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(fr) Anarchosyndicalisme! n°186 (CNT-AIT) - Abolir l'état
Date
Thu, 2 May 2024 18:40:00 +0100
Peut-être conséquence de la situation du monde aujourd'hui, les
questionnements sur l'État, son origine, son rôle... suscitent de
nouveau l'intérêt. Conférences, articles dans des revues ou dans des
grands quotidiens, se multiplient. Pour nous, anarchistes, la question
est tranchée: l'État est l'ennemi du genre humain. ---- Pendant des
centaines de siècles, les hommes ont vécu «sans foi, sans loi, sans roi»
(c'est ainsi que les «conquistadors du nouveau monde» qualifiaient les
tribus primitives qu'ils découvraient) dans une relative harmonie avec
le milieu naturel; la taille des populations était adaptée aux
ressources offertes par la nature (si les sociétés primitives sont
responsables de la disparition de quelques espèces animales, elles n'ont
pas pendant toutes ces durées immenses causées de dégâts majeurs aux
écosystèmes).
Puis, il y a quelques dizaines de siècles, est apparu l'État, les
sociétés humaines jusqu'alors non hiérarchisées se sont divisées entre
dominants et dominés, entre exécutants et dirigeants. Nul ne sait
pourquoi les humains ont choisi à un moment de leur afin de se donner
des maîtres, mais ce dont on est sur, c'est que cet évènement n'avait
rien de fortuit, car il a coïncidé avec nombre d'innovations, tant
sociales que techniques qui ont révolutionné la vie des sociétés humaines.
Les historiens ont largement décrit et commenté ces innovations, mais
ils ont peu insisté sur le fait que la naissance des états avait à voir
avec l'apparition des inégalités de richesse entre les humains. Non
seulement, les sociétés se sont divisées en dominants et dominés, mais
concomitamment entre riches et pauvres, entre propriétaires de richesses
matérielles et propriétaires uniquement de leur force de travail. La
simultanéité de ces deux évènements, apparition de l'État et apparition
de l'inégalité, n'a en soi rien d'étonnant: il est impossible d'imaginer
une société divisée entre riches et pauvres sans l'existence d'une
institution chargée de protéger les riches du légitime appétit des
pauvres. Remarquons que si une société divisée en classes est impossible
sans État, l'inverse est également vrai: une société organisée autour
d'un État est nécessairement divisée en classes antagonistes.
L'histoire nous en a donné suffisamment d'exemples; chaque fois qu'un
État a essayé d'abolir les classes sociales, en nationalisant par
exemple la totalité des richesses, on a assisté à partir des personnels
liés à l'État à la recréation d'une classe dominante régnant sans
partage sur le reste de la société. C'est que la fonction première de
l'État est de défendre ses intérêts, donc ceux de la classe dominante,
de protéger les riches de l'appétit des pauvres.
Le fait que l'État moderne ait ajouté à ses pouvoirs traditionnels
(pouvoir de faire les lois, de les faire appliquer et de sanctionner les
infractions à la loi) des fonctions sociales, se donnant ainsi une
apparence de bienfaiteur des pauvres, ne change rien à sa nature
profonde. En redistribuant aux classes pauvres une partie des richesses
indument captées par les classes riches, l'État ne modifie en rien la
hiérarchie sociale: seule la méthode change, le but reste identique.
Dans la vie des sociétés humaines, l'apparition de l'État et des
inégalités a donc marqué le début de la guerre des classes et de la
guerre des États entre eux. Pour remplir sa fonction de protection de la
classe des exploiteurs contre les menaces tant intérieures (révolutions
sociales) qu'extérieures (ambitions des états concurrents), l'État
compte d'abord sur la force; c'est de sa force, de sa puissance que
dépend sa crédibilité. Or la force d'un État est d'abord fonction de
l'importance de la population qu'il contrôle et c'est bien pour cela
qu'il va par tous les moyens chercher à augmenter sa population.
On sait que la croissance de la population diminue avec l'amélioration
des conditions de vie, le développement de l'instruction et le recul de
l'influence des religions; les États vont donc mettre en place des
politiques natalistes, criminaliser l'avortement et les méthodes
contraceptives et surtout par le biais de la religion, exalter la
famille et la maternité.
Ces politiques, tout au long de l'histoire ont pleinement montré leur
efficacité, car alors que pendant les premières époques de l'humanité,
la population mondiale ne s'était accrue que très lentement, on assiste
depuis la création des états à une croissance continue et à une
formidable accélération depuis deux siècles. D'un milliard en 1800,
aujourd'hui, plus de huit milliards d'individus habitent notre terre,
dont une grande majorité a été transformée en consommateurs depuis
l'invention catastrophique du capitalisme.
Pour satisfaire l'inarrêtable appétit de marchandises de ces foules,
tous les moyens de production ont été industrialisés à outrance et cette
industrialisation s'est faite et se fait aux dépens de la nature et de
la biosphère. Aujourd'hui, les grands équilibres naturels qui sont à la
base de la vie sur notre planète menacent d'être rompus et les
dirigeants politiques, enchaînent forums et conférences, établissent des
plans et promulguent des lois qui toutes ne visent en réalité qu'à
pérenniser le système actuel.
Énergies soi-disant vertes, voitures électriques et autres gadgets
qualifiés d'écologiques ne sont que les hochets que les gouvernants,
effrayés par les menaces qui s'accumulent, agitent devant les yeux des
populations pour leur faire croire que la situation est sous contrôle,
que le pire n'arrivera pas.
En fait, toutes ces gesticulations n'ont pour objectif que de nous faire
oublier que tout ce qui arrive est la conséquence nécessaire de
l'organisation de la société et que l'État qui se présente comme la
solution est en réalité le problème. Ce n'est qu'en transformant
radicalement ce système, en abolissant l'État et les inégalités, que
l'on pourra mettre en oeuvre des solutions, d'écologie radicale et
libertaire qui permettront à l'humanité d'échapper aux catastrophes
annoncées.
https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1387
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