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(fr) CNT-AIT - Mythologie de la liberation
Date
Fri, 23 Feb 2024 09:59:09 +0000
Alors que la République française s'apprête à ensevelir les Manouchian
dans son Panthéon des Grands hommes au nom de la Patrie reconnaissante,
cette même Patrie qui n'avait pas trouvé digne d'accorder la nationalité
à Missak Manouchian de son vivant, ---- Alors que la République va
recouvrir le cercueil des Manouchian du drapeau bleu blanc rouge, le
même drapeau que celui de l'Etat français Vichiste, quand leur drapeau à
eux était Rouge des espoirs révolutionnaires et internationalistes, ----
Alors que Macron va prononcer une discours, des sanglots dans la voix,
sur le courage de ces immigrés alors qu'il vient de faire voter avec les
voix de l'extrême droite une des loi les plus liberticide et les plus
racistes à l'encontre des migrants. ---- Comme nous l'écrivions déjà
dans un article publié en 2004, à propos des célébrations en grandes
pompes par la Mairie de Paris de ces «espagnols qui ont libérés Paris»:
«En fin de compte, cette indigestion d'éphémérides, distillées et
célébrées à grande pompe est destinée à évacuer cette question
fondamentale: sommes-nous libres? Puisque, nous assène-t-on, la France a
été libérée il y a 60 ans, nous n'aurions même pas à nous la poser...
Et pourtant... pendant que l'Etat français se gargarise de la
Libération, son Journal Officiel publie au quotidien de nouvelles lois
pour restreindre les libertés de l'individu[3]et augmenter le pouvoir de
l'argent[4]. Inscrit dans une spirale répressive, l'Etat fait exploser
le nombre de prisonniers. La contradiction entre les faits et le
discours a ainsi atteint des sommets.»
Les politiciens de tout bord versent des larmes de crocodiles sur ces
résistants étrangers, après les avoir superbement ignorés pendant plus
d'un demi siècle, ayant attendu qu'ils soient morts pour organiser une
récupération de type chauvine à laquelle les intéressées ne sont plus en
mesure de s'opposer ...
Il nous revient à nous qui essayons de perpétuer leurs combats de clamer
que nous ne sommes pas dupes, de dire que le roi est nu, et
qu'aujourd'hui comme hier, une Révolution reste à faire qui balayera
dans le même mouvement l'Etat, ses institutions, son Panthéon, ses
drapeaux et ses frontières et le Capitalisme mortifère qui détruit la
Planète et les Humains ...
Des militants de la CNT-AIT
Sur le même sujet:
DES ANARCHISTES ESPAGNOLS EN RESISTANCE
http://cnt-ait.info/2021/01/10/anarchistes-pas-republicains-des-anarchistes-espagnols-en-resistance-2/
Thomas HELMUT: anarchosyndicaliste allemand, déserteur résistant, et
antifasciste internationaliste
http://cnt-ait.info/2021/08/01/thomas-helmut/
===============
MYTHOLOGIE DE LA LIBERATION
(Extrait de la brochure des anarchistes espagnols en Résistance, tome 1)
Cet été 2004 est à marquer de la pierre grise de la monotonie
bourgeoise. Il est vrai que tout l'art des festivités étatiques est de
faire crever d'ennui les esprits libres. Passe encore que, pour honorer
les résistants, on fasse défiler policiers et soldats: cela amuse les
enfants, et le plus bel Etat du monde ne peut offrir en spectacle que ce
qu'il a, c'est-à-dire rien de bien. Passe également que pour fêter
«Paris libéré», la capitale soit quadrillée par la police et l'armée,
même si ce paradoxe devrait faire sourire jaune.
Non, ce qui est radicalement ennuyeux, c'est de toujours et encore voir
les mêmes grosses ficelles de la propagande étatique se dérouler sans
cesse sous nos yeux, comme si elles sortaient d'une pelote gigantesque
sur laquelle il y aurait marqué «on vous prend pour des cons». Pardonnez
la trivialité de l'expression; mais, mieux qu'aucune figure de
rhétorique ne pourrait le faire, elle rend compte avec exactitude de
l'esprit du siècle qui n'est autre que celui de la vulgarité
triomphante, représentée en premier lieu par des intellectuels
prétentieux à la solde de l'Argent. Cela ne mérite pas mieux
effectivement pour le dire qu'une expression «incivile»!
A l'occasion du soixantenaire de la Libération donc, politiciens et
médias ont été fidèles à la loi du genre: les discours étaient un
galimatias de platitudes redondantes, destinées, comme dans n'importe
quelle «République bananière», à récupérer l'histoire dans le bon sens
et à nous faire intégrer, par la force d'un flot continu d'insinuations,
d'approximations et d'inexactitudes voulues que «tout va pour le mieux
dans le meilleur des pays».
