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(fr) Masculinisme : ressac identitaire patriarcal [suite]

Date Tue, 16 Aug 2005 00:04:41 +0200 (CEST)


Bravo pour ces deux articles. [http://www.ainfos.ca/fr/ainfos05386.html &
http://nefac.net/node/1811]
Mais ne perdez pas de vue que les masculinistes se mobilisent surtout sur
la défense des intérêts matériels des hommes, à titre de dominants.

Par exemple, leur discours sur l'avortement comme privilège des femmes
sert essentiellement à justifier pour les hommes le fait de récuser leur
paternité pour échapper à une ordonnance de pensions alimentaire pour
enfants.

(Des groupes comme L'Après-Rupture diffusent des statistiques mensongères
sur les "fausses paternités" et réclament même très sérieusement que l'on
soumette chaque enfant qui naît à un dépistage génétique suceptible de
"blanchir" le père de toute responsabilité...) Aux USA, la vente de tests
d'ADN aux créanciers aigris est un business en pleine expansion; une autre
façon de conforter des hommes dans leur égoïsme, d'intimider les femmes et
de jeter de la poudre aux yeux de la population.
N'oublions pas que les tout premiers groupes masculinistes (la Men's
Defense League, par exemple) ont été mis sur pied il y a une quarantaine
d'années aux USA - et essentiellement promus dans les colonnes des
magazines Playboy, Penthouse et Hustler - pour inciter les hommes à se
venger de leurs ex-femmes en s'organisant politiquement contre leurs
obligations financières.

En ce sens, il n'y a pas qu'une dimension conservatrice au ressac
masculiniste; il y a aussi un élan libertariste et néo-libéral qui réclame
tous les droits pour les hommes, y compris une privatisation des processus
de droit de la famille qui aurait pour effet d'isoler chaque femme face à
son ex, la levée des lois contre la violence masculine intrafamiliale ou
leur utilisation contre les victimes (via des contre-accusations réclamées
de la police face à toute femme s'étant défendue) et surtout la
suppression des ressources sociales qui permettent aux femmes et enfants
d'échapper à un homme violent et d'obtenir un soutien à cet effet:
refuges, aide sociale, logement subventionné, responsabilité sociale
d'intervention contre l'agresseur et de protéger l'autonomie de la famille
survivante.

La récente montée en force des groupes masculinistes au Canada peut être
retracée à la fin des années 1990, alors que l'adoption par l'État de
barèmes de pension alimentaire plus réalistes et surtout de modes de
perception étatisés - et donc plus efficaces - de ces pensions ont donné
aux hommes divorcés une motivation de plus pour attaquer les femmes sur
toutes les tribunes et remettre l'État dans leur camp. Cela se fait
surtout dans le dossier de la réforme de la loi fédérale sur le divorce:
voir le site Web de l'Ontario Women's Justice Coalition -
http://www.owjn.org - pour des analyses approfondies (en anglais et en
français) du projet de loi fédéral en ce sens, dont le retour est annoncé
pour l'automne).

On peut en dire de même de l'abolition partielle des privilèges masculins
de violence intrafamiliale. L'adoption au Québec par le ministère de la
Justice en 1989 et 1995 de protocoles plus efficaces d'intervention face
aux batteurs de femmes et violeurs d'enfant ont amené des organisations
masculinistes à entreprendre un battage médiatique mensonger sur les
fausses allégations dont seraient victimes la majorité des agresseurs,
ainsi qu'à mettre sur pied des pseudo-thérapies pour agresseurs dont le
seul but était de maintenir les privilèges masculins et de faire
déjudiciariser ces agressions. En somme, ils tentent d'imposer aux femmes
un retour à la case départ en termes d'empowerment reconnu socialement.

Là aussi, d'énormes intérêts financiers et symboliques sont en jeu pour
les hommes qui pourraient être tenus responsables de ces violences
intrafamiliales traditionnelles, et des organisations d'agresseurs comme
la False Memory Syndrome Foundation ont été mises sur pied pour financer
des recherches et discréditer dans les médias et en Cour les plaignantes
d'inceste ou de viol et les thérapeutes ou intervenantes de première ligne
qui les appuient.

Lire à ce sujet "Masculinisme et criminalité sexiste" sur divers sites Web
dont http://www.antipatriarcat.org/cmcs sous la rubrique Textes.

On pourrait aussi parler de la lutte que mènent au Québec des ténors
masculinistes comme André P. Gélinas (de l'Après-Rupture) contre une
application réelle de la loi sur l'équité salariale, de leur opposition à
l'admission des élèves les plus méritantEs dans les facultés
universitaires traditionnellement masculines, les instances vouées à
établir l'égalité entre les sexes (Secrétariat à la condition féminine,
Conseil du statut de la femme, etc.), des tentatives de faire "tomber" le
partage des biens du ménage en utilisant des dispositions sur la "garde
partagée". imposée au besoin, pour maintenir les femmes sous la coupe des
hommes.

Dans tous ces cas, l'argent est le fil rouge qui explique et oriente
l'activisme masculiniste contre les droits des femmes et des enfants et
leur propagande haineuse incessante pour faire de chaque homme qui
approche les "points d'aide" de ces groupuscules un militant misogyne voué
aux intérêts matériels et symboliques des hommes en tant que dominants, à
commencer par les siens propres.

En ce sens, le masculinisme est l'équivalent de groupuscules comme le KKK
aux États-Unis lorsque la loi a commencé à reconnaître des droits aux
NoirEs et on aurait tort de trop chercher à prêter une détresse
identitaire ou une caution philosophique à un movement de dominants
essentiellement intéressé et qui devrait interpeller tout adepte de la
liberté, de l'égalité et de la justice sociale.

C'est à nous de dire haut et fort que les masculinistes ne représentent
pas tous les hommes.

Martin Dufresne, Secrétaire
Collectif masculin contre le sexisme


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