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(fr) Alternative Libertaire #348 (UCL) - Secteurs féminisés: Luttes et victoires des femmes au travail
Date
Fri, 19 Apr 2024 19:11:44 +0100
Retour sur une réunion publique organisée par l'UCL Grenoble le 2 mars
dernier sur le thème «luttes et victoires des femmes au travail» qui
comportait une table ronde avec des femmes syndicalistes venues nous
parler de leurs luttes. ---- Le 6 mars 2023, nous avions tenu une
réunion publique sous forme de conférence pour présenter la brochure
«Les enjeux de la syndicalisation des secteurs féminisés». Nous avions
fait le choix de raconter plusieurs histoires de luttes victorieuses de
femmes comme, entre autres, celles des Penn Sardin en 1924, ou plus
récemment des ouvrières du pays Basque en 2021. En plein combat pour les
retraites, les retours du public traduisaient la foi en la grève
féministe et l'espoir dans le 8 mars. C'est sur cet enthousiasme
insufflé par les récits de lutte d'hier et d'aujourd'hui que nous avons
misé cette année.
S'inspirer de deux expériences locales et faire du lien
Deux syndicalistes CGT étaient invitées à la table ronde. L'une est aide
à domicile à ADF38, la seconde ingénieure à STMicroelectronics (ST).
Chez les aides à domicile d'ADF38, exemple-type de secteur féminisé, il
y a 4 hommes (dont le directeur) pour 200 salariées. La camarade a
relevé les injustices de la convention collective de cette branche.
Parmi leurs revendications: la prise en compte des kilomètres entre
domicile et travail et des heures de traval dissimulées, un meilleur
plan de formation, des locaux, du matériel, des chèques restaurant, la
suppression des trois jours de carence, l'augmentation des salaires et
enfin la réduction du temps de travail à 32 heures payées 35 heures. La
camarade de STMicroelectronics nous a raconté l'action en justice
victorieuse qui a conduit à épingler le géant de l'industrie grenobloise
pour discrimination de genre et en raison de la grossesse en 2023. Les
défis actuels des militantes de ST sont la facilitation des temps
partiels des ouvrières et la lutte contre les écarts de carrière: en fin
de carrière, l'écart salarial entre hommes et femmes est encore de 20%.
Outre la hiérarchie genrée et l'inertie imposée par la présence de
syndicats réformistes, les deux contextes sont différents. Si les
salariées d'ADF38 - de fait, exclusivement entre femmes - identifient
sans problème l'injustice qu'elles subissent, les ingénieures de ST,
lorsqu'elles parviennent à prendre conscience qu'elles ne sont pas
épargnées par le sexisme, doivent encore batailler avec leurs collègues
et camarades hommes. La discussion sur les modes d'action a abordé la
syndicalisation. La réforme des retraites a permis à la CGT d'ADF38 de
recruter. L'ancrage territorial via l'Union locale de Fontaine a fourni
aux travailleuses le point d'appui matériel qui leur manquait: un espace
pour parler et s'organiser. Chez ST, l'afflux de jeunes recrues
fortement féminisées, étrangères et racisées met le syndicat face à son
image historique et à la responsabilité qui est désormais la sienne:
s'adresser à ces nouvelles camarades et les joindre à la lutte.
Adapter les modes d'action aux contraintes des métiers
Dans les secteurs féminisés, la grève demeure un outil essentiel, mais à
améliorer: «les salariées veulent, mais beaucoup ne peuvent pas»,
souligne la camarade aide à domicile. La coordination avec les familles
des usager·es leur permet actuellement de dégager du temps militant, à
condition d'avoir un lien de confiance. Les salariées réfléchissent
alors à de nouveaux modes d'action: mini-blocages stratégiques en se
rendant toutes au même moment à l'unique micro-ondes ou aux deux seuls
ordinateurs, grève des bilans attendus à échéance régulière par le
département...
Cette réunion publique s'inscrit dans un contexte local où les secteurs
féminisés sont au premier plan des luttes. Fin février, les salariées
d'Elior-Derichebourg (société de nettoyage privée en charge des locaux
de l'administration de l'État en région grenobloise) se sont mises en
grève suite à l'annonce, sans concertation, de la mutation forcée de
treize salariées d'une semaine à l'autre. Ces travailleuses
déconsidérées, mal payées, souffrant parfois de problèmes de santé,
seraient envoyées travailler en CHU ou en EHPAD sans formation adéquate.
Leur lutte s'est vite reliée au cas de l'Institut d'études politique de
Grenoble, dont le nettoyage est en voie d'externalisation. Personnels et
étudiant·es sont actuellement mobilisé·es pour empêcher ce projet, car
la privatisation du ménage contribue à la casse du service public et à
la corvéabilité accrue des employé·es dont Elior-Derichebourg est le
résultat flagrant. Ce 8 mars, Rachel Kéké - figure emblématique de la
lutte victorieuse des femmes de ménage de l'Ibis Batignolles devenue
députée LFI - est venue médiatiser, s'entretenir et défiler avec les
employées de ménage grévistes aux couleurs de la CGT.
En parallèle, l'UD CGT de l'Isère a organisé une conférence-débat sur
les intersections entre la loi raciste «Immigration» et les secteurs
féminisés. L'UD a travaillé sérieusement sur le mot d'ordre de la grève
féministe, si bien que le cortège CGT du 8 mars à Grenoble était d'une
visibilité inédite. L'UCL Grenoble continue d'encourager l'essor de ces
lignes féministes et antiracistes au sein de la CGT iséroise.
Billie et Artémis (UCL Grenoble)
Syndicalisons les secteurs féminisés!
Aides à domiciles, ouvrières de nettoyage, infirmières, assistantes
d'éducation (AED), caissières, accompagnantes d'élèves en situation de
handicap (AESH), ect. Nos métiers sont indispensables au fonctionnement
du système capitaliste, ce qui nous donne une force: si on s'arrête, le
monde s'arrête! S'organiser collectivement pour de meilleures conditions
de travail apparaît donc nécessaire, via des syndicats de lutte, de
masse, et autogestionnaires. Beaucoup de travail reste à faire pour
créer ces syndicats, les pérenniser, les massifier et les mettre en lien.
Notre campagne pour la syndicalisation des secteurs féminisés porte
différents objectifs: convaincre de la pertinence de l'afficher comme
une priorité politique, mais aussi mettre en lien des syndicalistes
d'une même localité, car nous pensons que les liens tissés entre les
luttes et les personnes nous permettent d'augmenter nos forces. À
Fougères, Rennes, Grenoble, Lyon...
Nombreux sont les groupes locaux qui ont organisé des événements autour
de la brochure, nombreuses sont les discussions qui ont déjà été menées
sur le sujet. Nous espérons qu'elles pourront insuffler de nouvelles
déterminations et participer au renforcement de la lutte syndicale
féministe au sein de ces secteurs.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Secteurs-feminises-Luttes-et-victoires-des-femmes-au-travail
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