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(fr) CNT-AIT - De la premiere internationale a l'association internationale des travailleurs
Date
Mon, 19 Feb 2024 12:51:10 +0000
Née des espoirs déçus de la révolution de 1917, mais aussi de la volonté
de structuration du courant anarcho-syndicaliste, l'Association
Internationale des Travailleurs possède une incontestable originalité.
Elle se veut la continuatrice sans complexe de la Première
Internationale. ---- Souvent minoritaire, elle refuse catégoriquement
l'avant-gardisme. Sans cesse persécutée, affaiblie, conduite au tombeau
de l'histoire par les maîtres du jour mais sans cesse renaissante, elle
a marqué de son empreinte l'évolution du monde ouvrier depuis plus d'un
demi siècle. ---- Contre vents et marées, l'A.I.T., construite sur les
principes d'action syndicale directe, de solidarité, de fédéralisme
libertaire, d'autogestion, d'internationalisme, incarne aujourd'hui la
volonté révolutionnaire.
I- LA PREMIERE INTERNATIONALE. DES BALBUTIEMENTS DE L'INTERNATIONALISME
OUVRIER AUX PREMIERS CONFLITS
La première association internationale ouvrière fut fondée à Londres le
28 septembre 1855 par des proscrits français, allemands, polonais,
belges et anglais. De sévères luttes d'influence entre proudhoniens bon
teint et anarchistes radicaux ne lui permettent pas d'exister au delà de
1859.
Cette tentative atteste au moins une volonté d'union parmi les fractions
les plus avancées de la classe ouvrière des pays d'Europe Occidentale.
C'est cette volonté que concrétise un autre congrès de constitution:
celui de l'Association Internationale des Travailleurs (Première
Internationale) à Genève le 3 septembre 1866.
Une grave équivoque allait naître avec l'adoption de statuts parfois
ambigus. Pour Marx, ils permettaient l'action politique légale. Pour les
futurs bakouninistes, «toute action doit avoir pour but immédiat et
direct le triomphe des travailleurs sur le capital«.
Le deuxième congrès qui s'ouvre à Lausanne le 2 septembre 1867 peut être
appréhendé comme un affrontement entre les mutuellistes suisses et
français et les collectivistes anglais et allemands. Les futurs»
jurassiens» ne participent guère aux débats. Et, à l'occasion d'une
motion finale, il est acquis que «l'émancipation sociale des
travailleurs est inséparable de leur émancipation politique«. C'est
entre ce congrès et celui de Bruxelles (le troisième, en septembre 1868)
que tout va changer. Dés la fin de l'année 1867, le gouvernement
français décide de contrer le développement de l'Internationale. Lors
des premières poursuites (février 1868), Tolain et la commission
parisienne démissionnent. Ils personnifiaient le mutuellisme Proudhonien
défenseur de la propriété individuelle, méfiant à l'égard des grèves,
favorable à la femme au foyer - base de la famille ... Ceux qui vont
prendre le relais, avec Eugène Varlin à leur tête, prétendent dépasser
le mutuellisme qui, selon eux, se doit de déboucher sur le collectivisme
et le syndicalisme. Dans la section française, un collectivisme
anti-étatique (par ce qualitatif, Varlin et ses amis cherchent à se
différencier du marxisme) succède au mutuellisme. Un autre fait
important, se produit peu après, en juillet 1868: Bakounine donne son
adhésion à l'A.I.T.(section de Genève).
Le IIIème congrès de Bruxelles qui se déroule du 6 au 13 septembre 1868
marquera le point fort d'une période de transition durant laquelle le
courant collectiviste anti-autoritaire pénètre peu à peu l'Association.
C'est lors du IVème congrès de Bâle (6-12 septembre 1869) que l'on
pourra apprécier le poids respectif de chacune des tendances. A partir
de votes sur des motions ou amendements présentés par ces divers
courants, on peut établir le rapport de force comme suit:
- 63 % des délégués de l'A.I.T. se regroupent sur des textes
collectivistes anti-autoritaires (bakouninistes).
- 31 % se rangent derrière les collectivistes autoritaires (marxistes).
- 6 % maintiennent leurs convictions mutuellistes (proudhonniens).
L'unité sera aisément sauvegardée par deux votes. Les deux premières
tendances se retrouvent sur une proposition ayant trait à la
socialisation du sol. Enfin, et à 1'unanimité, le congrès décide
d'organiser les travailleurs dans des sociétés de résistance
(syndicats). Cependant, il n'en demeure pas moins que Marx et Bakounine
s'observent, s'épient, se jaugent.» Ce russe, cela est clair, veut
devenir le dictateur du mouvement ouvrier européen. Qu'il prenne garde à
lui, sinon il sera excommunié» (lettre du 27 juillet 1869 de Marx à
Engels). «Il pourrait arriver et même dans un très bref délai, que
j'engageasse une lutte avec lui[Marx]... pour une question de principe,
à propos du communisme d'état ... Alors, ce sera une lutte à mort»
(lettre du 28 octobre 1869 de Bakounine à Herzen).
La guerre de 1870 et la Commune n'allaient que retarder le dénouement de
cette opposition farouche. En effet, les événements empêchent la tenue
du Vème congrès qui devait s'ouvrir a Paris en septembre 1870.
Cependant, les militants ouvriers se souviendront de l'attitude de
chacun des deux «leaders». Marx prodiguant des conseils de modération
aux ouvriers parisiens pendant que Bakounine tentait de déclencher la
révolution sociale en France. Dans le même temps, en avril 1870, lors du
congrès régional de la fédération romande, va se produire une scission,
préfiguration du futur partage de l'A.I.T. Les délégués suisses vont se
diviser sur l'attitude à adopter à l'égard des gouvernements et des
partis politiques. Quelques phrases extraites des deux résolutions
divergentes expriment bien cette opposition qui, de locale, allait
gagner tout le mouvement. Pour les bakouninistes, «toute participation
de la classe ouvrière à la politique bourgeoise gouvernementale ne peut
avoir d'autre résultat que la consolidation de l'ordre des choses
existant, ce qui paralyserait l'action révolutionnaire socialiste du
prolétariat. Le congrès romand commande à toutes les sections de
l'A.I.T. de renoncer à toute action ayant pour but d'opérer la
transformation sociale au moyen des réformes politiques nationales, et
de porter toute leur activité sur la constitution fédérative de corps de
métiers, seul moyen d'assurer le succès de la révolution sociale. Cette
fédération est la véritable représentation du travail, qui doit avoir
lieu absolument en dehors des gouvernements politiques «.
A l'inverse, les marxistes affirment «l'abstention politique est funeste
par ses conséquences pour notre oeuvre commune. Quand nous professons
l'intervention politique et les candidatures ouvrières, nous voulons
seulement nous servir de cette représentation comme d'un moyen
d'agitation qui ne doit pas être négligé dans notre tactique. Nous
croyons qu'individuellement chaque membre doit intervenir, autant que
faire ce peut, dans la politique«.
Le Conseil Général de Londres va tenter d'éviter l'affrontement direct
et se borne à rappeler aux bakouninistes que les statuts considèrent
l'action politique comme un moyen d'émancipation. Mais, rapidement, ce
conflit va déborder les frontières suisses. Les «bakouninistes»,
désormais appelés «jurassiens», vont rencontrer d'actives sympathies en
France, en Espagne et en Belgique. Des manoeuvres conciliatrices tentées
au sein des section romandes, puis à la conférence de Londres en 1871
vont échouer. Le Conseil Général de Londres enjoint alors aux jurassiens
de se fondre dans la fédération agréée de Genève. Au nom du principe
statutaire d'autonomie, les jurassiens s'obstinent, se révoltent. Tous
comprennent alors que l'opposition est irréductible, que la scission est
inévitable entre des bakouninistes déjà anarcho-syndicalistes et des
marxistes qui deviennent léninistes.
LA SCISSION ET LA PREDOMINANCE DU COURANT LIBERTAIRE (LA FEDERATION
JURASSIENNE)
Dès le 6 septembre 1871, les jurassiens se mettent en marge de l'A.I.T.
en adoptant des statuts anti-autoritaires et en contestant le pouvoir de
décision d'un conseil général «hiérarchique et autoritaire». La grande
explication, la scission définitive et générale est donc une certitude;
elle aura lieu début septembre 1872 lors du Vème congrès de La Haye.
Le lieu du congrès suscite déjà des oppositions. Nombre de fédérations
pensaient qu'il se tiendrait en Suisse. Les «nordistes» se justifient
par la crainte d»'influences locales néfastes». Pour protester, les
italiens appellent à la tenue d'un congrès international antiautoritaire
à Neuchâtel. Les jurassiens, eux mandatent impérativement J. Guillaume
et A. Schwitzguebel pour présenter leur motion antiautoritaire au
congrès officiel et se retirer en cas de vote négatif. Ce sont
l'hostilité et la méfiance qui vont alors régner parmi les 65 délégués
d'une dizaine de pays.
Dès le début, Bakounine et Guillaume sont exclus, le conseil général se
transfère à New York. La Première Internationale (branche marxiste) va
s'éteindre lamentablement.
L'Internationale anti-autoritaire va naître et s'engager sur une autre voie.
La fédération jurassienne sera le point de regroupement des fédérations
hostiles au conseil général. C'est autour d'elle que va murir
l'idéologie libertaire qui porte alors le nom de» collectivisme
révolutionnaire» qui se veut le promoteur d'un système économique
autogéré en dehors de toute autorité, de toute centralisation, de tout
état. La constitution de cette nouvelle internationale a lieu à
Saint-Imier le 15 septembre 1872. Y sont représentées les fédérations
espagnoles, italiennes et jurassiennes dans leur totalité, plusieurs
sections françaises et deux sections d'Amérique. Ce congrès se donne
comme objectif «la destruction de tout pouvoir politique par la grève
révolutionnaire«.
Dans un de ses derniers soubresauts, l'Internationale légale marxiste
envoie lettre de défiance sur ultimatum, mais le mouvement fait tache
d'huile. «Ces gens là[les jurassiens]sont au centre d'une conspiration
qui s'étend» (lettre de Marx à Bolt du 12.2.1873).
