|
A - I n f o s
|
|
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists
**
News in all languages
Last 30 posts (Homepage)
Last two
weeks' posts
Our
archives of old posts
The last 100 posts, according
to language
Greek_
中文 Chinese_
Castellano_
Catalan_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Francais_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkurkish_
The.Supplement
The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Français_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours
Links to indexes of first few lines of all posts
of past 30 days |
of 2002 |
of 2003 |
of 2004 |
of 2005 |
of 2006 |
of 2007 |
of 2008 |
of 2009 |
of 2010 |
of 2011 |
of 2012 |
of 2013 |
of 2014 |
of 2015 |
of 2016 |
of 2017 |
of 2018 |
of 2019 |
of 2020 |
of 2021 |
of 2022 |
of 2023 |
of 2024
Syndication Of A-Infos - including
RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
(fr) Courant Alternatif #339 (OCL) - Sénégal: le pouvoir néocolonial de Macky Sall est en bout de course mais la crise politique n'est pas terminée
Date
Sun, 7 Apr 2024 18:41:54 +0100
Au Sénégal, le chef de l'Etat, après avoir du renoncer contraint et
forcé à un troisième mandat, a cherché depuis, à jouer les prolongations
au pouvoir mais il semble aussi avoir perdu tout crédit auprès des
Sénégalais, même au sein de son propre camp qui apparaît divisé et
affaibli. Quel que soit l'issue de cette fin de règne, le bilan de Macky
Sall sera celui d'une répression inégalée dans l'histoire politique de
ce pays tandis que les problèmes de fond qui maintiennent la majorité
des Sénégalais dans la pauvreté restent toujours posés, occultés par les
péripéties du contentieux électoral. ---- La stratégie finalement
perdante de Macky Sall depuis qu'il a du renoncer au troisième mandat
---- Pour faire face à la contestation de son régime, incarnée notamment
par le PASTEF d'Ousmane Sonko, Macky Sall avait le 31 mai, convoqué un
«dialogue national» au sujet de la situation politique de crise initiée
en 2021 avec des accusations de viol visant le leader de PASTEF. Le but
de ce «dialogue» (qui n'était pas le premier qu'il organisait) était
notamment de diviser l'opposition regroupée sous sa bannière de Yonnu
Askan Wi. Ce qui fut un objectif en partie atteint avec la participation
d'une des figures de cette coalition, Khalifa Sall, l'ancien maire
socialiste de Dakar ayant créé son propre parti, et qui, après une
condamnation en 2017, avait été emprisonné et empêché d'être candidat
lors des dernières présidentielles en 2019. Cependant, à l'issue de ce
dialogue au début du mois de juillet, sous la pression à la fois de la
population et de ses mentors au niveau international, Macky Sall avait
du renoncer à briguer un troisième mandat.
Pensant avoir isolé Sonko et ses partisans, le régime s'est alors lancé
dans une opération d'élimination de ces derniers: après avoir été retenu
illégalement, durant des semaines, dans son propre domicile, sans
pouvoir communiquer avec ses avocats, le leader de l'opposition a été
ensuite arrêté ainsi que des centaines de ses partisans, notamment des
cadres et des élus locaux du parti qui a été lui-même dissous. Au mois
de septembre, il avait ensuite désigné son premier ministre Amadou Ba
comme étant le candidat à l'élection présidentielle pour la coalition
Benno Bokk Yakaar, dominée par son parti, l'Alliance pour la République
mais ce choix avait été vite contesté avec l'émergence de candidatures
dissidentes au sein même de l'APR ainsi que des critiques visant Amadou
Ba, de la part de personnalités du parti présidentiel .
