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(fr) Le citoyennisme, stade suprême du réformisme

From potlatch@altavista.net
Date Sun, 22 Apr 2001 11:53:01 -0400 (EDT)


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
            http://www.ainfos.ca/
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Nous ne sommes rien - soyons TOUT
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À nous, exploités, opprimés, aliénés, marchandisés
bref prolétaires, il ne nous est jamais proposé que de
 revendiquer plus de démocratie, plus d'égalité, plus
de droits sociaux, plus de... sans jamais toucher à la
base de tous nos problèmes : le capitalisme comme
système d'exploitation et rapport social entre les
humains. Partout dans les rangs des soi-disants
opposants à la mondialisation des marchés, ce n'est
souvent qu'une sinistre apologie de l'économie et de
l'état, comme chez Bové, leur vedette médiatique. 

Ce Walesa du roquefort qui traite les autres d'en face
d'anti-économiques soutient que lui et ses ami-e-s
sont les mieux placés pour faire rouler ( ! )
l'économie... évidemment de façon durable et
équitable. Il s'agit bien sûr d'une allégeance
manifeste aux termes centraux de la domination
capitaliste. Mais plus insidieuse parce que proche de
nous, marchant à notre pas, est cette nouvelle
tendance à l'extrême du citoyennisme respectable : il
s'agit bien entendu de cette mouvance qui se proclame
"anti-capitaliste", "anti-autoritaire",
"autogestionnaire", et tutti quanti.

SOUS LE NOUVEL ANTI-CAPITALISME : LE CAPITAL ! ! !

À cette aile radicale qui s'y connaît en rhétorique
anti-capitaliste et manie bien les déclarations de
principes on serait porté à  répondre : cause
toujours, mon lapin ! En fait, ils en veulent au
capital financier, aux corporations ; c'est le vieil
anti-impérialisme qui revient par la porte d'en
arrière. Le socialisme puéril d'hier s'est transformé
en un anti-capitalisme de bon aloi assorti d'une
exigence de démocratie totale. Toutes les séparations
capitalistes y sont magnifiées comme autant
d'identités réelles à sauvegarder et à promouvoir
(sexe, âge, race, nationalité, rôles sociaux ou
économiques, minéraux, végétaux et cosmos, la liste
est infinie...). Cette aile turbulente brasse bien,
timidement, la cage de leurs aînés plus respectables
mais c'est pour les accuser, devant la galerie
médiatique, de trahison. En outre elle agit le plus
souvent comme troupe de choc des partis et syndicats
qui s'en servent à leur tour comme épouvantail.

Pétries de messianisme militant, toutes ces bonnes
âmes veulent radicaliser les luttes, organiser la
résistance voire préparer l'offensive mais la
radicalisation et l'extension des luttes n'est pas une
question de volonté et d'organisation militante
(quoiqu'une certaine forme de volonté et
d'organisation y soit nécessairement présente). Notre
rejet de la frénésie activiste non-critique n'est pas
un rejet de la possibilité de luttes réelles dont nous
serions, comme tous, partie prenante à divers niveaux.
Simplement, toute formalisation orga-nisationnelle de
ces luttes n'est plus envisageable et c'est au sein
même de la classe dont nous faisons partie que doit se
trouver les lignes de rupture avec la prison
consensuelle du Capital et le fétichisme des
catégories économiques et sociales. L'inévitable
assaut contre tous les dispositifs citoyens, étatiques
et para-étatiques, devra évidemment se débarasser de
ce dogme faisandé de la non-violence ainsi que du
vieux fond de morale qui maquillent actuellement, au
point de le défigurer, tout mouvement de contestation.
Pour tendre à la production de nouveaux rapports
sociaux, les attaques contre le capitalisme doivent
déjà contenir une communisation de la lutte et des
rapports qui s'en dégagent.