La fédération anglaise, elle-même, s'agite. En quelques semaines toutes
les fédérations nationales vont désavouer Marx et le conseil général.
Ces derniers auront un ultime sursaut, la convocation d'un congrès
général à Genève le 8 septembre 1873. Les trente délégués qui y
assistent ne représentent qu'eux-mêmes, à savoir la vieille garde
genevoise. Les décisions n'en seront pas publiées. «Ce congrès fut un
fiasco» (lettre de Marx à Sorge du 27 septembre 1873). «la vieille
internationale est complètement finie et a cessé d'exister» (lettre
d'Engels à Sorge du 12 septembre 1873). Le 15 juillet 1876, le conseil
général s'auto-dissout.
De fait, c'est dès 1873 que le mouvement ouvrier réel est ailleurs. Le
27 avril 1873 est convoqué à Neuchâtel le VIème congrès de l'A.I.T.
auquel assistent des délégués représentant les fédérations d'Angleterre,
de Belgique, de Hollande, de Suisse, d'Espagne, d'Italie et de France.
Le congrès se prononce pour l'abolition complète de tout conseil général
et, à contrario, pour l'autonomie des fédérations. Pour compléter la
structure organisationnelle de l'association, il est décidé qu'en dehors
des congrès, les tâches de coordination seront confiées au bureau d'une
fédération.
C'est au moment où il voyait ses idées triompher que Bakounine décida de
se retirer: «j'ai la conviction que le temps des grands discours
théoriques est passé. Dans les neuf dernières années, on a développé au
sein de l'internationale plus d'idées qu'il n'en faudrait pour sauver le
monde, si les idées seules pouvaient le sauver. Ce qui importe avant
tout aujourd'hui, c'est l'organisation des forces du prolétariat«.
Cependant, peu avant sa mort, intervenue en 1876, il estimait «que la
réaction représentée tout aussi bien par le socialisme de M. Marx que
par la diplomatie de M. de Bismarck, ne cessera de se renforcer«.
Ainsi qu'il avait été prévu par le précédent congrès, le VIIème congrès
de l'Internationale se réunit à Bruxelles du 7 au 12 septembre 1874. On
en retiendra que l'Italie, disant suivre en cela les recommandations de
Bakounine, décide de se préparer à passer aux actes.
A l'opposé, sous l'influence de la section belge, un rapprochement est
estimé utile avec les partis démocratiques et socialistes. Ce débat va
se clarifier peu à peu durant les trois années suivantes. Il aboutira de
fait à la dislocation de l'A.I.T.
C'est ainsi que durant le VIIIème congrès (26/27 octobre 1876 à Berne),
César de Paepe et la section belge font admettre le projet de
convocation d'un congrès socialiste auquel assisteraient des
représentants des organisations «communistes autoritaires». Les
italiens, quant à eux, ont donc décidé de passer à l'action en utilisant
la tactique du «fait insurrectionnel». Ce sera l'épopée du Bénévent en
avril 1877 et son échec: une trentaine d'anarchistes armés occupent deux
villages, en brulent les archives et «décrètent» la révolution. Une
semaine plus tard, les insurgés, transis et affamés seront capturés sans
offrir de résistance. Mais cet échec ne fut pas sans lendemain. La
théorie mise en avant de l'exemplarité de l'acte, de la supériorité du
«fait», même quantitativement peu importante et nécessairement violente,
allait être reprise par d'autres. Au mois de juin de la même année,
Costa et Paul Brousse définissent et expliquent ce que sera la
«propagande par le fait». Le courant anarcho-syndicaliste était alors
trop faible pour mettre en avant ses théories d'actions
auto-gestionnaires ou communalistes.
A l'inverse, la minorité anarchiste politiquement pure et dure,
s'affirmait. Elle avait pour elle la caution des derniers messages de
Bakounine qu'elle interprétait souvent étroitement; elle s'appuyait
aussi sur l'attrait qu'exerçaient alors en Europe, les pratiques
violentes des nihilistes russes. Enfin, elle était lasse des luttes
d'influences qui se jouaient au sein de l'A.I.T. Ces divergences sur la
stratégie à adopter vont aboutir à des prises de positions extrêmes.
Lorsque les fédérations belges, hollandaises et anglaises s'accordent
pour revenir à une conception plus politique, plus légaliste de
l'action, Kropotkine affirme qu'il est nécessaire de promouvoir «la
révolte permanente par la parole, par l'écrit, par le poignard, le
fusil, la dynamite...» (Le Révolté n° 22).
Le IXème congrès de l'A.I.T. tenu à Verviers en 1877 regroupe en fait
onze délégations acquises aux nouvelles idées radicales. Les
représentants des fédérations d'Italie, de France, d'Allemagne, de
Suisse, d'Egypte et de Grèce ne vont s'entendre que pour s'opposer
négativement à la tendance qui avait prôné le rapprochement vis-à-vis
des partis: «Tous les partis forment une masse réactionnaire... il
s'agit de les combattre tous«. L'entente était donc. impossible avec les
trente cinq délégués «marxistes» et «socialistes autoritaires» qui se
réunissent quelques jours après à Gand lors du congrès socialiste
universel. Les délégués du congrès de Verviers y sont minoritaires. Ils
voient la fédération belge et les sections flamandes quitter leur
internationale, considérée comme annexée par les anarchistes, pour se
rallier au marxisme. «Le congrès de Gand a eu au moins cela de bon que
Guillaume et compagnie ont été totalement abandonnés par leurs anciens
alliés«. (lettre de Marx à Sorge 27.09.1877).
Une fois de plus, la coupure est évidente, le divorce est consommé.
Mais, cette fois, à l'avantage des marxistes. Le malaise ne va que
s'accentuer chez les anti-autoritaires qui représentent de moins en
moins une force réelle.
LA DISLOCATION DE LA PREMIERE INTERNATIONALE ET L'INTERMEDE DE LA TERREUR
Les militants anarchistes les plus actifs se tournent vers un type
d'actions individuelles, la propagande par le fait, qui va les couper du
mouvement ouvrier. La Fédération Jurassienne, encore la plus active,
estime même inutile de préparer le Xème congrès de 1878. Il en restera
des idées et des pratiques neuves, tels que les principes de solidarité
économique ou d'autogestion fédéraliste:
- «De chacun selon ses forces, à chacun selon ses besoins«.
- «Le concours de tous pour la satisfaction des besoins de chacun«.
- «La libre fédération des groupes producteurs et consommateurs«.
On peut se demander si les meilleurs moyens de parvenir à cet idéal sont
ceux choisis par les anarchistes réunis à la Chaux-de-Fonds, fin 1880:
- «Sortir du terrain légal pour porter l'action sur celui de l'illégalité«.
- «Recommander l'application aux individus des sciences techniques et
chimiques ... «
La Première A.I.T. dans sa version anarcho-syndicaliste est bien morte.
En conclusion de cet aperçu de l'histoire de la Première A.I.T. née en
1866 et morte en 1880, il faut avant tout rappeler que cette
organisation n'a pas suivi une trajectoire idéologique linéaire. Durant
les deux premières années de son existence, elle fut dominée par les
proudhoniens français modérés. Très vite, deux influences
contradictoires plus radicales vont se livrer un combat sans répit en
son sein. Le marxisme scientifique anglo-saxon l'emporte jusqu'en 1871.
Son règne sera de courte durée. Une tendance que Marx n'avait jamais pu
réduire gagne la majorité des révolutionnaires. Le cycle des révolutions
«politiques» (1830, 1848) s'était clos avec la Commune, exemple de
révolution «sociale». Les libertaires d'alors étaient persuadés de la
viabilité d'une révolution de caractère nouveau où le fédéralisme et
l'autonomie l'emporteraient sur des structures de pouvoir hiérarchisées
et autoritaires, où l'autogestion, la démocratie directe et la
solidarité seraient plus efficaces qu'une quelconque dictature
prolétarienne.
Cependant, les dépositaires de la pensée bakouniniste et de l'action
libertaire ne constituaient pas, par essence, un bloc homogène. Deux
courants s'étaient faits jour.
Pour le premier, la réalisation de ce monde nouveau n'était possible que
par un travail organisationnel de longue haleine, à savoir l'application
continue des principes de base d'un syndicalisme militant d'action
directe[1]: l'anarcho-syndicalisme. A cet égard, la résolution de
Saint-Imier (1872) est un texte fondamental:
«Considérant:
que vouloir imposer au prolétariat une ligne de conduite ou un
programme politique uniforme, comme la voie unique qui puisse le
conduire à son émancipation sociale, est une prétention aussi absurde
que réactionnaire;
que nul n'a le droit de priver les sections ou fédérations autonomes
du droit incontestable de déterminer elles-mêmes et suivre la ligne
politique qu'elles croiront la meilleure, et que toute tentative
semblable nous conduirait fatalement au plus révoltant dogmatisme;
que les aspirations du prolétariat ne peuvent avoir d'autre objet que
l'établissement d'une organisation et d'une fédération économiques
absolument libres, fondées sur le travail et l'égalité de tous et
absolument indépendant de tout gouvernement politique, et que cette
organisation et cette fédération ne peuvent être que le résultat de
l'action spontanée du prolétariat lui-même, des corps de métiers et des
communes autonomes;
«considérant que toute organisation politique ne peut rien être que
l'organisation de la domination au profit d'une classe et au détriment
des masses, et que le prolétariat, s'il voulait s'emparer du pouvoir,
deviendrait lui-même une classe dominante et exploitante,
«le congrès réuni à Saint-Imier déclare:
que la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du
prolétariat;
que toute organisation d'un pouvoir politique soi-disant provisoire
et révolutionnaire pour amener cette destruction ne peut être qu'une
tromperie de plus et serait aussi dangereuse pour le prolétariat que
tous les gouvernements existants aujourd'hui;
que, repoussant tout compromis pour arriver à l'accomplissement de la
révolution sociale, les prolétaires de tous les pays doivent établir, en
dehors de toute politique bourgeoise, la solidarité de l'action
révolutionnaire«.