Un autre événement est venu changer la donne. Alors que le régime
pensait en avoir terminé avec Sonko, d'autres candidatures de
l'opposition proches de ce dernier ont été validées par le Conseil
constitutionnel le 20 janvier 2024, notamment celle de Bassirou Diomaye
Faye, le numéro 2 du PASTEF, lui aussi incarcéré mais pas encore jugé
définitivement, ce qui lui a permis d'être déclaré candidat. En
revanche, un autre candidat que Macky Sall pensait pouvoir intégrer dans
son jeu a été invalidé par le Conseil constitutionnel: Karim Wade, le
fils de l'ancien président Abdoulaye Wade. Il n'a pu obtenir son décret
de renonciation à la nationalité française que le 16 janvier soit après
le dépôt de sa candidature. Il a donc été exclu à ce titre. Le PDS
mécontent de cette décision a aussitôt lancé des accusations de
corruption à l'encontre de deux des membres du Conseil constitutionnel.
D'autres candidats recalés, se déclarant eux même comme étant des
«candidats spoliés» ont aussi fait pression pour qu'on réexamine leurs
dossiers. Au passage, on peut noter que l'instauration d'un système de
«parrainages citoyens», censé limiter le nombre de prétendants au siège
présidentiel a abouti à un résultat inverse: 20 candidats ont été
retenus, un record inégalé!
Une tentative de coup d'Etat constitutionnel qui ne passe pas...
Alors que quelques jours auparavant, Macky Sall avait reçu et écouté les
doléances des «recalés-spoliés» en leur disant que les décisions du
Conseil constitutionnel ne pouvaient faire l'objet de recours, le 3
février, il a annulé le décret qu'il avait pris fin novembre pour
convoquer le corps électoral au motif qu'il y aurait une crise
institutionnelle entre l'Assemblée et le conseil constitutionnel visé
par des accusations de corruption. Dans la foulée, l'Assemblée nationale
s'est réunie pour voter une loi dérogatoire en vue de repousser les
élections au 15 décembre et de prolonger Macky Sall au pouvoir dans
l'intervalle. Ce qui avait déjà annoncé ce coup d'Etat institutionnel,
quelques jours plus tard, c'est le vote à l'Assemblée d'une commission
d'enquête au sujet des accusations de corruption du Conseil
constitutionnel. Or, le corrupteur mis en cause dans les accusations
lancées par le PDS n'était autre que le premier ministre et candidat du
parti au pouvoir, Amadou Ba!
Cette dernière volte-face du chef de l'Etat est apparue comme une
nouvelle mascarade, ne parvenant pas à dissimuler son choix de bloquer
un processus électoral où son camp était donné perdant. Devant la
réaction de la population, d'abord le dimanche 4 février, puis surtout
lors du vendredi suivant, où des manifestations ont lieu un peu partout
non seulement à Dakar et sa banlieue, mais aussi dans les autres villes
du pays: Saint Louis, Thiès, Ziguinchor, Louga, Diourbel, jusqu'à Mbacké
à proximité de Touba, la ville religieuse des Mourides. Comme par le
passé, le régime a réagi par la répression des manifestations, la
coupure des données mobiles d'internet et la coupure du signal de la
chaîne de télévision Walf réputée être proche de l'opposition. Peu de
temps après, on a même retiré «définitivement» la licence de cette
chaîne. Mais en agissant de la sorte, c'est Macky Sall qui s'est
définitivement discrédité. Les parrains internationaux de Macky Sall ont
du le lâcher, plus ouvertement dans le cas des Etats-Unis que de la
France qui craint davantage les aléas d'une alternance électorale. A
force de vouloir s'accrocher au pouvoir, alors que le Sénégal est censé
être la vitrine démocratique du néocolonialisme français, Macky Sall est
devenu un boulet. Sur le plan des symboles, les images des députés de
l'opposition évacués de l'hémicycle par le GIGN sénégalais font mauvais
genre. Sur le plan économique, dans l'optique des intérêts de
l'impérialisme international, l'atmosphère de crise dont il est le
principal responsable n'est pas bonne pour les affaires et d'ailleurs,
sur le plan intérieur, le patronat sénégalais a pris aussi ses distances
avec le régime en réclamant le respect du calendrier électoral.
