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(fr) Courant Alternative #339 (OCL) - Un robot tueur à Gaza, des nouvelles grenades, 76 258 détenus en France et autres chroniques du contrôle et de la répression
Date
Wed, 24 Apr 2024 18:51:41 +0100
Un robot tueur à Gaza ---- L'annonce est faite par le journal israélien
Haaretz (1): «Dans le but d'éviter de blesser les soldats et les chiens,
Tsahal expérimente l'utilisation de robots et de chiens télécommandés
pendant la guerre de Gaza. La plupart des tests ont été effectués avec
un "chien robot", également équipé d'un drone. Des bulldozers D9
télécommandés sans pilote sont également utilisés». ---- Un État surarmé
et soutenu par l'occident massacre une population civile, et le génocide
colonial est aussi le terrain de tester sur des êtres humains les outils
«innovants» du complexe militaro-industriel. ---- Une vidéo montre les
robots déployés. Il s'agit d'un modèle baptisé «Vision 60» et conçu par
une société américaine appelée Ghost Robotics. Chacun de ces chiens
coute 165 000 dollars. Ils sont considérés comme semi-automatiques,
travaillent sous terre et au-dessus des décombres et peuvent se remettre
sur pied même s'ils tombent. Par le passé, la firme avait monté un
modèle de ses robots baptisé «Spur» en train de tirer en rafale, équipé
d'une arme à feu sur le dos.
Il y a quelques années, l'entreprise américaine Boston Dynamics
présentait son premier «robot chien» de couleur jaune vif baptisé SPOT.
L'invention était présentée comme sympathique et inoffensive. Les
grincheux qui annonçaient une future utilisation militaire d'un tel
robot étaient traités de paranoïaques et de complotistes. Jusqu'à ce
qu'une entreprise décide de militariser cette machine. À présent, le
robot est équipé d'un fusil d'assaut ou d'outils de surveillance et
opère à Gaza en conditions réelles.
Israël est à la pointe des expérimentations technologiques de l'horreur.
Un LBD automatisé tirant avec l'aide d'intelligence artificielle sur des
cibles humaines est installé sur des checkpoints en Cisjordanie. Des
drones tireurs équipés d'armes de guerre tuent à Gaza. L'Intelligence
Artificielle a été utilisée pour bombarder l'enclave Palestinienne.
Maintenant que ce nouveau «marché» est ouvert et que les premiers usages
sur le terrain sont réalisés par Israël, la surenchère dystopique (2) ne
fait que commencer.
Sources: youtube.com et haaretz.com
(1) Haaretz (parfois écrit Ha'aretz) est un quotidien national en
Israël. Sa ligne éditoriale se situe de la gauche à l'extrême gauche.
Haaretz constitue ainsi le plus grand quotidien d'obédience socialiste
d'Israël.
(2) Une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société
imaginaire organisée de telle façon qu'il soit impossible de lui
échapper et dont les dirigeants peuvent exercer une autorité totale et
sans contrainte de séparation des pouvoirs, sur des citoyens qui ne
peuvent plus exercer leur libre arbitre.
Affaire Legay: le commissaire donneur d'ordre condamné!
Les faits remontent au 23 mars 2019, lors d'une manifestation interdite
de «gilets jaunes» à Nice. La militante d'Attac, Geneviève Legay, alors
âgée de 73 ans, avait été projetée au sol et grièvement blessée par la
charge policière (voir CA 337 sous cette rubrique).
Le commissaire, Rabah Souchi, qui a ordonné cette charge a été condamné
à six mois de prison avec sursis le 8 mars devant le tribunal
correctionnel de Lyon. Ce n'est pas le policier qui avait violemment
heurté la militante d'Attac mais sa hiérarchie qui est reconnue
coupable. Une grande première!
Le commissaire était poursuivi pour «complicité de violence par une
personne dépositaire de l'autorité publique».