Tout pouvait sembler réuni pour que ce nouveau courant syndicaliste et
libertaire aille en se fortifiant. Mais, dès 1877 il a perdu toute sa
sève. Entre temps, chez beaucoup des militants les plus en vue, le
militantisme ouvrier se transforme en impatience intellectuelle.
S'appuyant sur des textes de Bakounine auxquels ils donnent valeur de
testament, ils affirment que l'issue de la problématique sociale réside
dans le choix du fait insurrectionnel collectif, puis de la propagande
par le fait individuel. Cela est alors totalement étranger à
l'anarcho-syndicalisme pour lequel la «société de
résistance-corporation» se suffit à elle-même dès lors qu'elle applique
dans son fonctionnement les principes pour lesquels elle lutte. A
l'inverse, les anarchistes assoiffés de pureté vont constituer un
«parti». Bien sur, ses membres ne se présenteront pas aux élections, ils
ne brigueront évidemment pas de postes ministériels. Non, ses militants
vont plus ou moins consciemment s'isoler du mouvement social pour se
suicider politiquement dans des actes gratuits qu'ils espéraient
exemplaires. Cette désespérance viscérale, épidermique, camouflée
parfois sous des théories qui se voulaient rationnelles et logiques,
traduisait dans la majorité des cas un profond désarroi sur la
possibilité même de la révolution. Mis à part ce côté «tout, tout de
suite ou alors rien», le parti anarchiste n'est objectivement et
substantiellement plus dans le mouvement ouvrier issu de la première
Internationale.
Les anarchistes engagés sur la voie de la chimie expérimentale, les
militants ouvriers anti-autoritaires épuisés passant la main, l'A.I.T.
sombrait et Marx, avec un peu d'habileté, en recueillera sans mal les
restes qui se réduisaient à un sigle déjà repris par les fédérations
belge et anglo-saxonne effrayées par le mal étrange qui touchait les
représentants latins, soudain fanatisés par la poudre et les armes
blanches. Par réaction, les premières se jetèrent dans les bras de Marx ...
Le mouvement anarchiste spécifique va dans sa quasi totalité sombrer
dans la propagande par le fait. On peut esquisser quelques explications
sur le «dérapage» de l'action politique des militants anarchistes
d'alors. On remarque tout d'abord que les illégalistes les plus célèbres
(Bonnot, Henry, Ravachol) sont des exemples presque parfaits de rejetés
sociaux (mauvais rapports avec les parents, dialogues musclés avec les
employeurs, puis exclusion de fait de la vie sociale) ou d'intellectuels
orgueilleux et distants, rédempteurs extrémistes de la populasse
moutonnière.
D'autre part, il semble certain que le mouvement anarchiste, enfermé
dans des spéculations complexes dont il résolvait la problématique par
le choix de la violence aveugle, fut dépassé par la mutation économique
des années 1880. De fait, depuis 1877, les libertaires «durs» s'étaient
écartés du mouvement social. Or, dans le même temps, le capitalisme voit
son processus de concentration industrielle s'accélérer; alors qu'à
cette époque nombre de militants révolutionnaires se recrutaient dans de
petites entreprises artisanales et marginales auxquelles ils étaient
réellement attachés (ébénistes du Faubourg Saint Antoine, horlogers
jurassiens, ardoisiers de Trélazé, etc.) beaucoup de ces travailleurs,
plutôt que de chercher à lutter dans le nouveau corps social, laissèrent
parler leur individualisme forcené et se vengèrent sur les personnes
symboliques des chefs d'états, des princes et des nouveaux bourgeois. Ce
terrorisme aura bien sur une coloration particulière. C'est-à-dire qu'il
se distinguera toujours du terrorisme «politique» traditionnel dont le
but est de prendre ou -de conserver le pouvoir politique en utilisant la
terreur pour renverser ou maintenir le pouvoir de force à son profit.
Les anarchistes ne veulent alors que détruire le pouvoir; leurs
incantations romantiques et sanguinaires négligent toute analyse ayant
trait aux rapports de force économiques.
Fernand Pelloutier explique en partie le pourquoi du glissement du
mouvement anarchiste vers le terrorisme - «après la Commune, la section
française de l'Internationale fut dissoute, les révolutionnaires
fusillés, envoyés au bagne ou condamnés à l'exil ...» Ce vide subit et
cette atmosphère d'oppression vont permettre à certaines grandes figures
vieillies, jouissant encore d'un prestige et d'un écho certain, ou à
quelques jeunes loups cyniques et provocateurs d'occuper le devant de la
scène. C'est ainsi que le jeune nihiliste russe Netchaïev reprend à son
compte quelques phrases sybillines des résolutions de l'Internationale
et, s'affirmant comme le dauphin de Bakounine, affirme qu'un
révolutionnaire doit être «amoral, voleur, assassin, opportuniste et
corrupteur«. Le mot d'ordre de «la propagande par le fait» fut lancé en
1881 à Paris; dès 1887, les «leaders» font leur mea-culpa et Kropotkine
écrit alors dans «Le Révolté»: «c'est une illusion de croire que l'on
peut vaincre les coalitions d'exploiteurs par quelques livres
d'explosifs«. La propagande par le fait fut d'ailleurs un fiasco car ce
n'est que de 1892 à 1894 que les anarcho-terroristes passés à la
postérité vont frapper. Ravachol, Henry, Casério semblent être la
récolte tardive d'une mauvaise semence.
Il n'empêche que, toujours selon Pelloutier, le fait que les anarchistes
aient opté pour la révolte isolée au préjudice de l'action collective
n'a fait que détourner du socialisme libertaire une masse ouvrière alors
allergique au parlementarisme. C'est alors que, poussés par une base
ouvrière qui se regroupe pour agir sur le terrain de la production
économique et de la vie sociale, les survivants de cette véritable, bien
que bruyante traversée du désert politique vont lutter pour aller
renforcer ce qui constitue les prémices du syndicalisme révolutionnaire
du XXème siècle.
-
II - LA RESURGENCE DU SYNDICALISME REVOLUTIONNAIRE; VERS LA FONDATION DE
L'A.I.T.
L'ESSOR DU SYNDICALISME JUSQU'AU COUP D'ARRET DE LA lère GUERRE MONDIALE
Il est un pays où les anarchistes luttent dans un mouvement naissant:
les Etats Unis d'Amérique.
A Chicago, le 1er mai 1886, les syndicats de l'American Federation of
Labour déclenchent la grève générale à laquelle participent les groupes
anarchm-syndicalistes. Quatre manifestants sont tués; ils réclamaient,
la journée de 8 heures. A la suite de nouveaux violents incidents, cinq
anarcho-syndicalistes seront exécutés[2]. L'actuelle fête du muguet se
veut dans la droite ligne de leurs actions revendicatrices.
Les libertaires européens vont alors peu à peu, revenir sur leurs
précédents choix. Dans les pays occidentaux qui s'industrialisent, les
salaires restent maigres, les horaires lourds, les conditions de travail
déplorables. On voit les ouvriers des grandes manufactures s'organiser
eux-mêmes à la base pour réclamer et arracher un partage plus équitable
des richesses.
Les libertaires vont alors décider de rejoindre ce mouvement spontané à
coloration réformiste pour lui proposer de dépasser cette action
réformatrice et quotidienne pour l'action révolutionnaire vers la grève
générale et expropriatrice.
Dans cette optique, la majorité d'entre eux vont reconnaître que
l'organisation syndicale n'a pas son pareil. Il est évident que l'état
et le capital souvent associés à d'autres formes de domination telle que
l'église, sont, eux organisés de façon puissante et unie. Or, face à ces
forces d'autorité hiérarchisées, les travailleurs viennent sans
intervention extérieure de se donner leur propre forme d'organisation
sur le terrain même où ils sont exploités.
Le syndicat permet de réagir rapidement et au coup par coup tout en
développant une stratégie de lutte à plus long terme. En effet, selon
cette analyse le syndicat porte en lui-même la potentialité d'être un
groupe de pression, de formation, puis de transformation
révolutionnaire: il se suffit à lui-même.
C'est en France que ce type de syndicalisme révolutionnaire
anti-autoritaire va parvenir à organiser la majorité du mouvement ouvrier.
Il faut citer un nom; celui de F. Pelloutier, promoteur de ce nouveau
syndicalisme du refus de compromission et du volontarisme de l'éducation
vers la révolution. Lorsque Paul Deschanel l'invite, il répond: «il ne
convient pas aux membres du comité fédéral des bourses du travail de
s'asseoir à une table qu'ils rêvent de renverser. Par contre, par ces
mêmes bourses du travail où sont créés des bibliothèques, des offices de
renseignements, des cours et des enseignements en économie politique ...
, on cherche à réaliser par l'éducation le principe: l'émancipation des
travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes«.
En 1890 la première étape est franchie; les syndicalistes sont
convaincus que, comme l'écrit Emile Pouget, «au-delà de la popote
courante, il est une autre besogne, préparer la Sociale«. Pour cela, ils
vont se démarquer avec clarté de la IIème Internationale de 1889 en
défendant la primauté de l'émancipation économique.
Les anarchistes qui ont adhéré à la IIème Internationale seront
d'ailleurs exclus en 1895. En fait, influencés par les survivants de la
Ière Internationale, ils se consacrent au mouvement syndical et, en
France, ils seront la majorité de la confédération Générale du Travail
créée en 1895 et qui va très vite regrouper les bourses du travail -
unions locales (organisations horizontales) et les fédérations de corps
de métiers - fédérations d'industries (organisations verticales). C'est
donc une remise à l'ordre du jour des théories de James Guillaume sur
l'importance du groupement corporatif et de A. Schwitzguébel sur
l'action directe, autonome et sans intermédiaire des travailleurs.
A Amiens en 1906, sera adopté un texte où les principes d'autonomie par
rapport au pouvoir et aux partis politiques semblent triompher pour
longtemps. On peut rappeler que cette motion, aujourd'hui annexée par la
C.G.T./F.O. comporte les passages suivants «la C.G.T. lutte pour la
disparition du salariat et du patronat ... pour l'émancipation intégrale
par l'expropriation capitaliste grâce à la grève générale ... Le
syndicat, aujourd'hui groupement de résistance sera dans l'avenir le
groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale«.