LES FRANÇAIS LIBERES MALGRE EUX
On a presque honte d'avoir à le rappeler, tellement cette vérité
historique est bien établie: la police parisienne et plus largement
toutes les corporations étatiques françaises -magistrature en tête- ont
collaboré et aidé les nazis à persécuter les juifs, les homosexuels, les
gitans et tous les opposants politiques.
Charles de Gaulle, qui avait une vision claire des nécessités de la
sauvegarde de ces institutions pour préserver le fonctionnement du
système capitaliste a été -avec la complicité du Parti Communiste
Français- le principal instigateur du mythe de la nation en armes contre
l'occupant. Répétons-le: avant 1944, la Résistance a été le fait de
marginaux, la plupart étrangers. L'un d'entre eux, l'humoriste Pierre
Dac a très précisément résumé ainsi la situation: l'ensemble de la
population française a surtout résisté à l'envie de résister. Le coup de
l'occupation de la Préfecture de la Seine à Paris par les agents de
police le 19 aout 1944 s'apparente à l'attaque du Palais d'Hiver à
Petrograd l'hiver 1917. C'est un grand coup symbolique et politique,
décidé par une minorité, et destiné à justifier ce qui allait suivre: la
prise du pouvoir par les gaullistes... et de faire d'une pierre deux
coups. Ce formidable retournement de veste de la police allait en effet
permettre à la masse des politiciens, magistrats et autres
fonctionnaires gravement compromis dans la collaboration avec les nazis,
de rejoindre ces résistants de la 25ème heure qu'ont été les flics
parisiens. Et tout ce petit monde a pu de la sorte s'auto blanchir
collectivement. En conséquences de quoi, par exemple, M. Papon, auteur
de crimes contre l'humanité, a pu poursuivre une longue carrière dans la
préfectorale puis devenir ministre sans que la justice ne «pense» à lui
demander des comptes pendant presque un demi-siècle.
Oeuvre d'une minorité, la Résistance devient dès la libération, par la
grâce d'une grossière réécriture de l'histoire, oeuvre de tous. Il
s'agit de produire la cohésion nationale nécessaire à la relance de la
vie économique. Au mot d'ordre national chauvin «A chacun son boche» du
P.C. fait alors suite la propagande de la C.G.T. qui, en relayant
l'appel à se «retrousser les manches» veillait à remettre «la France au
travail» et à étrangler tout départ de grève... jusqu'au déclenchement
de la guerre froide, date à laquelle le discours communiste prit un
nouveau virage. En attendant, cette union sacrée entre la droite
-représentée par le gaullisme- et une certaine gauche -incarnée par le
parti communiste- permit d'écraser les idéaux révolutionnaires qui
auraient pu être véhiculés par les véritables combattants de l'ombre.
Et, par la grâce de l'alliance gaullistes-communistes, le pouvoir
étatique lamentablement échoué par sa politique de collaboration avec
les nazis, se retrouva presque aussitôt remis à flots. Là-dessus,
flonflons et musette, et le tour est joué. Si bien qu'on nous le ressert
60 ans après.
LES ANARCHISTES ESPAGNOLS: ENTERRES EN 1944, DETERRES EN 2004
Parmi les résistants, il y en avait d'immédiatement présentables lors de
la Libération: ceux de droite et les français du P.C. Mais il y en eut
qui furent privés du droit aux honneurs car la seule mention de leur
existence aurait fait désordre dans la mythologie cocardière. Non
seulement ils n'obtinrent pas les honneurs -ce dont ils se fichaient
d'ailleurs généralement- mais parfois ils n'obtinrent même pas la
moindre considération comme, simplement, la nationalité française! Leur
conduite héroïque face aux nazis n'effaçait pas la tache indélébile
d'être des juifs-étrangers communistes ou pire encore, des anarchistes.
Ainsi, dans tout le sud de la France, les anarchistes espagnols ont
fourni les gros bataillons des maquis, pour être aussitôt oubliés.
Pour être exacts, il faut dire que le mouvement anarchiste espagnol en
exil en France était divisé en 1939 sur la question de la résistance
armée. Il y eut des polémiques sur la question, mais, nécessité faisant
loi, elles ne firent pas long feu. Chacun donc fit ce qu'il put pour
résister au massacre organisé par les grandes puissances.
Dans toute la France, dans les bombes et les embuscades qui éclatèrent
bien avant 1944, on pouvait reconnaître la patte des Compañeros. Cet
engagement massif des libertaires espagnols dans la Résistance fut le
résultat d'une réaction viscérale, individuelle et collective, face à
l'oppression fasciste, et non, comme cela devrait être le cas dans un
mouvement anarchiste, le fruit d'une démarche collectivement réfléchie.