Le tribunal a estimé que cet ordre n'était «pas justifié ni proportionné
ni nécessaire», suivant ainsi le réquisitoire du procureur selon lequel
cette charge n'était «ni nécessaire ni proportionnée».
Arié Alimi, avocat de Geneviève Legay considère que ce jugement met fin
à «l'immunité et[à]l'irresponsabilité des donneurs d'ordre en matière de
violences policières». Si seulement cela se vérifiait!
Quant à Rabah Souchi, il a annoncé faire appel de cette décision
qualifiée par son avocat Laurent-Franck Liénard de «très contestable et
sans surprise».
Notons tout de même que début février 2024, Rabah Souchi, 54 ans, a été
nommé directeur adjoint de la police municipale de Nice. Beau recyclage!
Sources: lemonde.fr et médiapart.fr
Contrôles d'identité: Une enquête du Défenseur des droits..
Chaque année, près de 47 millions de contrôles d'identité sont
effectués, selon la Cour des comptes (voir CA 336 sous cette rubrique)
Selon une enquête du Défenseur des droits confiée à des chercheurs du
Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions
pénales (Cesdip), sur les conditions d'exercice du travail des forces de
l'ordre et leurs attitudes vis-à-vis de la population, publiée mardi 27
février, près de deux policiers et gendarmes interrogés sur cinq (39,2
%) jugent les contrôles d'identité «peu voire pas efficaces» pour
garantir la sécurité d'un territoire.
Cette enquête repose sur un échantillon de 976 gendarmes et 655
policiers répartis sur sept départements: trois en région parisienne
(Yvelines, Essonne, Val-d'Oise) et quatre en région Auvergne-Rhône-Alpes
(Cantal, Isère, Loire, Rhône). Les policiers se montrent les plus
sceptiques quant à l'efficacité des contrôles ciblés sur les
consommateurs de cannabis, jugeant à 69,5 % cette méthode peu ou pas
efficace. Concernant les pratiques professionnelles, les réponses sont
contrastées: si l'usage de la force pour obtenir des aveux est réprouvé
dans plus de neuf cas sur dix (donc approuvé par 10%!), près de six
répondants sur dix (59,8 %) estiment que, dans certains cas, le recours
à plus de force que ce qui est prévu dans les textes devrait être toléré...
La formation continue reste un problème selon une part significative des
forces de l'ordre interrogées. Une faible minorité de gendarmes et de
policiers (respectivement 12 % et 5,5 %) ont bénéficié de formations
dans l'année écoulée sur la désescalade de la violence. De la même
manière, près de la moitié des agents (45,7 %) se dit insuffisamment
formée aux droits des citoyens. Ils sont 66,6 % à avoir étudié le droit
des mineurs, 53,5 % le droit de la non-discrimination, 28,8 % le droit
des réfugiés et des étrangers.
Face à ces résultats, le Défenseur des droits invite les pouvoirs
publics et institutions concernées à mettre en oeuvre les
recommandations qu'elle a formulées à de nombreuses reprises, comme
«renforcer la formation initiale et continue des policiers et des
gendarmes» et «mettre en place un dispositif d'évaluation de la pratique
des contrôles d'identité, de leur efficacité et de leur impact sur les
relations avec la population». Ok! Mais nous doutons que les violences
policières s'expliquent par un quelconque manque de formation...
Source: Lemonde.fr
Prisons: 76 258 détenus en France au 1er février, un nouveau record de
surpopulation
Au 1er février, les prisons françaises comptaient 61 737 places
opérationnelles. La densité carcérale globale s'établit à 123,5 %. Dans
les maisons d'arrêt, où sont incarcérés les détenus en attente de
jugement, donc présumés innocents, et ceux condamnés à de courtes
peines, le taux d'occupation est de 147,7 %. Il atteint ou dépasse même
200 % dans 16 établissements ou quartiers.