Jusqu'en 1914, le syndicalisme de tendance libertaire a le vent en
poupe: la C.N.T. est créée en Espagne en 1911; à la même époque sont
formées la S.A.C. en Suède, la C.G.T. au Portugal, l'U.S.I. en Italie,
la F.A.U. en Allemagne, la F.O.R.A. en Argentine ... Partant, la
révolution sociale est à l'ordre du jour des réunions syndicales: «et si
le Grand Soir était pour demain?». Certains songent aussi à un nouveau
regroupement international.
Mais la guerre de 1914, la tourmente des Unions Sacrées vont,
momentanément sonner le glas de tous les espoirs. Les courants
pacifistes sont accusés de xénophilie; ceux qui demandent aux futurs
conscrits «de retourner leurs armes contre ceux qui auront déchaîné la
guerre» sont réduits au silence. Les ministères français de la guerre et
de l'intérieur composent une savante liste, le «carnet B»; les
syndicalistes qui ont le malheur d'y être inscrits auront l'honneur
d'aller en première ligne.
Enfin, Léon Jouhaux trahit; cet ancien anarcho-syndicaliste falot, qui
déclarait en 1912: «si la guerre est déclarée, nous refusons d'aller aux
frontières«, opère un ralliement total bien que de dernière heure à
l'Union Sacrée en prétendant entraîner avec lui le syndicalisme
français. A quelques nuances près, les confédérations libertaires des
pays concernés par le conflit connaîtront toutes le même sort. Accusées
de complot contre l'état, elles seront muselées.
LA FONDATION DE L'A.I.T. ET SES A-COTES[3]
Avec la guerre mondiale, les quelques liens internationaux des
travailleurs révolutionnaires furent détruits. Dans l'année 1919, après
la fin du conflit, les bolcheviks fondèrent en Russie l'Internationale
Communiste. Dans le même temps, eut lieu à Amsterdam un congrès
international des syndicats durant lequel fut débattue la constitution
d'une Confédération Internationale des Syndicats dont on fixa le centre
de coordination à Amsterdam. A ce congrès de l'Internationale des
Syndicats, il fut décidé que, pour chaque pays, une seule organisation
pourrait être associée à l'Internationale.
Les organisations syndicalistes étaient dans l'obligation de s'associer
au syndicat réformiste de leur pays pour y agir à l'intérieur. En
adoptant cette motion, les syndicats révolutionnaires étaient contraints
de renoncer à leur lutte contre le réformisme pour réaliser une union de
classe du prolétariat qui leur semblait être en fait une collaboration
avec les intérêts de la bourgeoisie. Mais les syndicalistes devaient
réfuter cela. Le renouveau du mouvement ouvrier avait pour eux comme
préalable la constitution d'une organisation réellement révolutionnaires
C'est alors qu'ils se voient invités par Lénine,»pour fonder, dans le
pays de la Révolution Prolétarienne, une Internationale qui regroupe
tous les courants«, comme l'avait pratiqué un temps la Ière
Internationale avant la scission.
ETE 1920: DES SYNDICALISTES A MOSCOU.
Cet appel fut suivi. Les quelques partis communistes qui existaient
alors étaient faibles voire insignifiante. Au contraire, en Italie,
Espagne, Portugal, Allemagne, France, Pays-bas, Suède, en Angleterre et
aussi en Amérique du Nord et du Sud existaient des organisations
syndicales autonomes ainsi que de forts courants oppositionnels à
l'intérieur des syndicats réformistes où se regroupait une majorité de
la classe ouvrière. Lénine désire convertir cette force à sa cause. Le
prolétariat international était alors la plus forte espérance d'une
Révolution Russe menacée militairement de tous côtés. De plus, la
social-démocraties était ouvertement rangée derrière les états
capitalistes, au contraire des syndicalistes qui se voulaient des
défenseurs de la révolution.
Au 2eme Congrès mondial de l'internationale Communiste durant l'été
1920, les syndicalistes des pays déjà cités étaient représentés par
leurs délégués. A cette époque la Russie vivait sous le «communisme de
guerre»; le parti bolchevique était déjà l'unique détenteur du pouvoir
étatique et les quelques mencheviks, socialistes-révolutionnaires,
anarchistes et syndicalistes qui collaboraient encore dans plusieurs
domaines de la vie économique, s'alarmaient de plus en plus de voir que
nombre des combattants d'octobre 1917 étaient emprisonnés par la Tchéka
ou exilés.
De ce fait, l'enthousiasme initial des syndicalistes pour la révolution
russe ne cessait de s'émousser. Les débats du congrès prirent une telle
tournure que les délégués perdirent l'espoir de pouvoir construire de
concert avec les communistes russes une internationale unitaire pour
toutes les organisations révolutionnaires. L'Internationale Communiste
devint ensuite une Internationale de partis politiques, dont la
participation à la compétition électorale était le principe de base
d'une discipline interne rigoureuse qui engageait les partis adhérents à
l'Internationale.
Ce congrès ne se distingue en rien du Congrès de La Haye de la Iere
Internationale durant lequel il fut imposé de la même façon aux sections
de participer à l'activité parlementaire. Une telle obligation qui avait
déjà été une des causes essentielles de la division de la Ière
Internationale, allait devenir au sein de la IIIème le germe de la
dissidence. Dans de telles conditions, les organisations ouvrières
antiparlementaires et révolutionnaires n'avaient pas leur places dans
l'Internationale Communiste. Pour tenter malgré tout de s'adjoindre les
forces révolutionnaire du syndicalisme et de l'anarcho-syndicalisme, le
congrès décide la formation de l'Internationale Syndicale Rouge (I.S.R.)
qui s'associe à l'I.C.en s'y subordonnant.
Durant le congrès, les syndicalistes russes avaient déclaré
officiellement vouloir construire une internationale unitaire
révolutionnaire avec les syndicats révolutionnaires du monde entier. Des
négociations dans ce sens avec les représentants des syndicats
révolutionnaires furent conduites par Losowsky, désigné par le
Komintern. Continuellement, Losowsky et ses fidèles seconds assurèrent
qu'ils étaient partisans d'une Internationale des Syndicats
Révolutionnaires à l'exclusion des réformistes. Dans le même temps,
Losowsky était en pleine tractation avec les représentants réformistes
des syndicats anglais pour trouver un accord entre communistes russes et
Internationale d'Amsterdam (réformistes). Il est évident que les
bolcheviks jouaient sur deux tableaux: d'un côté, ils demandent aux
révolutionnaires de s'unir avec eux pour combattre le réformisme, de
l'autre, ils ont l'intention de conclure un pacte avec ces mêmes
réformistes. Les syndicalistes rompirent alors tout contact avec
Losowsky. Mais on leur proposa un moyen terme dont la première
proposition exigeait que dans tous les pays fut consitué par chaque
parti communiste (ou s'il n'existait pas, par chaque groupe communiste)
un comité pour la fondation d'un syndicat révolutionnaire.
Il fut aussi affirmé que chaque confédération syndicaliste
révolutionnaire devait être subordonnée au Parti Communiste local de
même que l'Internationale Syndicale Rouge devait être soumise à
l'Internationale Communiste. Les délégués syndicalistes rejettent cette
proposition à l'unanimité. Le document de refus rédigé en français et
remanié par les allemands fut publié plus tard dans «Le Libertaire» à Paris.
Après le retrait de Losowsky, ce fut Tomsky qui fut chargé de négocier
avec les syndicalistes révolutionnaires au nom du parti communiste
russe. Rien de nouveau ne put sortir de cette nouvelle tentative. Les
syndicalistes refusent de plus en plus fermement la subordination du
syndicat au parti alors que Tomsky est obligé de maintenir la position
inverse de son parti.
Les positions étaient plus que jamais irréductibles, il est décidé de
reporter ce point à l'ordre du jour du second congrès qui aurait du se
tenir l'année suivante (1921) à Moscou. Mais dans le même temps, en
1920, alors que les discussions s'éternisaient à Moscou, dans la plupart
des pays européens se livrait un combat entre les militants
syndicalistes révolutionnaires et le capitalisme et l'état.
En Allemagne, après la tentative de putsch de Kapp, les militants durent
fuir ou furent emprisonnés.
En Espagne, c'était la guerre ouverte entre la C.N.T. d'une part,
l'armée, la bourgeoisie et les premiers phalangistes d'autre part.
En Italie, toutes les forces révolutionnaires du mouvement ouvrier
étaient mobilisées: les occupations d'usine atteignaient leur point
culminant.
Profitant ce ces évènements, les communistes russes envoyèrent de
nombreux émissaires en Europe pour tenter de construire des groupes
syndicalo-communistes.
BERLIN, DECEMBRE 1920: LA lèRE CONFERENCE INTERNATIONALE SYNDICALISTE
Devant tous ces évènements, les syndicalistes se virent contraints à
prendre une position radicale par rapport à Moscou. Ils convoquèrent une
conférence qui se tint à Berlin en décembre 1920. Cette conférence peut
être considérée comme le début du renouveau de l'A.I.T. Y était représentés:
- Amérique: Industrial Workers of the World (IWW) avec 100 000 membres
- Argentine: Fédéracion Obrera Régional Argentina (FORA) avec 125 000
membres
- France: Comités Syndicalistes Révolutionnaires (CSR), qui déclaraient
représenter près de 300 000 adhérents
- Allemagne: Freie Arbeite Union Deutchland (FAUD) avec un peu plus de
100 000 adhérents
- Royaume-Uni: Shop-Steward and Workers Committees Movment avec 200 000
membres
- Suède: Sveriges Arbetaren Centralorganisation (SAC) avec 32 000 membres
- Pays-Bas: National Arbeids Secrétariat (NAS) avec 40 000 adhérents.
Ainsi, 900000 travailleurs étaient directement représentés par leurs
délégués.