Face à cela, le régime de Macky Sall qui ne connaît que le rapport de
force va faire (un peu) marche arrière: il remet l'internet en route et
revient sur la fermeture de la chaine Walf, il libère une partie des
prisonniers politiques (entre trois et quatre cents). Le 15 février le
Conseil constitutionnel abroge le décret présidentiel du 3 février,
déclare la loi votée à l'assemblée nationale comme inconstitutionnelle
et enjoint au président d'organiser des élections «dans les meilleurs
délais.»
Cependant, Macky Sall a continué de louvoyer, de temporiser en annonçant
un nouveau «dialogue» pour se mettre d'accord sur la date et des
modalités d'une «élection inclusive». Ce énième «dialogue» s'est déroulé
les 26 et 27 février mais il est boycotté par 17 des 19 candidats encore
en lice.
Sans surprise, les conclusions de ces «dialoguistes» sont allées dans le
même sens: repousser la date des élections présidentielles au 2 juin et
ouvrir la liste des candidats retenus à un certain nombre de «spoliés»
qui verraient leurs dossiers de nouveau examinés. De nouveau, le Conseil
constitutionnel, sollicité par les autres candidats, a confirmé que les
élections doivent se tenir dans un court délai, en donnant la date du 31
mars. De son côté, Macky Sall publie un décret de convocation des
élections pour le 24 mars, une date sur laquelle le Conseil finit par
s'aligner.
La bataille semble maintenant perdue pour les tenants du putsch
constitutionnel mais tout n'est peut-être pas fini. Le candidat officiel
du pouvoir Amadou Ba, est en position délicate, à tel point qu'on s'est
même demandé si le pouvoir n'allait pas carrément le laisser tomber au
profit d'un autre. Ceux qui incarnent la ligne dure putschiste sont
toujours au gouvernement, comme le ministre du tourisme, Mame Mbaye
Niang, à l'origine de la plainte en diffamation qui a abouti à
l'invalidation de Sonko. Ils savent qu'en cas de défaite, ils risquent
gros, étant personnellement impliqués dans les actions répressives y
compris celles menées en marge de l'action des forces de sécurité avec
la mise en place de milices (notamment celle au nom évocateur des
«Marrons du feu») qu'on a vues à l'oeuvre contre les manifestants ou les
militants de l'opposition, sans parler de toutes les affaires de
corruption pour laquelle ils pourraient être poursuivis dès que le
glaive de la justice aura changé de main.
Autre élément d'incertitude qui a pesé sur le lancement de la campagne,
la libération d'Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye Faye, annoncée
comme imminente depuis la mi-février, a fini par se concrétiser dans la
soirée du 14 mars. On verra aussi si le Conseil national de régulation
de l'audiovisuel finira par accorder un temps d'antenne à Bassirou
Diomaye Faye, qui lui a d'abord été refusé au motif que ce temps aurait
été utilisé par d'autres qui parleraient en son nom.