En raison de cette surpopulation, 3 059 détenus sont contraints de
dormir sur un matelas posé à même le sol, soit 50,2 % de plus qu'il y a
un an. Parmi les personnes incarcérées, 20 254 sont des prévenus,
incarcérés dans l'attente de leur jugement.
Au total, 92 641 personnes étaient placées sous écrou au 1er février.
Parmi elles, on compte 16 383 personnes non détenues faisant l'objet
d'un placement sous bracelet électronique ou d'un placement à
l'extérieur. Comme quoi, les «alternatives» à l'enfermement n'ont pas
fait baisser le nombre de taulards!
A noter: une augmentation annuelle de 21,6 % du nombre de condamnés en
placement extérieur hébergés, c'est-à-dire qui effectuent leur peine en
milieu ouvert, en dehors d'un établissement pénitentiaire, dans un cadre
défini par le juge - ils étaient 203 au 1er février.
Le gouvernement table, comme d'habitude, sur la construction de
nouvelles places de prison: 15 000 d'ici à 2027! Ces nouvelles places
n'auront pour effet que de baisser éventuellement et ponctuellement la
densité carcérale.
Source: lemonde.fr
Bientôt de nouvelles grenades!
L'Etat français a passé début novembre une commande de grenades pour
plus de 78 millions d'euros, la plus importante depuis 10 ans. Plusieurs
de ces grenades de maintien de l'ordre sont encore inconnues. C'est
ainsi que pour plus de 12 millions d'euros on trouve un modèle de chez
Condor fabricant brésilien. Il s'agit de la grenade GL-307. Il s'agit
d'une grenade à effet sonore. Sur la fiche technique du fabricant
brésilien, le descriptif parle de lui-même. «La grenade à effet sonore
GL-307 a été conçue pour produire un effet de souffle bruyant et un
aveuglement intense dans les opérations de contrôle des émeutes.» Avec
un pictogramme «Ne pas ramasser» inscrit dessus, elle explose au bout de
2,5 secondes. Son niveau sonore atteint des records dans l'arsenal
français. Avec, jusqu'à 165 décibels à 10 mètres, elle surpasse le
modèle actuel qui monte déjà à 160 dB. D'après BruitParif,
l'observatoire du bruit en Île-de-France, «le seuil de douleur pour les
oreilles est atteint à 120 décibels. À ce niveau, les dommages sur
l'audition sont irréversibles.» Selon la documentation de Condor, à une
distance de 2 mètres, l'intensité de la grenade de maintien de l'ordre
atteint 175 dB.
Comme le révèle une enquête d'Amérique latine, «le business de la
répression», la grenade de maintien de l'ordre GL-307 produit des
éclats, des fragments projetés à plus de 10 mètres du lieu de
l'explosion pouvant causer des blessures graves.
Dans cette commande on retrouve un autre modèle de grenade jamais
utilisé: des «cartouches-grenades 40 millimètres à effet sonore». Elles
sont prévues pour être tirées avec le futur lance-grenade à double
canon. Un lanceur de 40 mm qui équipe aussi le Centaure, nouveau blindé
de la gendarmerie. Aujourd'hui, les forces de l'ordre utilisent
uniquement des grenades lacrymogènes avec ce calibre. Plus pour longtemps!
D'après l'enquête menée par Politis, il s'agirait de la GM2F. Elle
provoque un effet sonore de 153 dB à 10 mètres, toujours au-dessus du
seuil de douleur.
Avec cet achat de plus de 78 millions d'euros, le gouvernement s'équipe
de douze grenades de maintien de l'ordre différentes. Quatre fumigènes,
quatre lacrymogènes, trois assourdissantes et une assourdissante et
lacrymogène. Plusieurs projettent des fragments pouvant gravement blesser.
Source: politis.fr
Des milliers d'euros d'amende pour des jeunes des quartiers populaires
L'amende forfaitaire est un outil répressif de masse utilisé auprès des
classes populaires. Cette sanction pénale est infligée par la police ou
la gendarmerie hors de tout contrôle de magistrats, hors de tout procès.