Mais à ce chiffre il faut ajouter ceux des quatre centrales suivantes
qui ne purent qu'envoyer une adhésion écrite:
- Norvège: Norsk Syndicalist Fédération (NSF) au chiffre d'adhérents
non connu
- Portugal: Confédéraçao Geral Del Trabajo (CGT) environ 200 000 adhérents.
- Italie: Unione Sindacale Italiana (USI)
- Espagne: Confédéracion Nacional del Trabajo (CNT)
Ensemble, ces deux derniers syndicats comptaient plus d'un million
d'adhérents.
Un délégué des syndicats russes fit le déplacement pour déclarer que
cette conférence n'avait aucun sens puisque tout devait se décider à
Moscou l'année suivante.
Les délégués furent unanimes (seule la délégation française s'abstint)
pour affirmer que les syndicalistes devaient d'abord formuler leur
propre opinion. La conférence, à la suite d'une longue discussion, se
retrouva sur la résolution suivante
L'Internationale Révolutionnaire Syndicaliste (IRS). se bat sur le
terrain de la lutte des classes et, de la part de la classe ouvrière, ce
combat sera sans répit et sans concession.
L'Internationale qui est donc une force de résistance révolutionnaire
face à la domination économique et spirituelle du capitalisme et de
l'état lutte pour leur destruction afin de construire une société
communiste et libre.
La conférence affirme que la classe ouvrière est en mesure de détruire
l'esclavage économique, politique et spirituel du capitalisme par
l'usage insurrectionnel et révolutionnaire de ses instruments
d'organisation qui s'expriment pleinement dans l'action révolutionnaire
visant au renversement de la société actuelle.
L'A.I.T. devra administrer dans l'avenir l'organisation et la
réglementation de la production et de la distribution au moyen de
l'organisation syndicale de chaque pays,
L'A.I.T. est totalement indépendante de tout parti politique.
A la suite de cette première conférence, un bureau de liaison et
d'information est constitué. Il sera administré par trois membres de
chacune des organisations des pays suivants: Allemagne, Royaume-Uni,
Pays-Bas.
Le congrès de Moscou, l'année suivante, n'allait rien résoudre mais
embrouiller davantage l'écheveau.
En Italie, depuis que les occupations d'usine s'étaient terminées par
une défaite voulue par les socio-démocrates, la réaction politique était
en train de s'opérer et Mussolini se préparait à assumer totalement le
pouvoir. Au même moment des militants historiques du mouvement ouvrier
italien (Borghi et Malatesta) et beaucoup de militants furent arrêtés.
Profitant de ce flottement, les militants bolcheviks s'emparent des
postes de responsabilité de l'U.S.I. C'est un groupe communiste qui ne
représente que lui-même qui se rendra à Moscou et s'affirmera seul
représentant du syndicalisme italien.
En Espagne, règne une véritable «prohibition» syndicale avec rafles
d'une énorme ampleur dans les milieux syndicaux. Sinon tous les
adhérents, la totalité des militants est arrêtée. C'est au moment où une
forte majorité du mouvement ouvrier espagnol traverse une phase de
désorganisation qu'un comité provisoire surgit «ex-nihilo», désigne A.
Nin et Arlandis pour assister au congrès de Moscou. A cette occasion,
ces deux délégués deviendront marxistes et antilibertaires. Les
délégations de ces deux derniers pays se montreront favorables à une
adhésion inconditionnelle à L'Internationale Syndicale Rouge; mais dès
que ce qui subsiste de la base militante espagnole et italienne aura
connaissance des délibérations de ce deuxième congrès, les délégués
seront désavoués et leurs votes invalidés.
C'est ainsi que l'année suivante, lorsque la C.N.T. réussit tant bien
que mal à organiser un plénum, elle condamne les «délégués» de Moscou,
se prononce pour l'autonomie syndicale, se déclare partisane de la
révolution sociale avec comme but final le communisme libertaire. Dans
le même temps, la C.G.T. portugaise qui avait rompu tout lien avec
l'I.S.R., diffuse un texte de base adopté par son dernier congrès et.
qu'elle considère comme contenant les idées qui opposent invariablement
les anarcho-syndicalistes aux communistes:
«La C.G.T. est révolutionnaire tant par son action quotidienne que par
son projet révolutionnaire; elle se refuse à collaborer avec les
organisations bourgeoises comme avec les partis politiques quels que
soient leurs buts et leurs moyens d'action. La C.G.T. se refuse à
reconnaître dans le parti communiste ibérique une organisation
révolutionnaire à laquelle on pourrait laisser le contrôle de la
production. La C.G.T. estime que la socialisation générale ne peut être
entreprise que par les intéressés: les paysans pour la terre, les
ouvriers pour leurs usines, etc ... En aucune manière, ce but ne peut
être atteint par un parti.«
Les syndicalistes révolutionnaires d'Argentine adoptent les mêmes positions.
La F.A.U.D. allemande décide d'organiser un référendum interne sur les
relations à entretenir avec l'I.S.R.: la quasi totalité des militants
s'opposent à l'envoi d'une délégation à Moscou.
Mais ce qu'il faut essentiellement retenir, c'est que du fait de ces
divers refus (Portugal, Argentine, Allemagne) ou grâce à la
participation de délégations non représentatives (Italie, Espagne), le
deuxième congrès de Moscou est majoritairement favorable à
l'Internationale Syndicale Rouge.
La C.G.T.U. française y mena un combat d'arrière garde: depuis la
scission de 1920, les principes anarcho-syndicalistes y étaient
majoritaires. C'est seulement après les évènements de janvier 1922 (des
militants communistes assassinent deux militants anarcho-syndicalistes à
la Bourse du travail de Paris, à la Grange aux Belles) que les
communistes associés aux syndicalistes révolutionnaires de la tendance
Monatte, réussissent à s'emparer de la C.G.T.U. Alors, les
anarcho-syndicalistes se retrouvèrent pour fonder la C.G.T. syndicaliste
révolutionnaire en 1926.
LA 2ème CONFERENCE INTERNATIONALE DES SYNDICATS, OCTOBRE 1921 à BERLIN
En octobre 1921, s'ouvre à Düsseldorf le treizième congrès de la
F.A.U.D. et simultanément se tient une conférence internationale qui
prend la décision de construire une internationale syndicaliste
indépendante. On trouve dans la résolution adoptée «Attendu que les
congrès de l'Internationale Rouge des Syndicats n'ont pas abouti à la
fondation d'une véritable Internationale Syndicaliste, les représentants
des organisations syndicalistes d'Allemagne, Pays-Bas, Suisse,
Tchéchoslovaquie, Etats-Unis réunis à l'occasion du congrès de la
F.A.U.D. sont convaincus de la nécessité d'organiser un nouveau congrès
international«.
L'U.S.I. s'associe à cette résolution.
3ème CONFERENCE DE JUILLET 1922 à BERLIN.
Les organisations allemande, française, suédoise, norvégienne,
espagnole, néerlandaise participent à cette conférence à laquelle
assistent deux délégations venant de Russie: la première représente la
minorité syndicaliste libertaire de ce pays, la seconde les syndicats
liés au Parti Communiste. Cette conférence sera, pour cette période,
l'ultime confrontation théorique institutionnalisée entre les
«communistes autoritaires» et les «syndicalistes anti-autoritaires». Ces
derniers présentent aux syndicalistes bolcheviks la demande suivante:
La confédération des syndicats russes s'engage-t-elle à oeuvrer pour la
libération des syndicalistes et des anarchistes qui sont emprisonnés
pour leurs idées?
La confédération des syndicats russes demandera-t-elle au gouvernement
russe que les compagnons puissent militer sans restriction pour leurs
idées syndicalistes révolutionnaires, à la condition qu'ils ne
combattent pas le régime par la violence?
Les réponses à ces questions furent au mieux floues et évasives.
Peu après, tous les délégués communistes quittent la conférence en
déclarant hautement et clairement que la lutte allait s'engager contre
le syndicalisme libertaire.
La conférence prend acte de cette rupture totale et définitive. Elle
constate de plus que l'Internationale Syndicale Rouge n'est pas en
mesure de regrouper tout le prolétariat international enfin, elle se
prononce clairement pour la fondation d'une Association Internationale
des Travailleurs, l'A.I.T.
A cet effet, un bureau provisoire est constitué avec pour mission
d'organiser le premier congrès afin de «rendre possible l'union de
toutes les forces syndicalistes révolutionnaires du monde dans une seule
organisation«.
LE CONGRES DE FONDATION DE L'AIT
Il se tient six mois après, à Berlin, du 25 décembre 1922 au 2 janvier
1923. Y participent:
- Argentine: F.O.R.A. deux délégués, 200 000 adhérents;
- Chili: I.W.W.[4], un délégué, 20 000 adhérents;
- Danemark: U.S.P., un délégué, 600 adhérents;
- Allemagne: F.A.U.D., huit délégués, 120 adhérents;
- Pays-Bas: N.A.S., quatre délégués, 22 500 adhérents;
- Italie: U.S.I., deux délégués, 500 000 adhérents;
- Mexique: C.G.T., représentation indirecte, 30 000 adhérents;
- Norvège: N.S.F., un délégué, 3 000 adhérents;
- Portugal: C.G.T., adhésion écrite, 150 000 adhérents;
- Suède: S.A.C., deux délégués, 32 000 adhérents;
- Espagne: C.N.T. (le délégué fut arrêté par la Police espagnole), 1
050 000 adhérents.
Délégations présentes avec vote consultatif:
- Allemagne: Union Ouvrière Générale (à tendance unitaire), un délégué,
75 000 adhérents;
- France:
Comité de Défense Syndicaliste (opposition encore interne à une
C.G.T.U., liée quant à elle à l'I.S.R.), deux délégués, 110 000 membres.
Fédération du Bâtiment (qui s'est rapidement détachée de la C.G.T.U.),
un délégué, 32 000 membres.
Fédération de la Jeunesse de la Seine, un délégué, 750 membres
- Russie: Minorité Syndicaliste, deux délégués.