C'est là un constat. On ne peut que regretter bien sur cette absence de
stratégie collective, qui a facilité l'élimination de l'anarchisme du
champ social dans tout l'après-guerre. Mais il faut rappeler que les
compagnons de la CNT-AIT espagnole n'étaient arrivés sur le sol français
que depuis quelques mois. Ils y étaient en exil, le plus généralement
«accueillis» dans des camps de concentration (français), après avoir
réalisé une révolution, mené une guerre de trois ans, et s'être fait
balayer par la coalition des dictatures d'Europe avec la complicité des
«démocraties». Difficile dans ces conditions de mettre au point une
stratégie! Au moins avaient-ils leurs idées suffisamment chevillées au
corps pour refuser toute collaboration et résister partout où ils le
pouvaient à une époque pendant laquelle, rappelons-le encore, un tel
comportement était une rareté.
Sans se glorifier de l'entrée dans Paris, en tête de la 2ème D.B., du
char «Durruti», sans se gargariser de la geste héroïque d'innombrables
militants de la CNT-AIT et de la FAI dans la lutte clandestine contre la
Wehrmacht, force est de dresser ici aussi un constat: ces résistants de
la première heure, l'Etat français les a tout bonnement enterrés en
jouant de tous les rouages médiatiques et intellectuels -y compris ceux
qui se proclamaient de gauche. Il lui était ainsi plus facile par
exemple de laisser assassiner par les brutes franquistes le «Commandant
Raymond» (de son vrai nom Capdevila) que de demander des comptes à Franco.
Compagnons de la Nueve lors du défilé sur les
Champs Elysées, le 26 Aoüt 1944, faisant le
geste des anarchosyndicalistes de la CNT-AIT,
les mains croisées solidairement
Et voici que, soixante ans plus tard, on découvre au grand public que la
Compagnie de Drone[1]-la première compagnie de la 2ème D.B. à avoir
pénétré dans Paris, c'est dire la portée symbolique de la chose- était
composée d'anars espagnols! Cette «découverte» curieusement tardive
devrait faire réfléchir les esprits critiques sur la «compétence» des
universitaires et des journalistes qui ont traité pendant soixante ans
le sujet de la libération de Paris en long, en large et en travers, mais
toujours en oubliant ce petit «détail»! On mesure bien là la complicité
qui unit la gent universitaire, quel que soit le plumage politique dont
elle se pare, à la main qui la nomme et la nourrit ainsi que celle de la
gent journalistique à la main qui la contrôle in fine, l'Etat.
Soixante ans après, historiens et journalistes peuvent bien rétablir un
pan de la vérité. Les protagonistes ne sont plus là ni pour dire leurs
motivations politiques du moment ni leur analyse du présent. Leur mort
physique permet d'annexer l'anarchisme à l'union sacrée de 2004 autour
de cette commémoration. Ce qui tombe bien: le pouvoir, pour se
maintenir, a besoin de l'accord de tout le monde. On a vu, lors des
élections présidentielles de 2002, l'importance qu'il accorde à ce
consensus national. Tout est bon pour cela, que ce soit le matraquage
psychologique intense -au nom de l'antifascisme- entre les deux tours de
la présidentielle[2], ou l'annexion de l'anarchisme dans les
réjouissances du soixantenaire de la Libération.
SOMMES NOUS LIBRES?
En fin de compte, cette indigestion d'éphémérides, distillées et
célébrées à grande pompe tous les jours de l'été écoulé est destiné à
évacuer cette question fondamentale: sommes-nous libres? Puisque, nous
assène-t-on, la France a été libérée il y a 60 ans, nous n'aurions même
pas à nous la poser...
Et pourtant... pendant que l'Etat français se gargarise de la
Libération, son Journal Officiel publie au quotidien de nouvelles lois
pour restreindre les libertés de l'individu[3]et augmenter le pouvoir de
l'argent[4]. Inscrit dans une spirale répressive, l'Etat fait exploser
le nombre de prisonniers. La contradiction entre les faits et le
discours a ainsi atteint des sommets. Pour ceux qui auraient encore un
doute, qu'ils se rappellent que pendant que d'une main le pouvoir flatte
la Résistance et la lutte contre l'antisémitisme, de l'autre, un des
rarissimes prisonniers qu'il trouve à libérer n'est autre que Maurice
Papon, anti-résistant notoire, responsable de la déportation vers les
camps de la mort de centaines d'enfants juifs.
K. Tule
[1]: Le capitaine Drone en question, chef de cette compagnie, a
totalement et volontairement «oublié» dans ses mémoires parues dans
l'après-guerre de décrire l'origine de ses combattants. Il semble que
cela lui ait été demandé par sa hiérarchie.