Il n'y a plus aucun projet positif, aucune affirmation
prolétaire possible à l'intérieur du Capital. Les 
limites même de toutes les luttes revendicatives
(démocratisation et "humanisation" du système) posent 
plus que jamais la nécessité de l'abolition du
capitalisme, donc du prolétariat.

 
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2. Le citoyennisme, stade suprême du réformisme
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Après Seattle, Davos, Porto Alegre, nous revoici
conviés à une de ces grandes messes citoyennes qui
accompagnent chaque réunion internationale des
gestionnaires du Capital. Ce face à face maintenant
prévisible nous renvoie une même image des deux côtés
de la célèbre clôture : celle d'une confrontation
politique - la politique étant cette vieille et tenace
illusion que l'on peut aussi bien maîtriser la
dynamique du Capital que civiliser l'exploitation en
démocratisant son dispositif. Dès lors, le vrai
"périmètre de sécurité" n'est plus celui, dans lequel
on veut nous empêcher d'entrer par un barrage de
flics, mais bien celui dans lequel on se voit confiné
tous les jours : l'incontournable Marché et son
indispensable corollaire, l'État.

D'un côté de la clôture policière, les forces de
l'ordre capi-taliste triomphant sont bien connues : si
des corporations, voire des individu-e-s, y sont
facilement identifiables, ils ne sont évidemment que
les gérant-e-s (que certain-e-s d'en face vou-draient
bien remplacer) d'un système qui leur profite. Avec la
restructuration du mode de production capitaliste,
fondée sur la précarisation et le déracinement de
larges secteurs du prolétariat (tiens, il n'était pas
enterré, celui-là ?), la dérégulation actuelle est
aussi nécessaire à la relance du Capital que l'était
sa régulation dans "les beaux jours" de
l'État-providence. Comme toujours, la crise économique
est la crise du rapport social d'exploitation, car le
Capital est avant tout un rapport social. En ce sens,
le camp retranché des exploiteurs d'en face tient plus
de la représentation spectaculaire des "forces du MAL"
que d'un quartier général que les "forces du BIEN"
devraient investir. Quant à ces forces du bien, les
fameux citoyens-citoyennes, il s'agit de ceux et
celles dont l'exaltant objectif est de contrôler
démocratiquement l'économie, tous ces organismes de 
sous-traitance de l'encadrement social (CSN, FTQ, FFQ,
CSQ, PQ et autres trous du Q, plus les groupes
communautaires, ONG, etc.) qui, paraît-il,
"représentent la société_civile". Ils n'ont bien sûr
que le mot "alternative" en gueule, des plus réalistes
aux plus "radicaux" : on passe d'un capitalisme
"humanisé" grâce au partage du temps de travail et
autres balivernes à l'exigence d'une démocratie
directe et totale pour le partage des "richesses"
(entendons : des marchandises).

En somme, aucune remise en question du caractère
marchand des biens et de la force de travail qui les
produit : PARTAGE DU TEMPS DE TRAVAIL = PARTAGE DE
L'EXPLOITATION ; PARTAGE DES RICHESSES = PARTAGE DES
MARCHANDISES.

Le citoyennisme est donc cette idéologie qui voit dans
le Capital une sorte de force neutre qui, gérée
autrement, pourrait faire le bonheur de l'humanité au 
lieu de sa perte. Maintenant que seuls des déchets 
idéologiques passés date réclament encore une gestion 
ouvrière du Capital, dans la trousse militante, la
lutte des classes a fait place à la lutte
démocratique. C'est avec cette revendication comme
"arme" qu'on veut encadrer ladite mondialisation, tout
cela par un renforcement de l'État avec des citoyens
responsables  comme base active de soutien.

Les pseudo-solutions réalistes avancées par les
citoyennistes apparaissent dès lors pour ce qu'elles
sont réellement : les moyens pour le Capital de
maintenir l'ordre des choses et de contenir, voire 
réprimer, toutes velléités de subversion des rapports
sociaux.
 
des libertaires - avril 2001


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