Il est intéressant de noter que, dans la résolution finale, le congrès
rapproche sa décision de fonder une autre internationale de la scission
qui s'était produite entre marxisme et bakouninisme. Il se justifie en
arguant qu'un travail révolutionnaire positif s'avère impossible avec la
tendance marxiste du mouvement ouvrier.
LES GRANDS PRINCIPES TACTIQUES & THEORIQUES DE L'A.I.T.
Les théories et tactiques dont s'inspirent les anarcho-syndicalistes
furent mises en pratique puis formulées dès le XIXème siècle. Il faut
signaler que le syndicalisme révolutionnaire fut d'abord une pratique
sans doctrine qui ne fut «théorisée» qu'avec Pelloutier au début du
XXème siècle.
Dans un récent congrès, les sections de l'A.I.T. affirment que
l'évolution des techniques ne modifie en rien le problème fondamental de
l'exploitation. A l'inverse, elles pensent pouvoir constater que les
idées force de leur syndicalisme anti-autoritaire sont toujours
d'actualité. «Le syndicalisme révolutionnaire part de bases concrètes,
la profession, qui est à l'ordre économique ce que la commune est à
l'ordre politique, la cellule vivante sur laquelle l'organisme s'édifie,
tandis que la révolution césarienne part de la doctrine pour y faire
entrer de force le réel«.(A. Camus, Actuelles).
Dans ce qu'il serait superflu d'appeler l'idéologie syndicaliste
révolutionnaire, la mise en application précède donc la formulation.
Cela explique que tout ce qui est regroupé sous le terme d'action
directe est avant tout un ensemble de luttes particulières où la base
agit par elle-même sans intermédiaire.
Ce même ensemble s'est peu à peu affiné afin d'intégrer les solutions
possibles aux problèmes nés de l'évolution économique - C'est ainsi que
lorsque ce sont développées la concertation sociale et les commissions
paritaires, l'anarcho-syndicalisme à du s'adapter sans se trahir. pour
faire face aux représentants institutionnalisés du personnel, les
militants libertaires se montrent favorables, lorsque les circonstances
l'exigent à l'élection par la base de militants qui, pourvus d'un mandat
impératif très limité n'ont qu'une fonction de représentation indirecte
sans possibilité d'initiative[5]. De plus, ce délégués se doit de rendre
compte à ses mandants de son activité. Il sera révocable à tout moment
et non immédiatement rééligible.
On pourrait penser que ce syndicalisme parallèle n'est que la survivance
moribonde d'un romantisme révolutionnaire inadapté alors que beaucoup
ont voulu que l'après-guerre soit l'ère de nouveaux rapports sociaux
allant dans le sens de la co-responsabilité, de la cogestion.
Plus simplement, les anarcho-syndicalistes sont fidèles à quelques
grands principes. Les anarcho-syndicalistes estiment que les expériences
de cogestion, de participation, d'actionnariat ouvrier ont pour résultat
«la formation d'une nouvelle catégorie bureaucratique de représentants
ouvriers, de délégués plus ou moins fonctionnarisés, de spécialistes
syndicaux, catégorie qui s'intègre sans difficulté dans les cadres
moyens dirigeants, servant de tampon lors des heurts sociaux ... La
présence de représentants syndicaux dans les conseils d'administration
n'est en rien un pas vers un régime de démocratie industrielle, mais
bien une adaptation meilleure au système d'exploitation» (Louis Mercier
Véga).
Pour éviter cette impasse bureaucratique, les anarcho-syndicalistes
constituent des conseils de contrôle de la production et d'apprentissage
de la gestion. De tels comités, totalement indépendants du patronat et
de l'état, jouent un rôle d'instruction économique afin de préparer les
travailleurs à la gestion directe de leurs entreprises.
Au travers de la lutte syndicale quotidienne, les grands principes de
l'action directe sont appliqués; l'action directe, c'est la traduction
en termes syndicaux de la tactique de lutte de classes. Cette action est
autonome, anti-bureaucratique, aux revendications plus qualitatives
(organisation, durée, sécurité du travail) que quantitatives (hausse des
salaires).
Toute lutte ne peut être que décidée, menée et conclue que par la base
et pour la base. Le syndicat a pour tâche de coordonner les sections
d'entreprises, d'assumer techniquement le soutien et la popularisation
du conflit; il convoque les réunions et dispense les informations
économiques et juridiques.
Pour les syndicalistes libertaires, la grève est un effort des
travailleurs en révolte. Elle est le résultat d'un état d'esprit
combatif, générateur de solidarité (la contestation du pouvoir a pour
résultat un accroissement du bien-être et de la liberté des exploités et
donc une diminution des privilèges des exploiteurs).
Les syndicalistes anti-autoritaires s'opposent aux syndicalistes de
métier qui ne réclament qu'une répartition plus équitable des fruits de
la croissance. Les sections de l'A.I.T. mettent en avant la lutte contre
l'aliénation économique née de la logique capitaliste (la contradiction
permanente des intérêts des classes en lutte déterminera un fait social,
la révolution, qui rompra brutalement le cours normal de l'antagonisme
des intérêts économiques). Seule la grève générale permettra aux
ouvriers de se libérer du capitalisme et donc du salariat. La grève
générale est la transition nécessaire.
L'exemple de grève générale expropriatrice et insurrectionnelle se
trouve dans les événements du 19 juillet 1936 en Espagne.
Il s'agissait de:
- priver le capitalisme et l'état de toute possibilité de réaction
(l'armée d'Afrique du nord échappa à cette première condition)
- assurera après la prise de possession, la remise en marche de
l'appareil économique en recourront à une organisation rationnelle,
autogestionnaire et fédérative de la production, de l'échange et de la
répartition.
- mener la révolution vers son succès en dehors de toute médiation
politique.
Cette révolution sociale, réalisation d'un monde nouveau est la finalité
de l'action de l'A.I.T.
Pour cela, l'Internationale libertaire s'appuie sur les expériences de
la Commune, de l'Ukraine de 1917 à 1921, des conseils de Bavière et dl
Italie, de l'Espagne de 1936 a 39, de la Hongrie de 1956 . Série de
tentatives qui ont lié la recherche d'une mutation économique profonde
et le refus des dictatures prolétariennes.
Révolutions voulant briser le rapport capital/travail, état/société, et
voulant mettre en pratique la gestion directe de l'économie, le
fédéralisme, pour la réalisation du Communisme Libertaire.
Les anciens rapports de forces ne seraient pas seuls brisés car la
collectivisation perdrait son essencemêmes'iln'y était adjoint une
dimension extrêmement qualitative afin de promouvoir une nouvelle
échelle des valeurs, un mode nouveau de développement. Dans cette
optique, il ne signifie plus rien de réclamer l'autogestion des sociétés
bancaires, des centrales nucléaires...
La souplesse des structures et l'absence de dogmes, donnent à l'A.I.T.,
et aux anarcho-syndicalistes, une grande faculté d'adaptation; sa vision
de la société est globale, et ne se cantonne pas au seul syndicalisme.
NOTES COMPLEMENTAIRES
QUELQUES TENTATIVES DE CREATION D'INTERNATIONALE
1864: mort de Proudhon
1866: constitution de l'A.I.T. à Genève.
Les tentatives de création d'Internationales n'étaient pas à leur coup
d'essai, en 1836, est créée la «société de toutes les classes et de
toutes les nations», fondée vraisemblablement par Richard Owen, sa seule
action est de lancer un «Appel de l'Association des ouvriers de Londres
aux classes ouvrières en Belgique», publié dans la presse belge et anglaise.
En 1843, l'»Union Ouvrière» est fondée par Flora Tristan, qui publie un
livre «Union ouvrière». Flora Tristan, s'appuie pour son union, sur des
contacts français et anglais. Aucune trace d'action n'existe de cette union.
1846, Marx, réfugié à Bruxelles, organise des groupes d'émigrés
(anglais, belges, français et allemands). Marx et Engels fondent le
bureau international des communistes, au congrès du 2 au 9 juin, il
devient le «congrès des Justes» puis la «Ligue des Communistes». Cette
ligue édite alors une revue, qui n'a qu'un seul et unique exemplaire, et
porte en exergue «Prolétaires de tous les pays unissez-vous». Une
profession de foi est éditée, sous la forme de 25 questions et réponses,
appelée le catéchisme communiste; ancêtre du manifeste communiste. La
Ligue participe activement aux révolutions de 48-49 en Allemagne; en
1851, les principaux leaders sont arrêtés, la Ligue se dissout.
1847, le 7 novembre l' «Association Démocratique» regroupant des belges
et des hollandais est créée, en décembre, les Fraternals Démocrats
proposent leur adhésion (Marx est adhérent de cette société), cette
Association disparaît en 1848.
1855, création de l'»Association internationale» par des émigrés
français à Londres, adhèrent à elle différents comités (Welcome and
protest committee, la Commune Révolutionnaire). Les anarchistes y sont
influents (Dejacques), l'association disparaît vers 1859.
Bakounine, lui, n'est pas en reste, il crée des sociétés secrètes
«l'Alliance de la Démocratie Sociale», qui deviendra «l'Alliance des
Révolutionnaires socialistes» puis la «Fraternité Internationale», il
adhère enfin à la «Ligue de la Paix et de la Liberté» fondée par des
démocrates de différentes nations et se retrouve à Berne en 1868, avec
les frères Reclus, au congrès de cette ligue. Mais la minorité sociale
dont il fait partie se retire et il demande son adhésion à l'A.I.T.
Tels furent les prémices et les coulisses des Internationales ouvrières
jusqu'à l'A.I.T.
TABLEAU DES PRINCIPAUX CONGRES DE L'AIT ET DES CONGRES ANARCHISTES
Association internationale des Travailleurs (AIT)
1865 LONDRES
1866 GENEVE
1867 LAUSANNE
1868 BRUXELLES
1869 BALE
AIT MARXISTE AIT ANTI-AUTORITAIRES
1872 LA HAYE 1872 SAINT IMIER
1873 GENEVE
1874 BRUXELLES
1875 BARCELONE (interdit)
1876 PHILADELPHIE 1876 BERNE
(dissolution) 1877 VERVIERS (dernier congrès de l'A.I.T.)