La chercheuse Aline Daillère a ainsi mis en évidence dans sa recherche
«Le policier, juge de la rue. Les amendes forfaitaires ou l'expansion du
discrétionnaire» que «les multiverbalisé·es, très majoritairement de
jeunes hommes racisés âgés de 13 à 25 ans et résidents ou usagers de
quartiers populaires, ont en commun de recevoir un grand nombre
d'amendes forfaitaires». En claire: un moyen de racketter et d'humilier
la jeunesse de banlieue, en la mettant encore plus dans la merde
financièrement.
La chercheuse a ainsi réalisé une enquête minutieuse sur cette stratégie
de harcèlement policier. À l'appui, «une cinquantaine d'entretiens,
rassemblé près de 1200 amendes distribuées dans le 12e arrondissement,
mais aussi dans d'autres quartiers parisiens et trois communes de banlieue».
Comme l'explique la chercheuse, la police s'improvise juge, usant ainsi
des amendes forfaitaires pour infliger des peines, sans motif, ni
procès. Une sanction pénale qui permet ainsi d'évincer toute notion du
procès équitable et de laisser tout droit à la police d'infliger des
milliers d'euros d'amende sans contrôle ni limites.
D'années en années, le champ d'application des amendes forfaitaires
s'est allongé, passant des seules contraventions liées à des infractions
au code de la route, aux infractions liées au bruit en 2012, avant de
s'appliquer à partir de 2016 au domaine délictuel. En 2019, l'amende
forfaitaire peut désormais être utilisée en cas d'usage illicite de
stupéfiants notamment.
L'amende forfaitaire a ensuite été particulièrement utilisée lors de la
pandémie de Covid-19, notamment dans les quartiers populaires. En
comparaison, certaines personnes et quartiers ont été complètement
épargnés par les contrôles de police répétés. «Pendant une période, je
pouvais recevoir trois ou quatre amendes par semaine» explique un jeune.
Des amendes qui, dans une majorité des cas, sont adressées aux personnes
sans qu'elles le sachent, s'empilant dans leur boîte aux lettres. Dans
de nombreuses villes, des amendes ont été distribuées sur la base de la
vidéosurveillance, donc de façon totalement arbitraire, sans qu'il n'y
ait de contrôle, sans vérifier les fameuses «attestations de sortie».
La loi LOPMI du 24 janvier 2023 a ensuite élargi le champ d'application
de cette sanction pénale sans procès à 85 nouveaux délits, dont
l'outrage sexiste, l'occupation de halls d'immeuble, la vente à la
sauvette, l'intrusion dans un établissement scolaire...» «Un simple
crachat sur le trottoir ou une canette qu'on laisse traîner sur un banc
entrent dans la catégorie des contraventions de 2e classe pour "des
ordures, déchets, déjections, matériaux, liquides insalubres ou tout
autre objet de quelque nature qu'il soit" abandonnés sur la voie
publique. Et occasionner une amende de 35 euros, majorée à 75 euros au
bout de deux mois».
La police a ce pouvoir de réduire et de maintenir des personnes dans une
situation de pauvreté sans fin. Des jeunes qui se retrouvent avec des
milliers d'euros de dettes alors même qu'ils arrivent à la majorité,
sans aucune perspective de pouvoir rembourser des dettes sans fondement,
créant un immense sentiment d'injustice. L'amende délictuelle peut en
effet atteindre la somme de 3 000 euros et les amendes peuvent également
se cumuler lors d'un même contrôle. La contestation de ces amendes est
en théorie possible, mais avec des preuves impossibles à rassembler bien
souvent, et devant un officier du ministère public en lien direct avec
la police, sans aucune indépendance donc.
Il s'agit bien d'une stratégie volontaire de terreur et de punition
économique, une répression qui maintient un système de classe et de
domination sans fin.
Sources: contre-attaque.net et basta.media
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4150
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