Le lourd bilan répressif du régime «républicain» de Macky Sall
Au cours de la dernière vague de manifestations spontanées contre le
report de l'élection, ce sont encore quatre jeunes qui ont été tués par
les forces de l'ordre (deux étudiants à Saint Louis, un lycéen à
Ziguinchor et un jeune commerçant ambulant à Dakar). Sur toute la
période de la crise depuis mars 2021, le bilan des décès, qui sont
pratiquement tous le résultat de tirs à balles réelles, s'élève à plus
de soixante morts. C'est un triste record dans la vie politique
sénégalaise contemporaine. Même dans la période du parti-Etat de Senghor
durant les années 1968 et suivantes, où il a fait l'objet de
contestations virulentes de la part de la jeunesse animée alors par un
esprit révolutionnaire, on n'avait jamais connu un tel niveau de
répression. De même, le nombre de détenus politiques durant ces années
n'excédait jamais quelques dizaines. Avec cette crise, c'est au moins un
millier de détenus politiques qu'a enregistré le Sénégal. La liberté de
l'information n'a pas été épargnée également, avec des coupures
d'internet à répétition, des violences exercées encore récemment sur des
journalistes par les policiers, etc... Ce débordement répressif visant
aussi ces derniers, peut expliquer que lors de la libération des
prisonniers politiques on a pu lire dans la presse plusieurs témoignages
sur le calvaire de ces derniers: la torture et les mauvais traitements
de la part des gendarmes et des policiers lors des arrestations, souvent
opérées au hasard; l'incarcération décidée en pratique parce que les
personnes en question avaient laissé sur leurs portables des likes sur
des réseaux sociaux en faveur de Sonko ou d'autres figures du PASTEF
tandis qu'aucune instruction n'a été menée par la suite; enfin la
surpopulation, le manque d'hygiène la plus élémentaire dans les prisons
sénégalaises, etc
Ce bilan n'est pas le fruit du hasard. C'est le résultat d'une politique
délibérée. L'an dernier, Macky Sall a pu annoncer qu'en douze ans, soit
la durée de ses deux mandats, les effectifs de la gendarmerie atteignant
35 000 hommes avaient triplé. La police aussi au cours de l'année 2023 a
augmenté ses effectifs avec 4000 nouveaux recrutements. Quand on circule
à Dakar, on ne peut qu'être frappé par la jeunesse des robocops, censés
assurer le maintien de l'ordre, déployés en permanence dans les lieux
stratégiques de la capitale. Il faut aussi mentionner la collaboration
avec les régimes occidentaux, censés défendre les valeurs démocratiques,
dans cette montée en puissance répressive. On ne reviendra pas sur la
livraison par la France de matériels de répression utilisés d'abord dans
des manifestations des Gilets jaunes comme les grenades assourdissantes.
Il y a eu aussi le concours d'éléments israéliens, identifiés au milieu
des forces de l'ordre venues «cueillir» Sonko pour l'amener au palais de
justice en février 2023. La dernière péripétie en la matière est le
repérage d'unités spéciales destinées à la lutte antiterroriste, sur des
photos datant de la répression de manifestations organisées dans le sud
du pays à la fin du mois de mai de cette même année. Ces unités
spéciales, les GAR-SI ont été financées par l'Union européenne et mises
en place grâce à une «coopération technique» venant de la Guardia Civil
espagnole, elle aussi expérimentée en la matière!
Une amnistie intéressée
Alors que Macky Sall répétait encore au mois de janvier qu'il n'y avait
pas de prisonniers politiques au Sénégal, il a fait voter par
l'Assemblée le 6 mars une loi d'amnistie concernant «les infractions ou
crimes liés à des motivations ou manifestations politiques commis entre
le 1er février 2021 et le 25 février 2024.» Plus d'une dizaine de lois
d'amnistie ont été votées au Sénégal depuis l'indépendance, mais pour la
première fois elle va inclure des actes qui n'ont pas fait l'objet d'un
jugement, ni même d'une instruction, ce qui est le cas pour les dizaines
de personnes tuées lors des manifestations. C'est pour cela que cette
loi d'amnistie est apparue comme une supercherie de plus, car pour
libérer les manifestants ou les partisans de l'opposition il n'y a pas
besoin d'amnistie en fait, comme on l'a vu quand quelques centaines
d'entre eux ont été libérées, pour faire baisser la tension après les
manifestations contre le report. En fait, il s'agit d'un texte qui vise
à exonérer de toutes poursuites les différents responsables de la
répression (dirigeants politiques, policiers, gendarmes, miliciens
etc.). Ceci dit, il ne faut pas oublier qu'il y a aussi une procédure
initiée au niveau de la Cour pénale internationale et il n'est pas dit,
non plus, que cette loi d'amnistie soit définitivement acquise comme un
bouclier contre toute poursuite ultérieure même au plan interne.