CONGRES ANARCHISTES INTERNATIONAUX
1880 LA CHAUX DE FOND
1881 LONDRES
Premier mai- à Chicago 1886
Bourses du travail 1887
1889 PARIS
fondation de la C.G.T. (420 000 syndiqués) 1895
1900 PARIS (interdit)
1907 AMSTERDAM
1913 LONDRES
Dans la période 1900- 1907, Pouget, Pelloutier et Nieuwenhuis du Comité
de liaison, poursuivront leurs efforts.
En 1902 est créée l'Association Internationale Anti-Militariste, qui
disparaîtra en 1905.
En 1907, fondation de Solidaridad Obrera, et congrès international
anarchiste d'Amsterdam.
1909: exécution de Francisco Ferrer.
1910: grève générale des cheminots en France
1911: constitution avec Louis Lecoin de la Fédération Anarchiste Communiste
1912: Un million de mineurs grévistes en Angleterre
Fondation du Parti Bolchevik (ou plus exactement: Parti Ouvrier Social
démocrate de Russie-POSDR, fraction Majoritaire) en Russie
1913: création, en France de la Fédération Anarchiste Révolutionnaire
(60 groupes environ)
Conférence de Londres, regroupant les syndicalistes révolutionnaires.
1914:l e congrès anarchiste prévu à Londres ne peut se réunir.
COMPOSITION ET CONTENU DES CONGRES DE L'A.I.T.
Une conférence préliminaire à Londres se tient du 25 au 27 septembre 1865.
Quatre délégations sont représentées: France, Belgique, Suisse et
Angleterre; plus des groupes immigrés. Cette conférence ne comprend que
deux thèmes de discussion:
la notion de travailleur (problème des intellectuels et des professions
libérales);
admission des femmes
Les discussions n'aboutissent point.
Les premier et deuxième congrès sont mutuellistes d'influence proudhoniennes
Le premier congrès adopte des statuts définitifs pour l'internationale
(60 délégués suisses, anglais, français, allemands et belges).
Résolutions adoptées:
- journée de 8 heures,
- protection du travail des femmes et des enfants,
- abolition du travail de nuit pour les femmes,
- condamnation de toutes les armées, demande d'armement du peuple.
Le deuxième congrès voit un affrontement entre français et suisses
proudhonistes et anglais et allemands collectivistes (50 délégués dont
26 suisses, les nations représentées sont les mêmes qu'au congrès
précédent).
Une résolution importante sur l'état est prise: «l'émancipation sociale
des travailleurs est inséparable de leur émancipation politique«.
Les thèses proudhoniennes sont attaquées par la résolution suivante:
«les efforts de la nation doivent tendre à rendre l'état propriétaire
des moyens de transport et de circulation afin d'anéantir le puissant
monopole des grandes compagnies qui, en soumettant les classes ouvrières
à leurs lois arbitraires, attaquent à la fois et la dignité de l'homme
et la liberté individuelle«.
Le troisième congrès, celui de Bruxelles, est un congrès de transition:
- 102 délégués (Belgique: 56, France: 18, Angleterre: 11, Suisse: 8,
Allemagne 5, Italie: 1, Espagne: 1)
Dans ce congrès, les Proudhoniens sont minoritaires face aux
collectivistes (libertaires et marxistes). Une résolution sur la
collectivisation des «mines, houillères, carrières... chemins de fer ...
sols arables, canaux, routes, lignes télégraphiques, forêts, autres
voies de communication» est adoptée.
Treize articles sont débattus durant ce congrès, une remise en question
permanente est ouverte par l'article 12 «révision des statuts à chaque
congrès«.
Il est à noter qu'une partie du courant proudhoniste, dont Tolain qui
démissionne en février 1868, ne participe pas à ce congrès. (Tolain se
retrouvera naturellement dans les rangs versaillais pendant la Commune,
les Communards ayant attenté au sacro-saint principe de la propriété
privée).
Le quatrième congrès voit la prédominance des collectivistes
anti-autoritaires (80 délégués dont: 27 français, 23 suisses, 12 danois,
6 anglais, 5 belges, 3 italiens, 2 espagnols, 1 américain, 1
australien). Le congrès adopte les résolutions suivantes:
«le congrès déclare que la société à la droit d'abolir la propriété
individuelle du sol et de faire entrer le sol à la communauté.
«il déclare encore qu'il y a aujourd'hui nécessité de faire entrer le
sol à la propriété collective»
Le congrès invite les travailleurs à créer des caisses de résistance, à
la formation d'associations nationales de corps de métiers.
Une résolution, rédigée par Bakounine, sur «l'abolition complète et
radicale du droit d'héritage» est combattue par Marx, par
l'intermédiaire d'Eccarius qui ne prévoit qu'une limitation des droits.
La proposition de Bakounine est adoptée, mais les divergences entre
marxistes et anti-autoritaires sont aggravées.
Le cinquième congrès, celui de La Haye, sera le congrès de la scission.
65 délégués sont présents représentant l'Allemagne, la France,
l'Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, le Jura, l'Espagne,
les Etats-Unis, l'Australie, l'Irlande et la Pologne. Les marxistes ont
40 délégués. Bakounine, James Guillaume sont exclus de l'A.I.T.
Le congrès décide le transfert du conseil général à New York, c'est la
mort de l'A.I.T. première version, Marx l'a voulu, mais elle a sa
continuité dans l'A.I.T. anti-autoritaire
Les congrès suivants sont entièrement anarchistes (Bakouninistes).
Le congrès de Saint-Imier, est précédé d'un congrès de la fédération
jurassienne. Les résolutions de La Haye sont rejetées, un pacte
fédératif est proposé, c'est l'acte de naissance de l'A.I.T.
anti-autoritaire. Au congrès du 15 septembre, 5 fédérations sont
représentées Espagne, Italie, France, Etats-Unis et Jura.
Quatre résolutions sont adoptées:
- rejet des décisions du congrès de La Haye,
- adoption d'un «pacte d'amitié, de solidarité et de défense mutuelle
entre les fédérations libres»,
- adoption d'une résolution sur la nature de l'action politique du
prolétariat,
- organisation d'un bureau de statistiques.
Le 30 mai 1873, la section Marxiste de l'A.I.T. exclut les Fédérations
ayant condamné les résolutions de La Haye, c'est-à-dire, celles qui se
sont réunies à Saint-Imier, plus les fédérations belge et hollandaise.
En 1873, deux congrès se tiennent simultanément à Genève, le 8 septembre
celui de l'A.I.T. marxiste, qui réunit quelques suisses, un autrichien,
et des réfugiés. La seule décision prise est de ne pas convoquer de
congrès en 1874.
Le 1er septembre, le sixième congrès de l'A.I.T. anti-autoritaire
commence avec 23 délégués présents, représentant, l'Angleterre, la
Hollande, l'Espagne, la Belgique, l'Italie, la France et le Jura.
Décision est prise de supprimer le Conseil Général, les statuts sont
révisés; «Les fédérations et sections jouiront d'une autonomie
complète». Les discutions sur la grève générale n'aboutissent pas.
Bakounine las, démissionne.
Le septième congrès se tient à Bruxelles du 7 au 12 septembre 1874. 16
délégués représentent l'Allemagne, l'Angleterre, la Belgique, l'Espagne,
la France, l'Italie et le Jura.
L'action politique est à l'ordre du jour, le congrès se prononce pour la
disparition de l'état.
Mais une résolution est ambiguë: «sur la question de savoir dans quelle
mesure l'action politique des classes ouvrières peut être nécessaire ou
utile à l'avènement de la révolution sociale, le congrès déclare que
c'est à chaque fédération et au parti démocratique socialiste de chaque
pays à déterminer la ligne de conduite qu'ils pensent devoir suivre«
Est-ce une remise en question du principe de l'abstention? Ce qui est
sur, c'est qu'une évolution est en train de se faire elle se concrétise
trois ans plus tard, par le ralliement de la fédération belge au
marxisme. Ce congrès ambigu est en plus celui où la délégation italienne
se prononce pour l'action directe.
Le congrès de 1875, prévu à Barcelone, ne peut se réunir. Par contre, se
tient le 15 juillet 1876 à Philadelphie le congrès de l'A.I.T. marxiste,
qui prononce sa dissolution.
Le huitième congrès anti-autoritaire se tient à Berne du 26 au 29
octobre 1876; 27 délégués représentent la Belgique, l'Espagne, la
Hollande, l'Italie, le Jura (et la France indirectement).
Deux tendances s'affrontent, les syndicalistes, et les partisans de la
propagande par le fait. Une décision est prise, sur demande de la
fédération belge: convoquer un congrès socialiste universel, où seraient
représentés tous les courants et organisations y compris autoritaires.
1877, épopée de Bénévent.
Neuvième congrès , du 6 au 8 septembre 1877 à Verviers, c'est le dernier
de l'A.I.T.; onze délégués sont présents, représentant la Belgique, la
France, l'Italie, la Russie, le Jura et indirectement, la Grèce,
l'Egypte, Montévidéo. Des résolutions sont prises notamment sur la
réalisation de la propriété collective, l'abolition du salariat et un
pacte de solidarité. La plupart des délégués se rendent ensuite au
Congrès Ouvrier International de Gand.
En aout 1878, le congrès de Fribourg de la Fédération Jurassienne,
décide de ne pas convoquer de congrès de l'A.I.T. pour 1878. C'est la
fin de l'A.I.T. anti-autoritaire pour cette période, jusqu'à la
reconstitution en 1920.
Les congrès suivants, sont purement anarchistes, le courant
anarcho-syndicaliste sera rarement représenté, de même le courant
illégaliste. Reste essentiellement le courant communiste libertaire qui
va se former et assumera la continuité.
Octobre 1880, congrès de La Chaux de Fond: Kropotkine, propose le
communisme comme but, et présente un rapport sur le thème «L'idée
Anarchiste au point de vue de sa réalisation pratique».
«La révolution économique passe par l'expropriation directe des
détenteurs de capitaux par les travailleurs dans le cadre des communes
«La base de la réorganisation de la société sera la Fédération des
Communes et des groupes de Communes indépendantes«.
