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(fr) Socialisme Libertaire - La démocratie? Une machine a broyer les luttes sociales
Date
Thu, 22 Feb 2024 09:57:58 +0000
«S'il y a un concept incontournable auquel chacun se réfère quelque soit
le lieu ou la niveau d'organisation auquel il a à faire, c'est bien la
démocratie. Impossible de créer une association de quartier, un
syndicat, un club de pétanque ou de tir à l'arc sans qu'à un moment ou à
un autre l'expression ne soit employée pour définir le mode de prise de
décision. Impossible de concevoir l'organisation de la vie communale
sans que le mot ne soit employé comme garantie de justice sociale.
Impossible pour un État d'être intégré dans le «concert des nations»
sans ce label de qualité de respect des libertés individuelles qu'est la
référence à la démocrate. La «démocratie» est le concept politique sur
lequel repose toute l'organisation sociale des pays dits occidentaux qui
voudraient l'imposer aujourd'hui au reste du monde au nom d'une
prétendue universalité civilisatrice.
Il faut tout de même s'interroger sur le contenu de la fonction de ce
modèle politique puisqu'il est évident que sa pratique ici-même laisse
pour la moins à désirer et n'apparaît, le plus souvent, que comme le
moins pire des systèmes. Peut-on s'en contenter et prétendre en faire un
schéma universel? Il est permis d'avoir de sérieux doutes. Le principe
démocratique repose sur l'idée que chaque individu peut et doit pouvoir
donner son opinion sur la société dans laquelle il est inséré. En fait,
cette idée n'est pas propre au système démocratique, mais est présente
sur tous les continents, parce que d'une façon ou d'une autre les
besoins et les opinions de chacun doivent être pris en compte dans la
régulation des relations sociales, sous peine de voir exploser ou
imploser la société Concernée.
Le problème n'est donc pas d'affirmer un principe mais bien de savoir
comment les structures organisationnelles et décisionnelles qui en
découlent traduisent les opinions et besoins exprimés par chacun des
associés. Dans le modèle démocratique tout le monde peut s'exprimer,
c'est un fait, mais ce modèle affirme simultanément qu'il faut des
décideurs pour mettre de l'ordre dans la cacophonie des opinions émises,
et ce pouvoir de décision (réservé à un personnel ayant fortement
tendance à s'auto reproduire) est légitimé par le vote des électeurs.
C'est simple et propre en soi, si on oublie que le choix des électeurs
va être conditionné par de nombreux facteurs qui brouillent les cartes
et les enjeux. En particulier, la place et la fonction de chacun d'entre
nous dans la structure socio-économique. A-t-on réellement liberté de
choix lorsque notre survie quotidienne dépend d'un réseau de relations
économiques que nous ne maîtrisons pas? A-t-on réellement liberté de
choix lorsque toute notre éducation sociale brise l'initiative et la
capacité critique individuelle? Au bout du compte, la démocratie est une
machine à broyer et concasser les aspirations sociales de telle sorte
que face à l'inutilité de nos efforts individuels et collectifs pour
améliorer les choses nous abandonnions notre vie entre les mains des
classes dirigeantes.
Ce sont les révolutions françaises de 1789 et 1793 qui ont introduit la
notion d'égalité politique sans que les relations économiques entre
individus et entre groupes sociaux ne soient touchées. Depuis, au fil
des revendications et des discours électoraux, le droit de vote s'est
étendu à toutes les couches de la population, en nous présentant chaque
fois la chose comme une avancée sociale déterminante. Il est même
question, en ce moment, de faire passer ce droit de vote à 16 ans (pour
les immigrés, on verra plus tard, puisque cette catégorie est par
définition extérieure à la nation). C'est le meilleur moyen que la
bourgeoisie ait trouvé pour restreindre, contenir et limiter la notion
d'égalité au seul champ politique sans que jamais il ne soit question
d'étendre cette égalité au domaine de l'économique et du social. La
démocratie a été et est encore le meilleur garant idéologique de la
pérennité d'une société de classe. Il n'est donc pas étonnant que la
société capitaliste qui est la nôtre promotionne l'idée de démocratie.
Elle l'impose au niveau international en exigeant des élections
démocratiques contrôlées en Afrique du Sud, en Algérie ou en Russie, par
exemple. Elle la planifie ici-même, avec des projets de déconcentration
des pouvoirs appelés pompeusement «régionalisation» ou
«approfondissement de la vie municipale», avec référendums locaux à la
clé. Parallèlement, elle essaie de réintroduire de vieilles notions,
comme le partage, l'équité, la subsidiarité. Autant de mots creux,
visant à donner un sens moral aux inégalités. Sur ces enjeux-là. nos
démocrates peuvent encore trouver du grain à moudre, mais comme dans le
même temps toutes ces restructurations provoquent des bouleversements
sociaux destructeurs de réseaux et de traditions, il n'est pas sur que
nous y trouvions notre compte.
La démocratisation de la société de classes a ses limites, et le nombre
de ceux et celles que cela ne trompe plus augmente singulièrement. La
démocratie - autrement dit le concept d'égalité politique - a donné tout
ce qu'elle avait à donner. Elle n'a plus rien à nous dire ou faire espérer.
Par contre, l'extension de la notion d'égalité aux champs de
l'économique et du social restent à conquérir. L'idée d'égalité
économique ne peut que prendre du relief et de l'intérêt pour toute
cette masse de gens subissant quotidiennement les effets d'un système à
bout de souffle et aspirant à plus de justice dans leurs relations
sociales. Pour ce faire, nous serons amenés à contester radicalement la
démocratie, et à lui substituer d'autres concepts de régulation sociale.
Nous appellerons ce devenir «communisme libertaire ou anarchie». Reste à
lui faire prendre corps.»
René Berthier
SOURCE: Bibliothèque Libertaire
https://www.socialisme-libertaire.fr/2024/01/la-democratie-une-machine-a-broyer-les-luttes-sociales.html
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