Les problèmes de fond qui demeurent et les mirages du «modèle
démocratique sénégalais»
Le gouvernement de Macky Sall s'est targué depuis des années d'avoir
obtenu des taux de croissance élevés, de l'ordre de 6 à 7%, et d'avoir
doté le pays d'infrastructures mais depuis 2018, l'indice de
développement humain qui prend en compte des critères de santé,
d'éducation et de niveau de vie est en baisse. A l'inverse, logiquement,
les flux migratoires sont en hausse. L'économie reste sous-développée,
avec d'un côté, un secteur informel qui occupe la très grande majorité
des actifs et de l'autre côté, des activités rentières aux mains de
multinationales (mines, télécommunications, et dans un avenir proche:
exploitation pétrolière et gazière...) génératrices de profits élevés,
rapatriés à l'étranger. La pêche est un secteur sinistré du fait de la
surpêche découlant notamment des accords de pêche passés avec des pays
étrangers. De même au niveau foncier, les autorités bradent des terres
en faveur de l'agrobusiness au détriment des communautés villageoises.
Macky Sall avait promis en 2019, 100 000 logements à l'intention de
ménages à revenus modestes, ce n'est même pas 2000 qui ont été livrés et
encore à des familles avec des revenus qui sont plutôt moyens que
modestes. Pour financer ces infrastructures, le pays s'est endetté à un
niveau record. La croissance a profité largement à une minorité de
spéculateurs et d'affairistes liés au pouvoir en place mais pas à la
masse de la population. En outre, cette croissance se fait au prix d'une
dégradation de l'environnement, ce qui pose déjà des problèmes de santé
publique dans la région du Cap Vert où se trouve la capitale, avec la
pollution de l'air et des sols également.
Si Sonko et le PASTEF ont suscité une adhésion populaire inédite et
imprévue, c'est parce que les gens ont bien perçu que le pouvoir de
Macky Sall n'était là que pour satisfaire les intérêts d'une minorité de
parvenus et que pour garder ses privilèges, le clan au pouvoir avait
recours de plus en plus ouvertement à la manipulation de différentes
institutions et même à la force brutale en dehors de tout cadre légal.
Un pacte de bonne gouvernance en trompe-l'oeil
Ceci dit, la mobilisation contre un tel projet de monopolisation du
pouvoir a largement été menée sur la base de revendications
institutionnelles, voire parfois au nom d'une conception idéalisée du
système politique sénégalais qui serait un «modèle» de démocratie à
préserver. Cette perspective revendicative institutionnelle est née des
déceptions de la première alternance. En 2008, des opposants à Abdoulaye
Wade, qui étaient pour une bonne part des anciens soutiens de ce dernier
lors de son arrivée au pouvoir - notamment ceux issus de la gauche qui
paradoxalement avaient porté au pouvoir un candidat «libéral» en 2000 -,
ont commencé à réaliser que celui-ci était en train de mettre en place
un système de pouvoir personnel après avoir manipulé les appétits de
pouvoir des uns et des autres au sein de la classe politique. Cela a
pris la forme des Assises nationales tenues en 2008, qui ont fait des
propositions pour mettre en place des mécanismes limitant le pouvoir
présidentiel. Macky Sall s'est réclamé de ces Assises quand il s'est agi
de se faire élire en 2012. Mais par la suite, arrivé au pouvoir, il
s'est bien gardé de mettre en oeuvre ce qu'elles préconisaient. Pour
cette élection de 2024, on a vu ressurgir une initiative de Pacte de
bonne gouvernance se réclamant de cet héritage des Assises nationales,
qui a été proposé à la signature des candidats. Evidemment le fait de
signer est une chose, l'appliquer plus tard une fois parvenu au pouvoir,
en est une autre... Autre question, encore plus politique: est-ce que
l'opposition avec Bassirou Diomaye Faye du PASTEF, si elle gagne les
élections - ou plutôt si on lui laisse gagner ces élections! - sera
prête à assumer une rupture avec le néocolonialisme français. Ce
candidat a annoncé dans son programme, la mise en place d'une monnaie
nationale, mais sur ce point, y aura-t-il vraiment rupture avec le franc
CFA, si d'aventure il était élu, cela reste à voir!