Ce congrès marque le déclin de la Fédération Jurassienne.
1881, congrès de Londres le 14 juillet, considéré comme un congrès de
l'A.I.T. 31 délégués sont présents: 2 russes, 4 français, 3 italiens, 2
anglais, 1 hollandais, 1 allemand, 1 juif et des représentants
américains, belges, espagnols, turcs, serbes, égyptiens.
L'Internationale disparaît, seule la délégation espagnole se prononce
pour son maintien.
Les résolutions adoptées vont dans le sens deautonomie des
organisations, des fédérations, des groupes; et une position en faveur
de la propagande par le fait.
«Les sciences techniques et chimiques ayant déjà rendu des services à la
cause révolutionnaire et étant appelées à en rendre encore de plus
grands à l'avenir, le Congrès recommande aux organisations et individus
faisant partie de l'A.I.T. de donner un grand poids à l'étude et à
l'application de ces sciences comme moyen de défense et d'attaque«.
Ses appels, qui favorisaient toutes les manipulations, allaient conduire
aux pires dérives (la plus terrible étant l'attentat au théatre à
Barcelone, en novembre 1893, qui fit 80 victimes).
Le 13 et 14 aout 1882 à une réunion à Genève, réunissant des français,
des jurassiens et un italien, on put entendre cette phrase: «Nous sommes
unis parce que nous sommes divisés«. Expression extrême de
l'individualisme et de la déliquescence du mouvement anarchiste. C'est
le creux de la vague.
1886, ler mai à Chicago. En Amérique aussi, le mouvement a sa dérive et
des tracts appelaient à se rendre armés à la manifestation.
Le mouvement, que l'on pourrait croire définitivement perdu, renaîtra à
travers les bourses du travail. Les premières créations sont à Nîmes et
Paris en 1887.
1889, conférence anarchiste internationale de Paris, du 1er au 8
septembre; 6 pays sont représentés: Espagne, Allemagne, Angleterre,
Italie, France, Etats-Unis.
Aucun ordre du jour n'est fixé, les participants ne sont ni mandatés ni
délégués, aucune résolution n'est présentée et donc aucun vote n'est
effectué.
Mais le mouvement libertaire commence à dénoncer l'illégalisme, Pouget,
Grave, S. Faure, Kropotkine, Malatesta préconisent l'action de masse
dans les syndicats.
1895, fondation de la C.G.T. à majorité anarchiste, syndicaliste
révolutionnaire et allemaniste (partisan de Jean Allemane, fondateur du
Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire dans lequelles les libertaires
français se sont investis). La C.G.T. revendique environ 420 000 adhérents.
1897, création du Mouvement Socialiste Yiddisch le B.U.N.D. et création
du Parti Ouvrier Social Démocrate Russe.(POSDR)
1899, réorganisation syndicale des libertaires en Espagne, le congrès
ouvrier international qui devait se tenir à Paris en 1900 est interdit.
Il visait à la reconstitution de l'internationale anarchiste. Sa tenue
avait été intensément préparée (discussions, publications de rapports,
etc ... ). Le comité d'initiative (Nieuwenhuis, Pelloutier, Pouget)
poursuivra son effort.
1901, création de la Fédéracion Ouvrière Régionale Argentine (FORA)
1902, fondation de l'Association Internationale Anti-militariste, avec
Yvetot, Anvion, Libertad, Paraf-Javal et Nieuwenhuis.
Insoumission et désertion en France
1902: 5 991 recherchés
1907: 14 607 recherchés
1911: 76 723 recherchés
1912: 13 000 recherchés
Cette Internationale est forcée de disparaître en 1905.
1905 Création des International Workers of the World aux Etats Unis
1907, tenue à Amsterdam du congrès anarchiste international: le travail
entrepris pour le congrès de Paris en 1900 y porte ses fruits. Ce
congrès peut être considéré comme l'un des plus importants du mouvement
libertaire. 60 délégués étaient présents: Hollande, Belgique, France,
Allemagne, Russie, Angleterre, Autriche, Hongrie, Bohème, Italie,
Serbie, Bulgarie, groupe Yiddisch de Londres, etc ... On peut apprécier
la qualité et la diversité des discussions au travers des points retenus
à l'ordre du jour:
* L'anarchisme et le syndicalisme,
* Grève générale et grève politique,
* Anarchisme et organisation,
* L'antimilitarisme comme tactique de l'anarchisme,
* Education intégrale de l'enfance,
* Association productive et anarchisme,
* La révolution en Russie,
* Alcoolisme et anarchisme,
* La littérature moderne et l'anarchisme,
* Les libertaires et la langue mondiale,
* L'anarchisme et la religion,
* L'anarchisme comme vie et activité individuelle.
Quatre points supplémentaires étaient prévus pour les partisans d'une
organisation internationale:
* Organisation de l'Internationale libertaire,
* Rédaction d'une déclaration de principes communistes libertaires,
* Création d'un bulletin international,
* Le but de la nouvelle Internationale.
Sur le point 3, anarchisme et organisation, on peut noter l'intervention
d'Amédée Dunois «ce mouvement anarchiste sortira de notre action
commune, de notre action concertée, coordonnée, l'organisation
anarchiste n'aurait pas la prétention d'unir tous les éléments qui se
réclament, bien à tort parfois, de l'idée anarchiste. Il suffirait
qu'elle groupât autour d'un programme d'actions pratiques, tous les
camarades acceptant nos principes et désireux de travailler avec nous«.
Georges Thonar: «Organisons-nous donc, non seulement pour la propagande,
mais encore et surtout pour l'action directe. Je suis loin d'être
hostile au syndicalisme surtout quand ses tendances sont à la révolution¡«.
Comme on le voit, les temps de la propagande par le fait sont bien loin,
les libertaires ont muri.
Sur le point 1, anarchisme et syndicalisme, Pierre Monatte déclare: «le
syndicalisme ne s'attarde pas à promettre aux ouvriers le paradis
terrestre. il leur demande de le conquérir, en les assurant que leur
action jamais ne demeurera tout à fait vaine. Il est une école
d'énergie, de pensée féconde. Il ouvre à l'anarchisme, trop longtemps
replié sur lui-même, des perspectives et des espérances nouvelles«.
Le congrès se prononce contre le parlementarisme, pour l'action directe
et pour la grève générale.
Une résolution de constitution d'Internationale est adoptée:
«les anarchistes réunis à Amsterdam, déclarent que l'Internationale
Anarchiste est constituée.
Elle est formée des organisations déjà existantes, des groupes et
individus isolés qui y adhéreront ultérieurement.
Le bureau international est constitué. Il sera constitué de cinq membres
... Le bureau a pour tâche de créer des archives internationales
accessibles aux camarades. Il entre en rapport avec les anarchistes des
différents pays.
«Pour faire partie de l'Internationale à titre individuel, les camarades
devront avoir été identifiés soit par une organisation, soit par le
bureau, soit encore par des camarades connus du bureau.
Les frais du bureau et archives seront couverts par les fédérations,
groupes ou individus adhérents«.
Le bureau international dont le siège est fixé à Londres est composé de
Malatesta, Rudolf Rocker, Wilquet, Chapiro, Turner. Il a pour tâche
d'organiser un congrès en 1909.
La situation politique en Europe ne permet pas la réunion de ce congrès.
Il se tient en 1913 une conférence à Londres regroupant les
syndicalistes révolutionnaires dont le but est d'organiser les
fédérations internationales par corps de métiers et branches
d'industrie. 10 pays sont représentés: Allemagne, Angleterre, Belgique,
Pays-Bas, Suisse, Italie, France, Argentine, Brésil, Chili, Hongrie
(observateur)
1914, union sacrée, première guerre mondiale. Le congrès anarchiste
prévu à Londres ne peut pas se tenir...
++++
[1]L'action directe fut essentiellement mise en oeuvre entre 1890 et
1910 (mais aussi durant les années 20 en Italie, et 30-40 en Espagne).
Elle n'a rien de commun avec la propagande par le fait. Elle comprend:
la grève - rupture dans l'ordre social existant; le label - qui
recommande aux consommateurs l'usage de certains produits; le boycott -
demarche inverse du label; le sabotage - qui est l'appropriation
détournée de la légalité du pouvoir (grève du zèle ...); l'appropriation
du matériel de production ou des pratiques diverses visant à le rendre
inoperant.
[2]En 1893, les quatres anarchistes pendus suite aux évènements du
Premier mai: Spies, Hengel, Parson, Fisher et Lingg seront reconnus
innocents et réhabilités ...
[3]Les archives de l'AIT ont été détruites dans un incendie à Berlin en
1945. on peut cependant trouver d'importantes indications sur la
fondation de l'A.I.T. dans quelques numéros des organes de la section
allemande d'alors «Der Syndicalists» et . «Die International». A partir
de ces documents, on peut avoir une vision juste sur les circonstances
de l'A.I.T.
[4]L'Internationale étant interdite aux U.S.A., les américains avaient
créés en 1905 leur propre Internationale: les International Workers of
the World (I.W.W. ou wooblies). La théorie du» socialisme industriel»
mise en avant par les I.W.W. est très proche de l'anarcosyndicalisme.
Les I.W.W. sont cependant favorables à une étroite collaboration avec
d'autres courants de l'extrême gauche (trotskistes).
[5]Comme c'est le cas pour les délégués syndicaux en France par exemple.
Pour approfondir:
Principes, tactiques et finalités de l'Anarchosyndicalisme
http://cnt-ait.info/2023/04/16/principes-tactiques-et-finalites-de-lanarchosyndicalisme/
AIT: 100 ans d'anarchosyndicalisme! Et on continue!
http://cnt-ait.info/2023/01/28/ait-100-ans-danarchosyndicalisme-et-on-continue
La Naissance de l'Association internationale des travailleurs de Berlin:
du syndicalisme révolutionnaire à l'anarchosyndicalisme (Arthur Lehning)
http://cnt-ait.info/2021/05/25/lehning-ait-fr/
http://cnt-ait.info/2024/02/17/premiere-internationale-ait/
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A - I n f o s
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