
7) Nous pourrions enfin lutter ardemment contre les établissements
privés catholiques élitistes[8]où s'amorce[9]la reproduction sociale des
classes sociales dirigeantes, en dénonçant la contradiction entre leurs
idéaux religieux proclamés (ceux affirmés par leur messie, tels qu'ils
sont relatés dans le Nouveau Testament qui dénonce les inégalités, les
riches et le culte de la richesse, le souci de paraitre, de dominer, de
s'élever au-dessus des autres, l'individualisme, etc.) et leurs
pratiques pédagogiques (sélection par l'argent - du fait de frais de
scolarité élevés- et par le dossier scolaire pour n'admettre en son sein
que les «bons» élèves issus de familles riches; notes, classements,
élitisme servant à exclure de l'établissement les «mauvais» élèves;
organisation des seules filières générales prétendues d'excellence
visant les études supérieures supposées prestigieuses; bachotage, etc.)
par des collages d'affiches et d'autocollants ainsi que des
distributions de tracts afin d'interpeler les jeunes[10]dénaturés dans
ce genre de lieux malfaisants...
Frédéric B (Lille)
https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1389
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