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(fr) Courant Alternative #339 (OCL) - Conserveries de Douarnenez: commémoration de la grève de 1924 par la lutte!
Date
Thu, 18 Apr 2024 19:57:22 +0100
L'année 2024 à Douarnenez est une année particulière. En effet, cent ans
auparavant, les sardinières de la ville se mettaient en grève pour des
revalorisations salariales. Pendant 6 semaines, ces ouvrières vont
résister aux pressions et violences patronales et gagneront une
revalorisation salariale. Notons que déjà une grève antérieure de 1905
avait été victorieuse et leurs avait permis de passer du paiement «au
mille » (sardines) au paiement à l'heure. ---- Pour le centenaire de
cette grève, l'histoire sociale des sardinières retrouve une place
importante dans les médias locaux et nationaux. Un documentaire radio de
France culture vient d'ailleurs de sortir sur Lucie Colliard, une
militante syndicale envoyée par la CGTU à Douarnenez pour soutenir
Joséphine Pencalet, l'ouvrière militante, figure emblématique de la
grève des sardinière... et une des premières femmes élues dans un
conseil municipal, avant que le Conseil d'Etat ne l'invalide. Les
commémorations actuelles vont bon train et le chant des ouvrières est
entonné à chaque occasion. Face à ce folklore commémoratif, une autre
réalité existe, le travail des ouvrières de conserverie en 2024.
Aujourd'hui, cette industrie reste manuelle, quasi-exclusivement
féminine, et le travail est globalement ingrat. Ces dames, qui pour
beaucoup ne viennent pas de Douarnenez et sont souvent embauchées en
intérim par Adecco qui possède un bureau au sein même de l'usine
Chancerelle, ne font pas beaucoup parler d'elles. Lors des négociations
annuelles obligatoires de ces dernières semaines, dans un contexte
d'inflation folle, la direction de Chancerelle a proposé une
revalorisation salariale de 1 %, alors même que la CGT, seul syndicat
présent à Chancerelle réclamait 10 %. Ce manque de respect total n'a pas
duré longtemps, et une grève est de suite lancée par le personnel. Le 11
Mars 2024, 250 ouvriers et ouvrières débrayent. De mémoire douarneniste,
ça fait bien 40 ans que cette usine n'a pas connu une grève ! Et la
direction d'estimer «que cette grève est très malvenue dans le cours
d'une discussion avec les représentants syndicaux qui se tient depuis le
mois de février ». Etrange remake de 1924... La différence est pourtant
de taille ! On ne sait si l'histoire sociale de cette industrie a joué
dans la balance, ou même la grande visibilité inédite d'une telle grève
dans un contexte commémoratif qui a fait peur au patronat, mais cette
grève a duré moins de 24h ! Le soir même, la direction concédait des
miettes, et la CGT de signer un accord prévoyant «une revalorisation du
taux horaire de 2,3 % pour les ouvriers, techniciens et agents de
maîtrise; 50 € supplémentaires sur la prime de vacances; 10 € de plus
sur la prime d'habillage; deux jours de RTT supplémentaires pour les
cadres; et une hausse de 1 % de la prime sur objectif. Il comprend
également une clause de revoyure en cas d'augmentation du Smic.»
Ce mouvement extrêmement court reste peu satisfaisant quant aux
résultats sur la revalorisation salariale, qui au final est bien
inférieure aux 10 % souhaités. Cependant, cette première petite grève en
40 ans, en plein période commémorative, pourrait inspirer les ouvriers
sur d'autres sujets, comme les conditions de travail, autre sujet de
tension évoqué durant les NAO ! En effet, les grévistes estiment
également que leurs conditions de travail dans la conserverie historique
de Douarnenez, se sont dégradées. En cas de panne-machine. Les gens se
lèvent, viennent travailler, puis en raison de la panne, rentrent chez
eux, c'est imputé sur leurs compteurs d'heures. Les gens arrivent avec
des compteurs d'heures négatifs parce qu'ils sont rentrés à la maison.
Les accords de modulation permettent d'adapter le temps de travail, de 0
à 42 heures (et jusqu'à 48 heures de manière exceptionnelle et
marginale). Les salariées se sentent «cassées».
On retrouve les mêmes causes avec les mêmes effets: les machines
poussées jusqu'au bout et qui tombent en rade en permanence car les
patrons font la grève de l'investissement, la flexibilité à l'anglaise
avec des contrats style «zero-hours».
Arturo, le 16/03/2024, quelque-part entre Douarnenez et Marseille
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4147
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