Une vision myhique
L'autre illusion qui imprègne certains discours, c'est la référence à un
système politique qui incarnerait la démocratie depuis des décennies,
voire des siècles au Sénégal. Le nom de la coalition de la «société
civile» (Aar sunu election: Protéger notre élection) créée en réaction
au report de l'élection présidentielle, renvoie implicitement à cette
vision mythique d'un système électoral démocratique sénégalais qui
contrasterait avec la situation des pays voisins. Pour célébrer cette
«tradition démocratique», certains vont parfois jusqu'à faire référence
aux cahiers de doléances de la colonie du Sénégal lors de la réunion des
Etats généraux de 1789, en oubliant que c'étaient des revendications en
faveur des intérêts du commerce colonial, notamment ceux des colons
esclavagistes! Dans la période contemporaine depuis l'indépendance, il
faut rappeler que les élections ont été l'occasion de crises et de
violences, comme en 1963 avec le massacre des Allées du Centenaire où
des dizaines de manifestants ont été tués par balles ou plus tard,
l'état d'urgence après les élections de 1988, avec l'emprisonnement des
leaders de l'opposition, dont Abdoulaye Wade. Plus généralement, les
élections ont été, soit organisées sans opposition à l'époque du parti
unique de fait, soit ont fait l'objet de fraudes massives, avec des
bourrages d'urnes à la clé, que ce soit au début des années 1960 sous
Senghor, ou plus tard sous Abdou Diouf dans les années 1980.
De nos jours, c'est un peu plus sophistiqué mais il y a aussi
différentes manières de truquer ou en tout cas de biaiser les résultats
de l'élection. Un ouvrage récent (F. Pigeaud & N. S. Sylla, De la
démocratie en Françafrique) a mis en lumière une tactique éprouvée que
ces auteurs ont baptisée «eugénisme électoral». En fait, il s'agit de
favoriser les zones géographiques ou les catégories de population où le
parti au pouvoir est en position de force. Par exemple, entre 2012 et
2019, la région du Fouta qui est le «fief» du parti au pouvoir a vu le
nombre d'électeurs augmenter de 63 000, lesquels ont voté très
massivement pour Macky Sall. A l'inverse, sur la même période le
département de Dakar, où le parti au pouvoir est minoritaire, a vu son
nombre d'électeurs diminuer de 19 000, ce qui ne correspond pas à la
réalité démographique. Sur le plan de l'âge, il se passe un phénomène
similaire: les tranches d'âge des plus jeunes sont nettement
sous-représentées au niveau du fichier électoral parce que les jeunes
sont ceux qui votent le moins pour le parti au pouvoir. Ce fichier fait
l'objet de révisions périodiques mais sur des périodes très limitées. De
plus, c'est l'administration qui a la main sur ce fichier. Une autre
étude récente a levé un lièvre qui mérite qu'on y regarde de plus près
quand on célèbre le modèle démocratique au Sénégal: en comparant
différentes sources de l'administration, on y repère, entre autres,
l'existence de «826 bureaux de vote fictifs dans les quels sont
rattachés 469 291 électeurs. (https://www.seneplus.com/opinions/u...;»;)
A l'heure, où ces lignes sont écrites, il est difficile de prévoir ce
qui va se passer après le premier tour de l'élection, le 24 mars.
Cependant, il n'est pas à exclure qu'après une crise pré-électorale qui
s'est développée depuis trois années, le Sénégal connaisse aussi une
crise post-électorale.
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4128
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center