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(fr) Courant Alternative #339 (OCL) - Un nouveau plan d'austérité, décidé par décret
Date
Tue, 23 Apr 2024 20:14:28 +0100
Le gouvernement a annoncé des coupes budgétaires de 10 milliards d'euros
en 2024, et 20 en 2025. Une coupe budgétaire, c'est une diminution des
dépenses. On diminue les impôts des plus riches, ce que ce gouvernement
fait avec constance (les précédents aussi d'ailleurs), donc il va
falloir que les autres se serrent la ceinture... ---- Pourtant, il y
avait déjà une diminution des dépenses prévue dans le budget voté par
les parlementaires. Ces coupes budgétaires, c'est en plus de ces
diminutions, par décret et sans débat. Et c'est sans doute ce que le
gouvernement tenait le plus à éviter, un débat et une évaluation de ses
politiques. ---- Le premier domaine concerné par les coupes c'est
«écologie, développement et mobilités durables», et là-dedans en
priorité «énergie, climat et après-mine». Ce n'est pas comme si une
catastrophe écologique planétaire était annoncée... Notamment tant qu'à
faire le gouvernement va diminuer en premier le budget des aides au
chauffage et à l'isolation. C'est la leçon qu'il a tirée de la
problématique fin du monde et fins de mois qu'avaient posée les Gilets
Jaunes. Les catégories "travail et emploi", "recherche et enseignement
supérieur" et "enseignement scolaire" sont concernés respectivement par
1,1 milliard, 900 millions et 690 millions d'euros de crédits annulés.
Puisqu'on vous dit que l'école et l'université vont trop bien... L'aide
publique au développement est rabotée de 740 millions d'euros, l'aide à
l'accès au logement perd 300 millions, la culture 200 millions, la
police nationale 134 millions, l'administration pénitentiaire quelque
118 millions et la défense 105 millions. Bon, pour la police et la
défense, on ne va peut-être pas pleurer. Alors, rassurez-vous, il n'y
aura pas de coupe dans le plan d'aide à l'innovation pour les
entreprises (plan d'investissement de 54 milliards d'euros France 2030).
Pour justifier son plan, Bruno Lemaire a repris l'argumentaire libéral
le plus éculé et le plus caricatural, amplement relayé par la presse.
Bien sur, il passe sous silence les cadeaux fiscaux qui expliquent une
grande partie du déficit. Ça, une certaine presse l'a quand même dit.
Mais il ne faut pas avaler non plus la fable selon laquelle quand on
manque de recettes, il faut diminuer les dépenses. Ça, c'est vrai pour
nous et pour tous les foyers du monde. Mais ce n'est pas vrai pour les
États. Un État n'est pas une famille, et la caisse de l'État ne se gère
pas en bon père de famille. Il est normal pour un État d'être endetté.
Gouverner c'est prévoir, n'est-ce pas. Et l'État est censé assurer les
dépenses nécessaires à la stabilité et l'avenir: éducation, santé,
adaptation au dérèglement climatique, défense du territoire, etc. La
question n'est pas de savoir s'il est endetté. La question est de savoir
si sa dette est soutenable, c'est-à-dire s'il peut la rembourser sans
s'appauvrir. La charge de la dette représente un peu moins de 2% de la
richesse créée en France sur un an (le fameux PIB), environ 12,5% du
budget de l'État. C'est comme si quelqu'un qui gagne 2 000 € avait en
tout 240€ de crédit à payer par mois. Il ne faut pas regarder la dette,
ce que l'État doit, mais la charge de la dette, ce qu'il doit payer
chaque année. Quelqu'un qui veut devenir heureux propriétaire va
peut-être emprunter 200 000 euros, mais ce qui compte pour obtenir le
crédit, c'est combien il doit payer par mois. La France est relativement
bien notée sur les marchés financiers, c'est-à-dire qu'on lui prête de
l'argent facilement et pas trop cher. Il n'y a donc absolument aucune
obligation actuellement de diminuer le déficit.
Alors si, il y en a quand même une d'obligation. L'Union Européenne est
en train de rétablir la règle de Maastricht par laquelle les États
s'engagent à rester au-dessous d'un certain déficit. Le moment ne semble
pas particulièrement judicieux, mais on n'arrête pas une équipe qui
perd. Il y a donc une obligation, mais volontaire. Mais pourquoi donc,
me direz-vous, alors que tous les économistes vous diront que ça va
pénaliser la croissance. Ben, c'est toujours la même histoire.
L'inflation a repris, et les financiers n'aiment pas ça: ça diminue
leurs rentes. Et quand en plus le rapport de forces permet de ne prendre
qu'aux pauvres, pourquoi se priver.
Il y a bien sur une autre raison. On coupe dans quoi? Dans les dépenses
ordinaires des services publics. Ça aura quel résultat? Ils vont
fonctionner encore plus mal. Ça tombe bien, ce sera un argument
supplémentaire pour leur privatisation, privatisation qui intéresse
beaucoup les financiers, en mal de nouveaux marchés sur lesquels exercer
leurs nuisances.
Si on détaille la plus grosse coupe, celle qui concerne «énergie et
climat». Il va y avoir 1 milliard d'euros en moins pour maprim'renov, la
prime d'aide à l'isolation. Ça va pénaliser beaucoup de ménages et pas
mal d'artisans. Pas grave, ce n'est pas un gros secteur pour les
multinationales. Ça va freiner l'objectif de diminution des gaz à effet
de serre. Visiblement, ce n'est pas un truc important pour ceux qui nous
gouvernent. Sauf quand il s'agit de faire la promotion du nucléaire,
bien sur. Le fonds d'aide aux collectivités territoriales pour la
transition énergétique va lui aussi être touché (baisse de 400
millions). Réduire encore leurs marges de manoeuvre n'est pas pour
déplaire à notre gouvernement jacobin. Ce sont en tout plus de 2
milliards d'euros qui sont pris dans le budget «écologie, développement
et mobilité durable». Ça, c'est un gouvernement écolo! Après, quand on
voit leurs idées brillantes en matière d'écologie, est-ce que c'est
vraiment grave s'ils dépensent moins?
En fait, quelle est la logique de tout ça? Il s'agit encore et toujours
de servir en premier les intérêts financiers en luttant contre
l'inflation, quels que soient les dégâts sociaux que cette lutte
provoque. Il s'agit encore et toujours de poursuivre la logique de
dégradation du service public pour mieux le privatiser. Et en ce qui
concerne la destruction de la planète, ne surtout pas la contrecarrer.
On peut penser que c'est suicidaire: après tout, eux aussi en font
partie. En fait, il ne faut pas sous-estimer leur croyance dans le
solutionnisme technologique. Ils pensent vraiment que la solution est
dans l'aide aux entreprises prédatrices. Et ils ont raison: certes, le
dérèglement climatique va s'aggraver, mais on va bien trouver des
solutions pour que les plus riches soient à l'abri des conséquences
désagréables...
Sylvie
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4141
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