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(fr) Courant Alternatif #337 (OCL) - «Comprendre le capitalisme pour en sortir»
Date
Wed, 21 Feb 2024 17:17:10 +0000
Jean-Luc Dupriez (alias Jacques Dubart) est Communiste libertaire. Il a
été militant à l'UTCL à partir de 1979, puis membre d'Alternative
Libertaire. Il participe à la création de l'UCL qu'il quitte après le
1er Congrès car en opposition avec la nouvelle ligne qui rompait avec le
plateformisme et la centralité de la lutte des classes. Il milite
maintenant au sein de la Plate-forme Communiste Libertaire. ---- Ce
livre se veut un outil militant pour comprendre le monde actuel, le
capitalisme contemporain, afin de mieux le combattre. L'auteur cherche,
d'un point de vue matérialiste, à positionner «l'humain relativement aux
fondamentaux de l'homo sapiens» pour comprendre les ressorts des
oppressions et les dépasser. En cela, il rejoint l'ambition de B. Lahire
dans son ouvrage «Les Structures fondamentales des sociétés humaines»
dont nous ferons une critique dans un prochain numéro de Courant
Alternatif. Ces deux livres ont cependant des objectifs très différents.
Le livre de J.L. Dupriez est écrit de façon didactique et accessible,
destiné à des personnes ne maitrisant pas tous les concepts politiques
propres aux courants révolutionnaires. Cela en fait un ouvrage que l'on
peut facilement conseiller à des personnes peu politisées... mais avec
quelques réserves.
Le livre est formé de six parties thématiques. La première partie est
une bonne synthèse de ce qu'est le capitalisme, sa dynamique et sa forme
actuelle. Dans la partie suivante l'auteur s'appuie sur les recherches
récentes en éthologie, anthropologie et archéologie pour dénoncer le
racisme, le sexisme,... L'auteur explique comment le racisme est en
grande partie une construction sociale issue de choix politiques des
classes dirigeantes. De même, sur le sexisme, il rapporte de façon
simple et claire comment l'oppression des femmes actuelle est inscrite
dans le cadre social du capitalisme et montre comment la lutte contre le
patriarcat a existé en tout temps et en tout lieu à l'époque moderne. La
troisième partie sur les classe sociales se veut pédagogique. S'appuyant
sur des travaux sociologiques, il caractérise de façon illustrée la
matérialité et la violence des rapports de classe du monde actuel,
contredisant de façon convaincante tous les discours qui affirment que
les classes sociales et la lutte de classe ont disparu. L'avant dernière
partie, sur la crise écologique, est très intéressante car elle donne
différents arguments pour contrer deux idées: 1/ chacun·e serait à son
échelle individuelle responsable du réchauffement climatique; 2/ le
capitalisme peut s'adapter pour éviter la catastrophe écologique... avec
une critique politique pertinente du véganisme. Il montre que la crise
écologique est bien inscrite dans le développement du capitalisme et
qu'il faut donc associer luttes sociales et luttes écologiques. Une
dernière partie, très courte, discute des religions dans une perspective
athée révolutionnaire.
Cependant, tous ces développements font appel à la Science et nous
pouvons avoir quelques réserves à ce sujet. Dans l'introduction de cet
ouvrage, l'auteur a une démarche scientifique qui se veut opposée au
scientisme (qui considère que la science détient la vérité), elle ne
donne qu'«une représentation de la réalité... la plus cohérente possible
avec les faits connus à un instant donné». Si ces précautions sont ainsi
prises en introduction, il ressort néanmoins une forme d'adhésion
parfois sans recul à certaines théories scientifiques contemporaines sur
des sujets où les consensus n'existent pas. Le manque d'une
bibliographie en fin d'ouvrage ne facilite pas l'accès aux sources citées.
L'ouvrage s'appuie ainsi, dans la longue partie sur le sexisme et le
racisme, sur les primates (bonobos, chimpanzés) pour comprendre
l'humain; il y a donc des raccourcis critiquables (voir en contre-point
le livre de B. Lahire). Il reprend par ailleurs, sur l'oppression des
femmes, la thèse que celle-ci n'est apparue qu'avec l'émergence des
classes sociales (néolithique). Il semble cependant de plus en plus
consensuel que l'homme ait dominé la femme même au paléolithique, ce qui
ne veut pas dire que ce fait soit génétiquement ou biologiquement
déterminé[1]. Par ailleurs, si l'auteur a raison de ne pas séparer le
biologique du culturel, il a tendance à donner une lecture trop
biologique des comportements humains dans les premiers chapitres
(sociabilité, hostilité et violence envers les étrangers,...) et donc
émergent des contradictions entre certaines parties. L'auteur affirme
que «la culture va moduler ce comportement, jusqu'à pouvoir quasiment
l'annihiler» mais les développements associés ne permettent en rien de
comprendre comment la culture pourrait modifier ce qui semble
inéluctable biologiquement. Il ressort en effet, dans les premiers
chapitres, l'impression générale que la biologie surdomine l'humain. Or,
les choses sont bien plus complexes comme le montre par exemple B. Lahire.
Ces réserves étant posées, in fine, l'ouvrage se positionne clairement
dans une perspective communiste libertaire. Il montre que les
oppressions de classe, sexistes, racistes et le capitalocène ne sont pas
indépassables. Il se positionne contre le courant dominant
postmoderniste / intersectionnel qui entraine une multitude de luttes
séparées: les rapports de classes sont centraux et ils traversent tous
les autres systèmes de domination. Il milite clairement pour un
universalisme de façon politique et donc critique de son usage par la
classe dominante. Pour dépasser le capitalisme, cela nécessite un combat
politique... objet d'un second ouvrage à paraitre qui cherchera à
apporter des réponses à la question: «comment organiser le combat pour
transformer le monde». Nous attendons donc avec impatience ce second
ouvrage car émerge en substance, très ponctuellement dans ce premier
livre, un focus sur le syndicalisme qui pourrait être critiquable.
RV
Note
[1]Voir entre autres «L'oppression des femmes, hier et aujourd'hui: pour
en finir demain!» accessible sur le blog «La hutte des classes» de C.
Darmangeat
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4083
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