A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 30 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Francais_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkurkish_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours

Links to indexes of first few lines of all posts of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2014 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018 | of 2019 | of 2020 | of 2021 | of 2022 | of 2023 | of 2024

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) Monde Libertaire - Des idées et des luttes: Il n'y a pas eu de Révolution

Date Sun, 28 Apr 2024 19:35:06 +0100


Quoi de neuf? Pierre-Joseph Proudhon! ---- Voilà bien longtemps que Pierre Joseph Proudhon n'avait pas fait l'objet d'un ouvrage de réflexion. Catherine Malabou comble ce silence livresque par un texte au titre enlevé, Il n'y a pas eu de Révolution paru aux éditions Rivage en mars dernier. Le sous-titre Réflexions sur la propriété privée, le pouvoir et la condition servile en France donne le ton et énonce les thèmes dominants de la pensée proudhonienne. La gravure en couverture, vue de la Bastille au XIVe siècle montre que le travail n'est pas achevé. ---- Catherine Malabou est professeure de philosophie à l'université de Kingston de Londres et à celle de Californie. Ces prises de position en font l'une des voix les plus originales de la pensée contemporaine et plus particulièrement dans son approche anarcho-féministe (Le Plaisir effacé. Clitoris et Pensée, Paris, Payot & Rivages, 2020 et Au voleur! Anarchisme et philosophie, Paris, PUF, 2022).

Elle engage une relecture dynamique et actualisée du premier ouvrage majeur de Proudhon, Qu'est-ce que la propriété? ou Recherches sur le principe du Droit et du Gouvernement, publié le 30 juin 1840. Celui-ci traite du concept de propriété et de sa relation avec l'État, les ouvriers et l'anarchisme. Tout lecteur de cet ouvrage a en tête la distinction opérée par son auteur entre la notion de révolution qui est un changement du tout au tout et l'évolution qui modifie plus ou moins en profondeur les rapports au sein d'une société. Selon Proudhon, et Catherine Malabou va le démontrer, la Révolution n'a pas eu lieu. «1789 n'a aboli les privilèges qu'en surface et l'Ancien Régime continue de structurer, secrètement ou non la vie du pays». Traversant une diversité foisonnante de régimes politiques français du Premier Empire au début du Second, Proudhon peut constater «l'ambiguïté, sinon l'obscurité du legs politique postrévolutionnaire, mal dégagée de la gangue féodale». Soyons clairs, «il y a eu progrès dans l'attribution du droit; il n'y a pas eu de révolution», la condition servile reste un axe structurant. Et Proudhon établit le lien entre deux questions: Qu'est-ce que la propriété? C'est le vol et Qu'est-ce que l'esclavage? C'est l'assassinat. Pour lui, ôter à l'homme la pensée, la personnalité est un pouvoir de vie et de mort, faire d'un homme un esclave, c'est l'assassiner. De même la notion de propriété n'est jamais que l'autre nom de la domination. Les pages sont éclairantes.

La conception bourgeoise de la Révolution

Le lecteur pourrait être surpris car la Révolution française se drape dans la nuit du 4 aout 1789 relative à l'abolition des privilèges et la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen d'aout 1789. Droits et abolition? En réalité, l'abolition fut longue à entrer en vigueur et les droits énoncés aux 17 articles de la Déclaration sont largement atténués par des limites aussi floues que générales. A noter que le dernier article de cette Déclaration est éloquent. Il concerne le droit de propriété qualifié, et c'est le seul, «d'inviolable et sacré». La démonstration de la conception bourgeoise de la Révolution est ainsi faite. Elle réduit à néant son article 1er affirmant que «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.» Et encore, sa seconde phrase maintient les inégalités comme structurantes. Proudhon avait vu juste. Avec lui, Catherine Malabou s'engage en effet à explorer les structures de la domination moderne en tant que légitimation d'un processus d'oubli, de spoliation mémorielle. Ces pages sont passionnantes. Proudhon distingue la propriété féodale et la propriété privée postérieure à la Révolution française, surtout économique. Cette dimension est analysée dans les chapitres III et IV de son livre. La critique des thèses de Marx, toujours méprisant à l'égard de la pensée des autres, par Catherine Malabou permet de comprendre la nuance relative à la notion de vol évoqué par Proudhon.

Quelle aubaine, ce droit d'aubaine!

Un des éléments les plus intéressants de l'ouvrage réside dans la notion de droit d'aubaine qui fleure bon les formules de l'Ancien Régime (Un hasard? Pas chez Proudhon!). Deux sens à ce terme. L'aubaine, c'est le coup de chance, sens moderne. Mais «en droit médiéval, le droit d'aubaine est le nom du droit de préhension des seigneurs d'abord, puis du roi seul plus tard, sur les biens des étrangers établis sur le sol de France et morts sur le territoire» pour reprendre la définition de Catherine Malabou. Le détenteur de ce droit accapare la richesse des autres, des étrangers, sans rien faire. Sont dans l'incapacité de tester, d'hériter les étrangers donc mais aussi les serfs, les bâtards placés en condition servile. Le lien entre esclavage et propriété est ainsi établi par ce droit d'aubaine. «Par le droit d'aubaine, le propriétaire moissonne et ne laboure pas, récolte et ne cultive pas, jouit et n'exerce rien.» C'est un vol puisque le propriétaire empoche la différence entre travail collectif et travail individuel - rendant ainsi les prolétaires étrangers au fruit de leur travail.

A ces réflexions, il convient d'ajouter celles sur la colonisation. Les ouvrages sur cette notion, son histoire sont souvent évoqués dans cette chronique et l'émission Au fil des pages et la spoliation des peuples colonisés s'en trouve éclairée. Les pages consacrées aux communs, au néoféodalisme, au capitalisme de l'accès aux nouvelles technologies engagent un débat salutaire qui ne doit pas s'engluer dans les certitudes. Il faut réinventer l'analyse du réel et l'anarchisme par sa capacité permanente à découvrir, à s'enrichir de la réflexion collective, demeure une appréhension du monde vigoureuse, sans tabou. Oui, Proudhon est à relire.

* Catherine Malabou
Il n'y a pas eu de Révolution
Réflexions sur la propriété privée, le pouvoir et la condition servile en France
Ed. Rivages, 2024
* Pierre-Joseph Proudhon
Qu'est-ce que la propriété?
Ed. Rivages, Petite bibliothèque Payot, 2024

https://monde-libertaire.fr/?articlen=7822
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center