[2]Le front commun appelant à voter Chirac allait de la droite dure à
l'extrême gauche à l'exception de LO, en passant par certains
«anarchistes». Le score extraordinaire obtenu par Chirac grâce à cet
ensemble lui a bien entendu laissé les mains libres. Très rares ont été
ceux qui, comme «Le Combat syndicaliste de Midi-Pyrénées» ont appelé à
l'abstention pour le premier comme pour le second tour.
[3]un simple exemple: des jeunes ont été envoyés en prison simplement
pour être resté dans le hall de leur immeuble.
[4]Chaque fois qu'il y a une réforme financière (impôts...), c'est pour
faire un cadeau aux possédants.
=============
texte extrait de la brochure «ANARCHISTES, PAS REPUBLICAINS ... DES
ANARCHISTES ESPAGNOLS EN RESISTANCE (tome 1)»
Tome 1: des camps républicains du mépris aux maquis de la Liberté...
Télécharger la brochure au format PDF Télécharger
Longtemps, la mythologie de la Libération, entretenue par le Pouvoir
(tant Gaulliste que communiste) voulut que les français se soient
engagés massivement dans la Résistance et que la France se soit
quasiment libérée elle-même.
Or la Résistance fut avant tout le fait de «marginaux», dont de nombreux
étrangers réfugiés. Leur rôle dans la libération de la France passa aux
oubliettes de la mémoire.
Depuis quelques années, on redécouvre que près de 30 000 espagnols
prirent part, d'une façon ou d'une autre aux combats contre l'occupant
nazi. Mais de nouveau, l'Histoire est prise en otage de considérations
politiques et partisanes: ces espagnols sont décrits comme
«républicains», alors qu'en fait nombre d'entre eux étaient anarchistes
et révolutionnaires.
Cette brochure essaie de remettre les pendules à l'heure, en rappelant
qui furent ces femmes et ces hommes, anarchistes de conviction et
d'action, et dont la vie fut placée sous le signe de la Résistance dès
1936 avec la Révolution espagnole et se prolongea bien après la
Libération de la France avec la lutte contre le Franquisme.
Table des matières
INTRODUCTION
Mythologie Française et Républicaine de la «libération»
Les français, libérés malgré eux
Les anarchistes espagnols: enterrés en 1944, déterrés en 2004
Sommes-nous libres?
PARIS: Inauguration du jardin Federica montseny et exorcisme
républicain
A propos des «Camps espagnols», camps de concentration français et
républicains
Les camps espagnols
1939 - 1945: Les camps dont on parle et ceux dont on ne parle pas
CAMPS D'ARGELES-SUR-MER
A propos des maquis anarchistes en Ariège
Les Anarchistes espagnols dans la résistance au Nazisme
Un mouvement qui s'organise tant bien que mal
La présence des anarchistes
L'UNE, l'hégémonie dans le sang
Etat Français - Ministère de l'Intérieur Très secret: le «Mouvement
Libertaire» Espagnol en France (1942)
BREVE CHRONOLOGIE DE L'EXIL ANARCHISTE ESPAGNOL EN France (1939 - 1961)
L'esprit de résistance guida leur vie, quelques portraits
d'anarchosyndicalistes
espagnols
María Vázquez BLANCO
Elisa Garrido Gracia "La Mañica", qui détruisit une usine d'obus
allemands
Alfonsa Bueno Vela, martyre de la déportation
José ESTER BORRAS, ardent défenseur de la cause des déportés
Vicente Moriones BELZUNEGUI, une vie de Résistance
José ALBALAT RIPOLLÉS, ébéniste et passeur
Josep Lladós TARRAGO, l'idéal chevillé au corps
Casto BALLESTA, pionnier de la résistance en Limousin
Juan MONTOLIU DEL CAMPO, éboueur et chef guérillero
José BERRUEZO SILVENTE «CLARIN»
MOREY BLANCH, Manuel «Manolo»
José SANTIAGO PAVON, dit «Antonio ORDOÑEZ MUÑEZ»
José GERMAN GONZALEZ
Antonio SANZ, l'instructeur du Vercors
Manuel JOYA MARTINEZ
Francisco ORTIZ PEREZ
Paulino MALSAND BLANCO
A la mémoire de Tecle HAGOS et des éthiopiens qui partagèrent le sort
des anarchistes espagnols
Floréal BARBERA: un siècle de lutte anarchosyndicaliste et antifasciste
Mai 1944: le sauvetage périlleux de 60 membres de l'Organisation Juive de
Combat
Emile Travé: de la Colonne Durruti à la CNT-AIT Française en passant par
le Bataillon LIbertad
Ángel et Maria "dynamite" MONBIOLA: l'Amour et l'Anarchie, pour la vie
Trois compagnons tombés sous des balles fascistes
http://cnt-ait.info/2024/02/21/mythologie-de-la-liberation/
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